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L’unité internationale est cruciale dans l’attente des résultats des élections en RDC
L’unité internationale est cruciale dans l’attente des résultats des élections en RDC
Report 63 / Africa

Les Rebelles Hutu Rwandais Au Congo

Alors qu’un gouvernement de transition est attendu pour juin 2003 en République démocratique du Congo (RDC), le programme de désarmement volontaire et démobilisation, rapatriement, réinstallation et réintégration (DDRRR) opéré par la Mission de l’Organisation des Nations unies au Congo (MONUC), est au point mort.

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Synthèse

Alors qu’un gouvernement de transition est attendu pour juin 2003 en République Démocratique du Congo (RDC), le programme de désarmement volontaire et démobilisation, rapatriement, réinstallation et réintégration (DDRRR)[fn]Les concepts de désarmement et réintégration englobent à eux seuls les idées contenues dans le terme de DDRRR. Pour plus de simplicité, nous utiliserons donc l’abréviation DR au lieu de DDRRR dans ce rapport et conseillerons aux lectures de faire ainsi.Hide Footnote  opéré par la Mission de l’Organisation des Nations Unies au Congo (MONUC), est au point mort. Autorisée par une résolution du Conseil de sécurité le 8 novembre 2001 à se déployer à l’est de la RDC, la MONUC n’a rapatrié que quelques centaines d’ex – rebelles hutu rwandais et n’a ouvert qu’un seul centre de regroupement à Lubéro au Nord Kivu. La participation d’observateurs sud-africains au mécanisme de vérification (TPVM) établi en juillet 2002 lors de la signature de l’accord bilatéral Rwanda-RDC n’a rien changé à ce bilan. Jusqu’à présent la MONUC n’a déployé aucune force conséquente ou construit de programme de désarmement crédible à l’est du Congo.

Plusieurs facteurs expliquent cet échec. En premier lieu, le contexte sécuritaire et politique est peu propice au déploiement d’une force des Nations unies – qui sont elles-mêmes désorganisées et ont besoin d’un nouveau mandat et de nouvelles structures - dans les territoires contrôlés par le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) et d’autres alliés du Rwanda et de l’Ouganda. La multiplication des groupes armés et Seigneurs de guerre en contact avec les groupes hutu (FDLR) et l’hostilité ouverte de la rébellion du RCD rendent difficile le désarmement d’une force hostile d’un minimum de 15 000 hommes, aguerris par plus de huit ans de combats sur un terrain d’opération d’environ 150 000 km2. Mais surtout, le maintien d’une option militaire par le Rwanda et la RDC et les tensions actuelles entre le Rwanda et l’Ouganda qui ont mené à l’intensification des conflits en province d’Ituri réduisent les espoirs de démobilisation de la rébellion rwandaise. Le gouvernement de Kinshasa a repris son soutien aux FDLR en février 2003, après un arrêt de trois mois. La permanence des alliances entre groupes hutu et Mai Mai a permis à ceux ci de maintenir leur capacité militaire.

En second lieu, le DR souffre d’une faille conceptuelle. Jusqu’à aujourd’hui le mandat de la MONUC et l’accord de Pretoria de juillet 2002 traitent le désarmement comme un problème strictement sécuritaire et surtout strictement congolais. La dimension politique interne, rwando-rwandaise, de la question n’a jamais été sérieusement examinée. Ni la MONUC, ni la TPVM n’ont engagé de vrais contacts avec la rébellion à désarmer, les FDLR. Aucun acteur international n’a non plus officiellement fait le lien entre le DR des FDLR en RDC et une nécessaire politique d’ouverture et de réconciliation au Rwanda.

