Naissance du Sud-Soudan : le véritable défi commence
Naissance du Sud-Soudan : le véritable défi commence
Op-Ed / Africa

Naissance du Sud-Soudan : le véritable défi commence

Le peuple sud-soudanais a parlé. Consulté en janvier, par référendum, il a, à une écrasante majorité, opté pour l'indépendance. Plus de 98% des votants se sont prononcés pour une scission avec Karthoum. Cette décision représente un événement extraordinaire : le Soudan, jusqu'ici le plus vaste pays d'Afrique, va se voir bientôt amputé de sa partie Sud, et une nouvel Etat va voir le jour.

Les Sud-Soudanais, trop longtemps marginalisés, avaient le choix : rester dans un pays uni ou faire sécession. Désireux de se séparer du régime oppressif de Khartoum, les électeurs se sont déplacés en masse, certains dans leurs plus beaux habits tandis que d'autres ont campé toute la nuit afin d'être les premiers à voter. Finalement, le vote tant attendu a consacré la séparation (près de 98% des voix). Un vent d'euphorie a soufflé sur la nation en devenir.

Le référendum est l'un des éléments-clés de l'Accord de Paix Global de 2005 qui a mis fin à deux décennies de guerre, a encouragé la transformation démocratique et a garanti au Sud le droit à l'autodétermination. Le « oui » à la partition signifie que le Sud-Soudan accèdera à l'indépendance en juillet 2011, quand l'accord de paix arrivera à échéance. Mais, le vote de janvier n'est qu'une étape, certes importante, qui doit mener à la création d'un Etat démocratique et indépendant.

C'est qu'il reste beaucoup à faire : d'abord mettre en application des éléments cruciaux de l'accord, restés pour l'instant en suspens et qui sont essentiels pour l'établissement d'une relation constructive entre le Nord et le Sud.

  • La délimitation de la frontière entre les deux Etats ;
     
  • le sort de la région d'Abyei que le Nord et le Sud se disputent ;
     
  • la question de la citoyenneté et la nationalité ;
     
  • la monnaie, la répartition des avoirs et des dettes entre les deux Etats ;
     
  • les questions de sécurité.

La conclusion d'accords post-référendum sur ces différents sujets faciliterait une transition en douceur au mois de juillet et est essentielle pour la viabilité, la stabilité et la prospérité du Nord comme du Sud.

Jusqu'ici, les négociations sur ces différents points ont eu peu de résultats, comme si aucune des parties ne voulait aboutir. Maintenant que le vote est terminé, elles doivent retourner à la table des négociations et reprendre les discussions au plus vite. Portée par le résultat du référendum qui l'a renforcé, l'Armée Populaire de Libération du Soudan (APLS) - ancien groupe rebelle qui revendiquait l'indépendance du Sud - devrait faire preuve de bonne volonté pour parvenir à un accord.

Reste la question du pétrole, principale source de revenus ausi bien pour le Nord que pour le Sud. La division du pays signifie que la majorité des réserves de pétrole seront la propriété du Sud, mais les infrastructures pour l'exploiter - pipelines, raffineries, terminaux pour l'exportation - sont au Nord. Il faut donc au plus vite régler la question de la répartition de la manne pétrolière - ainsi que le reste des questions financières ; la dette s'élève à 40 milliards de dollars ; il faut déterminer dans quelles proportions les Etats devront la payer.

L'impact économique de la sécession risque d'être davantage ressenti par Khartoum. Des mesures d'austérité ont certes déjà été décidées et des décisions politiques à long-terme prises afin de ralentir la récession économique. Il n'en reste pas moins que la pression financière croissante pourrait affaiblir l'emprise du Parti du Congrès National (le parti au pouvoir à Khartoum) et modifier les rapports de force à la table des négociations. L'équipe dirigeante au Nord a donc besoin d'un accord sur ces questions cruciales pour calmer ses inquiétudes et pour déboucher sur d'autres progrès.

L'APLS, le mouvement rebelle s'est transformé en parti et domine l'arène politique. Depuis la fin de la guerre, il a bénéficié d'une relative neutralité de son opposition qui a mis en sourdine ses revenidications et fait bloc derrière lui, au nom de l'unité de tous les sudistes et pour permettre d'atteindre l'objectif d'autodétermination.

Même si le sentiment d'euphorie qui a entouré le succès du référendum perdure, l'environnement politique va progressivement changer. Les actuels dirigeants du Sud-soudan doivent tenir compte de ce changement et reconnaître qu'une ouverture authentique de l'espace politique est dans l'intérêt de tous. Ils doivent trouver la manière d'administrer la diversité si particulière du Sud-Soudan. S'ils échouent ou s'ils refusent de le faire, ils n'auront réussi qu'à ressembler au régime autocratique qu'ils ont si longtemps combattus.

L'engagement des Etats-Unis et de la communauté internationale s'est intensifié à l'occasion de ce référendum. Maintenant que cet objectif a été atteint, leur attention risque de se déplacer vers d'autres crises. Mais si l'intérêt du monde venait à s'émousser comme ce fut le cas après la signature des accords de 2005, et l'amener à négliger la conclusion d'accord post-referendum, et si des troubles devaient se produire -, les positions des parties pourraient se raidir. Les négociations qui suivront l'expiration de l'Accord de Paix en juillet iraient à l'échec. On ne peut prendre le risque d'un tel scénario.

Les Etats-Unis et leurs partenaires doivent guider l'APLS (Armée populaire de libération du Soudan) sur la voie d'une démocratie pluraliste et multiethnique. Un processus constitutionnel, une gouvernance inclusive et une aptitude à la décentralisation sont essentiels. Tout au long, les pays partenaires devront être à la fois fermes et conciliants.

Les Sud-soudanais ont raison de célébrer la liberté, si difficilement obtenue : mais demain, tous devront se remettre au travail.
 

Political rally for General Johnson Olony in then-rebel-held Wau Shilluk in April 2016. CRISIS GROUP / Alan Boswell
Briefing 179 / Africa

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Side deals between President Salva Kiir and renegade opposition leaders jeopardise the 2018 agreement that ended the worst fighting of South Sudan’s civil war. East African mediators should press the principal combatants – Kiir and Riek Machar – to restart talks on the issues that divide them.

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