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Souffler le chaud du confessionnalisme au Bahreïn
Souffler le chaud du confessionnalisme au Bahreïn
Bahrain: A New Sectarian Conflict
Bahrain: A New Sectarian Conflict

Souffler le chaud du confessionnalisme au Bahreïn

Originally published in Le Figaro

Jusqu’à ce que le vent de révolte ne le touche à son tour en février 2011, le Bahreïn était avant tout connu pour l’organisation de la prestigieuse course de Formule 1, qui projetait, à l'extérieur, l'image d'un pays stable et développé. La violente répression qui s'est abattue sur le mouvement de contestation, en mars 2011, a montré le pays sous un tout autre jour. Le Grand Prix s’est transformé en 2012 en véritable casse-tête pour le pouvoir, qui n'a pu éviter les controverse médiatiques, ni la couverture, par les journalistes, des protestations, dispersées par l'usage de gaz lacrymogènes, ni contenir l'émotion provoquée par la mort d’un manifestant.

Après la remise du rapport de la commission de suivi de la mise en œuvre des recommandations Bassiouni, la famille royale al-Khalifa se félicitait d’avoir su mettre en œuvre un retour à la normale. Pourtant, la réalité, telle qu'elle se présentait sur le terrain, quelques jours seulement avant le Grand Prix de 2012, suggérait de relativiser ce  "succès". Même si les jours les plus noirs de la répression sont passés, la situation ne semble pas s'être améliorée. L’île est désormais en proie à de fortes tensions confessionnelles entre chiites et sunnites, qui viennent s'ajouter et se surimposer au contentieux politique qui existe entre l'opposition et le régime.

La brutalité policière n'a pas été enrayée et a coûté la vie à de nombreux manifestants ; les violations des droits de l'homme n'ont pas cessé et se dissimulent aux coins de ruelles sombres ou dans des centres de détention informels. Mais, désormais, la contestation a recours aux cocktails Molotov et procède à de violentes  attaques contre le symbole de l’autorité que constitue la police. La violence au quotidien s'est encore intensifiée dans les villages chiites, comme avant la crise de février 2011.

La véritable "guerre de graffitis" sur les murs des villages chiites est, elle, nouvelle : Les slogans anti-régime sont caviardés par les autorités pour être réécrits par l’opposition ; Les réseaux sociaux devenus un lieu d’expression de revendications… Le licenciement, en mars 2012, d’une institutrice accusée d’avoir forcé un élève sunnite de 4 ans à lui baiser les pieds a déclenché un déferlement de tweets haineux, symptômes d'une dangereuse confessionnalisation du conflit.

La résurgence de ces tensions est fort utile à un gouvernement dont le bilan est peu reluisant en matière de corruption et de gouvernance. Les Bahreïniens de l’élite libérale refusent de se laisser prendre au jeu d'une lecture confessionnelle de la politique et de la société, évoquant le nombre de mariages mixtes ou le souvenir des années de coexistence. Pour l’activiste démocrate Munira Fakhro, "la haine provient d’un sentiment de peur".

Le parti d'opposition, al-Wefaq, fait l’objet de critiques de la part de sunnites comme de chiites, en raison de son agenda politique conservateur en matière de droits des femmes et de relations entre la religion et l’Etat, ce qui lui a valu d’être accusé de suivre la ligne religieuse du régime iranien. Et le gouvernement d’exploiter cette faille pour mobiliser la communauté sunnite. En tournant en agenda religieux les demandes chiites pour faire cesser les discriminations ou dénoncer le fonctionnement répressif de l'appareil d’Etat, la dynastie al-Khalifa tâche ainsi de dénier la dimension politique de revendications démocratiques, confortant par la même son pouvoir sous couvert du nécessaire maintien de l’ordre.

Dans ce contexte, la rhétorique de l’épouvantail iranien est particulièrement efficace. L’argument est très simple : contrairement aux sunnites, chaque chiite choisissant et suivant une autorité religieuse ou marjaa, et que al-Wefaq s’inspire publiquement des enseignements du Sheikh Isa Qasem, (lui-même vu comme se référant à l’ayatollah Khamenei), l’Iran serait responsable du  mouvement de contestation. En jetant le discrédit sur la pureté des intentions de l’opposition qui se veut encore réformiste et en la soupçonnant de nourrir le projet secret d'établir une théocratie sur le modèle iranien, cette vision décrédibilise toute demande de réforme des modérés. Le gouvernement n’a fourni, comme seule preuve à l'appui de l’ingérence iranienne, que les déclarations faites par ses partisans et dignitaires dans les medias iraniens. Mais les accusations de Manama contre les chiites ne font que pousser ces derniers dans les bras de Téhéran.

Cette stratégie "confessionnelle" s’explique par la marginalisation, au sein du régime, des réformistes regroupés autour du prince héritier, le Sheikh Salman bin Hamad, au profit des membres les plus radicaux de la famille royale. L'échec, en mars 2011, de la tentative de dialogue avec l’opposition, conduite par le prince héritier, a contribué à renforcer les conservateurs du régime, qui bénéficient de l’appui du puissant voisin saoudien. Les Bahreïniens opposés à tout compromis avec l’opposition ont ainsi voulu croire  que la proposition de transformer le Conseil de coopération du Golfe en une "union" politique pourrait donner naissance à une confédération saoudo-bahreïnie où la synergie avec le pouvoir de Riyad serait renforcée, même si le projet a été repoussé à plus tard.

En tentant d’éviter une ingérence iranienne imaginaire, la dynastie al-Khalifa crée les conditions propices à une influence accrue du modèle saoudien. Pour les Bahreïniens, cela pourrait se traduire par une réduction des libertés et un renforcement des tendances autocratiques du régime.
 

Bahrain: A New Sectarian Conflict

Originally published in The New York Review of Books

Until 2011, the tiny island nation of Bahrain was mainly known to the outside world for one thing: an annual Formula One car race, the first of its kind in the Middle East, that signified the country’s arrival among the community of stable advanced nations. But then came last spring’s popular uprising and brutal government crackdown, and a different side of this Gulf monarchy came to light: the longstanding grievances held by many Bahrainis, including above all members of the island’s Shia majority, against its Sunni ruling family, who in turn seem prepared to use force to hold onto power. The regime prevailed, and after inviting an investigation of human rights abuses last fall, it suggested it was bringing the country back to normal; this spring’s Grand Prix would show the world it had succeeded.

But as I discovered during a five-day visit shortly before the race, nothing could be further from the truth. Talking to dozens of people both in Manama and in smaller communities outside the capital, I was told again and again that the situation was becoming worse, not better: police forces have been using large quantities of tear gas against protesters, repeatedly causing deaths; police brutality had not ended but moved from police stations to alleyways and undeclared detention centers; young activists are increasingly resorting to Molotov cocktails, subverting the peaceful nature of the protests; and the government has not opened any dialogue with the opposition or offered hope for political reform. Protests occurred nightly in Shiite villages and neighborhoods during my stay, and a veritable battle of graffiti took place on the walls of shops and houses, with protesters writing slogans calling for the end of the regime, police erasing them with a quick coat of paint, and activists scribbling new ones seemingly before the paint had dried.

And so while the Grand Prix, Bahrain’s single prestige event, did take place in late April, it happened amid clouds of tear gas and wafts of smoke from firebombs, as well as an outcry over the death of a protester apparently as a result of shotgun pellets fired by riot police. On the day of the event, a political activist, Abdulhadi Alkhawaja, was into his eleventh week of a hunger strike to protest his imprisonment on allegations of plotting to overthrow the state during last year’s protests. (As of this writing, the hunger strike is now in its ninetieth day.)

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