La seule alternative au désarmement volontaire est le désarmement de force. Cette option a été tentée, sans succès. Il n’y a pas de solution militaire au problème des FDLR. Les Forces Rwandaises de Défense (FRD, ex-Armée Patriotique Rwandaise) ne sont jamais parvenues à venir à bout des FDLR en six ans de présence militaire au Nord et Sud Kivu et l’Etat-Major des FDLR refuse le processus de désarmement volontaire. L’attaque du camp militaire de Kamina au Katanga par les Forces armées congolaises (FAC) et le rapatriement forcé de huit civils membres de son mouvement par le mécanisme de vérification le 1 novembre 2002 l’a conduit à menacer de représailles l’Afrique du sud et la MONUC. Il est désormais nécessaire d’engager des efforts diplomatiques plus marqués qui prennent en compte les préoccupations sécuritaires, politiques et économiques des troupes non-génocidaires FDLR, y compris avec le gouvernement du Rwanda ainsi qu’entre le Rwanda et la RDC.

Loin de se réduire, le problème de l’opposition rwandaise ne fait que se compliquer. Les FDLR sont devenus membres de la concertation permanente de l’opposition démocratique rwandaise (CPODR) regroupant la quasi-totalité des partis d’opposition rwandais en exil – dont des représentants de Tutsi rescapés du génocide-, et ils appellent à la suspension du calendrier de fin de transition, et dénoncent la dérive autoritaire du FPR. En attendant, son Etat-Major réorganise ses troupes, et prépare des opérations de déstabilisation en cas d’échec de cette stratégie politique. De son côté le gouvernement rwandais rejette catégoriquement toute reconnaissance et tout dialogue avec une opposition qu’il considère comme génocidaire et «terroriste», et toute interférence internationale dans un problème qu’il considère comme interne. Il poursuit son programme de sortie de transition, en éliminant toute opposition politique interne avant les élections de juillet 2003 et en redéployant des troupes au Congo sous la couverture du RCD. Cette politique répressive permet aux opposants en exil d’accroître leur audience à l’intérieur du pays et ne fait qu’accroître les tensions.

Aujourd’hui, la tentation est grande pour la MONUC de compter sur l’inclusion des alliés du Rwanda dans le gouvernement de transition en RDC pour mener à bien le DR au Congo et de concentrer son action sur un soutien à la transition politique à Kinshasa. Mais ce calcul est faux. D’abord, malgré les perspectives de gouvernement de coalition, les alliés du Rwanda poursuivent les combats sur le terrain et le gouvernement de Kabila continue d’aider les FDLR. C’est cette réalité que la MONUC doit affronter avant d’espérer qu’un gouvernement de coalition puisse mener un vrai DR. La MONUC doit renforcer ses efforts diplomatiques et assurer un vrai maintien de la paix à l’est et au nord est, là où les combats se sont déroulés.

Comme on le voit actuellement en Ituri, l’impuissance de la MONUC est un handicap dramatique pour le processus de paix congolais. La  MONUC doit immédiatement déployer une force de réaction rapide pour rétablir l’ordre et éviter d’autres massacres de civils qu’elle a déjà le mandat de protéger. Elle a aussi besoin d’une force militaire crédible pour empêcher les FDLR de déstabiliser le Rwanda et pour soutenir ses efforts diplomatiques en vue du désarmement volontaire. Si la guerre ne s’arrête pas à l’est, le nouveau gouvernement du Congo perdra vite toute crédibilité et toute l’entreprise de la MONUC deviendra caduque.

Il est vital que le Conseil de sécurité des Nations Unies saisisse l’opportunité de la mise en place du gouvernement de transition en RDC pour impulser une nouvelle dynamique aux opérations de DR qui ont essentiellement souffert d’un contexte défavorable et d’un manque de leadership politique. La MONUC doit terminer son déploiement à l’est et remplir ses engagements vis à vis de ce programme. Ceci devrait permettre de soutenir le gouvernement de transition dans la restauration de son autorité à travers le pays, d’isoler et surveiller les FDLR tout en prenant contact avec eux, et finalement de proposer un processus de désarmement et réintégration crédible. Le gouvernement sud-africain et le Représentant spécial du Secrétaire général doivent travailler ensemble pour transformer l’accord de Pretoria en un accord de paix durable et complet entre la RDC et le Rwanda, et recevoir un mandat du Conseil de sécurité pour mener des consultations avec la rébellion hutu rwandaise à désarmer ainsi que le gouvernement du Rwanda. La communauté internationale dans son ensemble doit convaincre le gouvernement rwandais que la solution pour stopper la spirale qui s’enclenche est une ouverture politique préalablement soumise à un véritable débat national.

Nairobi/Bruxelles, 23 mai 2003

An Independent National Electoral Commission (CENI) agent seals a ballot box in front of observers in the Lubumbashi's Mapala district on December 30, 2018, following the close of polls in DR Congo’s presidential, provincial and national elections. CAROLINE THIRION/AFP
Statement / Africa

L’unité internationale est cruciale dans l’attente des résultats des élections en RDC

The Democratic Republic of Congo awaits the official results of 30 December 2018 elections, amid hints that unofficial numbers show an opposition presidential candidate winning. Conflicting tallies could spark violence. Outside powers should stand together in urging calm and careful verification of the electoral outcome.

En République démocratique du Congo, la Commission électorale indépendante va probablement annoncer cette semaine les résultats des élections du 30 décembre. Les acteurs internationaux ont montré des signes de division après une déclaration de l’Eglise catholique, qui a dépêché la principale mission d’observation électorale, indiquant une victoire de l’opposition. Le non-respect des résultats des élections risquerait de plonger le pays dans une crise politique majeure. S’il y a des raisons de penser que la Commission électorale a tenté de manipuler les résultats, les acteurs internationaux, et en particulier le Conseil de sécurité de l’ONU qui prévoit de se réunir ce vendredi, devraient appeler à une enquête approfondie et crédible avant que les résultats officiels soient considérés comme définitifs. Ils doivent parler d’une même voix et, sous l’impulsion des puissances africaines, encourager les Congolais à entamer des négociations pour garantir une issue pacifique qui reflète la volonté du peuple.

Dimanche 30 décembre, des millions de Congolais se sont rendus aux urnes pour élire leur nouveau président, ainsi que leurs représentants au sein des parlements national et provinciaux. Malgré des tensions croissantes dues aux multiples retards et l’exclusion injustifiable de près de 4 pour cent du corps électoral, principalement dans la province du Nord-Kivu, le vote s’est déroulé dans un calme relatif. L’Union africaine (UA) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), qui ont dépêché les principales missions d’observation à l’échelle internationale, ont conclu que le déroulement du scrutin avait été convenable, malgré quelques troubles et des problèmes techniques.

Le 3 janvier, la Conférence épiscopale de l’Eglise catholique du Congo (Cenco) a publié une déclaration fondée sur les informations transmises par ses 40 000 observateurs déployés dans une grande partie des 75 500 bureaux de vote et sur son propre décompte des voix. La Cenco jouit d’une grande crédibilité en RDC et a déjà observé de nombreuses élections par le passé. Elle a déclaré que les irrégularités et les problèmes observés n’avaient pas entravé le choix démocratique du peuple congolais et qu’un candidat se démarquait clairement. La loi interdit à la Cenco de désigner un vainqueur avant l’annonce des résultats officiels. Mais en exhortant la Commission électorale nationale indépendante (CENI), largement contrôlée par le gouvernement, à respecter le résultat du vote, elle a laissé entendre que le dauphin désigné du président Joseph Kabila, Emmanuel Shadary, avait été battu. Des sources informées par la Cenco indiquent que le vainqueur est le candidat de l’opposition Martin Fayulu.

Alors que la majorité au pouvoir a vivement critiqué la déclaration de la Cenco, les diplomates peinent à trouver un consensus.

Le calcul de la Cenco, s’il s’avérait exact, pourrait avoir d’importantes conséquences. Fayulu, figure historique de l’opposition et ancien homme d’affaires, dispose de l’appui de deux poids lourds de l’opposition aujourd’hui en exil, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba. Les efforts fructueux du gouvernement pour écarter ces deux hommes de la course à la présidentielle ont exacerbé leurs mauvaises relations avec le pouvoir en place ; de nombreux responsables à Kinshasa craignent qu’une présidence Fayulu ne s’intéresse de trop près aux soupçons de crimes et d’actes de corruption dont ils font l’objet. Pour le président Kabila et ses proches alliés, une victoire de Fayulu serait en effet le pire scénario possible ; ils considèrent l’autre principal candidat de l’opposition, Félix Tshisekedi, comme plus conciliant. Il existe un risque réel qu’ils poussent la Commission électorale à annoncer un résultat plus à leur goût.

Alors que la majorité au pouvoir a vivement critiqué la déclaration de la Cenco, les diplomates peinent à trouver un consensus. Cette situation menace la cohésion internationale des douze derniers mois, qui avait permis de faire monter la pression sur le président Kabila et contribué à sa décision, en août 2018, de ne pas briguer un troisième mandat. Il est inquiétant de constater que certains qualifient en privé d’« occidentale » la position de la Cenco, ce qui pourrait alimenter l’idée d’une opposition entre l’Occident et une Afrique qui ne lui serait d’aucun secours. Le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas été en mesure de prendre position. Ses membres et d’autres acteurs internationaux s’accordent pour dire que les responsables politiques congolais doivent respecter les résultats des élections. Mais le débat porte sur l’opportunité de faire d’ores et déjà pression sur la Commission électorale, et par extension, sur le gouvernement, en l’exhortant à publier rapidement les résultats des élections tout en l’avertissant que le choix des électeurs doit être respecté ; ou au contraire de lui accorder le bénéfice du doute en lui laissant le temps de publier les résultats officiels, évitant ainsi d’accorder trop d’importance au décompte de la Cenco. Une importante réunion du Conseil de sécurité de l’ONU a été reportée à vendredi, date à laquelle la Commission électorale devrait avoir annoncé les résultats. Il est prévu que le Conseil s’entretienne avec des experts externes, y compris la Cenco et éventuellement des acteurs régionaux qui ont observé le déroulement du scrutin, comme l’UA et la SADC.

Il est primordial que la Commission électorale annonce en toute transparence les résultats des élections.

La situation est tendue. Une grande partie du pays n’a plus accès à internet et les rumeurs les plus folles circulent, générant des conjectures inutiles et clivantes qui alimentent le débat international. De nombreux Congolais oscillent entre espoir de changement et incertitude face à l’avenir. Les trois candidats et leur entourage doivent délivrer des messages constructifs et rassurants, appeler leurs partisans au calme, inciter à la patience et éviter toute déclaration susceptible d’attiser les tensions.

Il est primordial que la Commission électorale annonce en toute transparence les résultats des élections et fournisse suffisamment de détails pour que ses conclusions puissent être vérifiées et, le cas échéant, contestées devant les tribunaux. Toute tentative de manipulation des résultats risquerait de susciter une immense colère et pourrait provoquer des violences dans tout le pays. Cela dit, nombre de ceux qui sont actuellement au pouvoir ont beaucoup à perdre dans ce qui pourrait constituer un spectaculaire retournement de situation. Si Fayulu a gagné, il est important qu’ils reçoivent, dans la mesure du possible, des garanties sur leur avenir, afin d’augmenter les chances d’une transition pacifique.

Les acteurs internationaux doivent continuer à exiger que les résultats soient respectés. Ils doivent néanmoins s’abstenir de tirer des conclusions hâtives qui pourraient accentuer les divergences internationales. Les puissances étrangères doivent éviter de se diviser en deux camps, pro-Kabila et pro-opposition, car cela ne ferait qu’encourager chaque partie à camper sur ses positions, à un moment où il importe de mener des négociations délicates et de montrer des signes d’ouverture et de compromis. A la lumière de ces considérations, la réunion du Conseil de sécurité de vendredi constitue pour ses membres une occasion unique d’afficher leur unité. Le Conseil doit appeler au calme et exhorter toutes les parties à respecter le résultat du vote. Si la Commission électorale annonce des résultats sensiblement différents des chiffres recueillis par la Cenco et les autres observateurs, y compris ceux des partis politiques, le Conseil devra appeler à une enquête approfondie et crédible avant que les résultats officiels soient considérés comme définitifs. Les puissances africaines doivent prendre l’initiative pour aider les parties prenantes congolaises à trouver une issue pacifique qui respecte la volonté du peuple, comme elles l’ont fait en persuadant Kabila de se retirer.