Asie Centrale: Quel rôle pour l’Union européenne?
Asie Centrale: Quel rôle pour l’Union européenne?
Table of Contents
  1. Executive Summary
War & Peace: Deconstructing Islamic State’s Appeal in Central Asia
War & Peace: Deconstructing Islamic State’s Appeal in Central Asia
Report 113 / Europe & Central Asia

Asie Centrale: Quel rôle pour l’Union européenne?

L’Union européenne ne se montre pas à la hauteur de son potentiel en tant qu’acteur géopolitique en Asie centrale.

Synthèse

L’Union européenne ne se montre pas à la hauteur de son potentiel en tant qu’acteur géopolitique en Asie centrale. Elle n’a fait preuve que d’un intérêt limité pour cette région qui, si elle décline sur le plan économique, des libertés politiques et du développement social, notamment ces dernières années, conserve une importance stratégique considérable. Pour changer ceci, Bruxelles doit rompre avec des politiques infructueuses, notamment ses projets de promotion de la région, et adopter un rôle plus ciblé et plus actif, adapté aux caractéristiques distinctes des différents pays de la région. Si elle souhaite avoir un impact plus grand, l’Europe doit également augmenter son niveau de représentation dans la région, lui consacrer plus d’argent et rester fidèle à ses idéaux politiques.

L’UE ne peut se permettre d’ignorer l’Asie centrale, où un calme de surface cache mal le potentiel d’instabilité et de conflit. Cette région revêt une grande importance pour la future sécurité énergétique de l’UE. Les systèmes de santé ses pays de la région sont dans un état critique et offrent les conditions idéales pour la propagation des épidémies. Le radicalisme islamique, qui n’est pas un vrai danger à l’heure actuelle, est une autre menace potentielle. Les progrès en matière de droits de l’homme et de bonne gouvernance sont lents. La région est une route majeure pour le trafic de drogues, et l’instabilité, si elle se développe, entraverait gravement les efforts de reconstruction dans le voisinage de l’Afghanistan.

L’assistance de l’UE à la région prend surtout la forme d’une assistance technique mise en œuvre par le biais du programme TACIS, conçu en 1991 pour appuyer la transition vers une économie de marché et renforcer la démocratie et l’État de droit dans l’espace post-soviétique. Ce programme couvre un grand nombre de projets transnationaux dans le domaine des transports, drogues, contrôles des frontières et énergie qui n’ont pas eu beaucoup de résultat par rapport à l’argent et au temps investis. En dépit d’une assistance à la lutte contre le trafic de drogues, les gains retirés du commerce des drogues continuent de contrecarrer ces efforts.

L’approche au développement est fragmentée et se concentre sur des projets plutôt que d’être une véritable stratégie. Elle s’accroche à un modèle de coopération régionale qui n’a jamais fonctionné étant donné la réticence des États d’Asie centrale à travailler ensemble. L’UE a tenté de promouvoir la sécurité alimentaire par un appui budgétaire en échange de réformes mais les progrès sont difficiles à mesurer. Alors que les mécanismes d’aide et de développement devraient être fusionnés en un seul instrument en 2007, la nature de ce nouvel instrument n’a pas encore été définie; certains craignent qu’il ne soit encore une fois fondé sur une autre tentative irréaliste de promouvoir la coopération régionale.

De même, l’engagement politique a été limité, avec seulement une poignée de missions diplomatiques dans la région. Bien que l’UE ait été la première à répondre au massacre d’Andijon en mai 2005 en Ouzbékistan, elle n’est pas à l’aise avec ce genre de situations difficiles. Certains s’inquiètent de ce que les efforts de “s’engager” dans des pays comme l’Ouzbékistan et le Turkménistan, où les droits de l’homme sont les plus bafoués dans la région, pourraient minimiser la position de l’UE sur les droits de l’homme et la démocratisation. La nomination d’un Représentant spécial de l’UE est un signe d’intérêt à saluer mais il n’est pas encore tout à fait clair comment son rôle pourra être intégré aux mécanismes politiques existants. L’activité des États membres elle aussi est quelque peu limitée, bien qu’elle ait permis d’aborder des problèmes ignorés par TACIS, comme la santé publique.

Si l’UE veut être une force pour la stabilité et le développement dans la région, elle doit prendre des mesures pour accroître sa visibilité et faire connaître au public ses institutions, ses objectifs et les activités qu’elle mène. Elle doit d’autre part rompre avec les projets régionaux qui ont échoué et reconnaître que les cinq États d’Asie centrale font face à des situations politiques et économiques intérieures très différentes. La coopération régionale devrait demeurer un objectif mais les besoins locaux devraient devenir la priorité jusqu’à ce que les États d’Asie centrale fassent preuve de la volonté de travailler ensemble.

L’UE devrait aussi contrebalancer l’assistance technique par des stratégies à long terme de prévention des conflits ou, dans le pire des cas, en mitiger les effets. Ces stratégies devraient inclure la planification en vue de crises humanitaires à grande échelle, y compris les flux de réfugiés, et chercher les moyens d’empêcher que l’instabilité dans un État n’affecte la région dans son ensemble. Il faut reconnaître que s’engager auprès de régimes comme le Turkménistan et l’Ouzbékistan a peu de chance d’apporter des résultats et que les politiques devraient alors se concentrer sur la façon de faciliter une éventuelle transition à partir de la dictature. Un engagement auprès de groupes religieux modérés, et qui ne se limite pas seulement aux organisations et institutions officielles, devrait se poursuivre de façon plus vigoureuse et l’UE devrait annoncer un engagement sans équivoque en ce qui concerne les droits de l’homme et la démocratisation. Ceci sera particulièrement important si l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) est de plus en plus entravée dans ses mouvements et que la crédibilité des États-Unis sur ces sujets continue à décliner. Étant donné que l’Europe ne peut exercer qu’un faible levier, il serait bon de chercher un terrain d’entente avec la Russie. Mais, encore une fois, ceci doit être fait de façon réaliste en gardant à l’esprit que ce pourrait être difficile actuellement.

L’UE dispose de plusieurs avantages. D’une manière générale, elle n’évoque pas dans la région les mêmes inquiétudes que les États-Unis, la Russie ou la Chine, jugés envahissants. De plus, elle possède déjà une expérience dans l’aide à des pays de l’ancien bloc communiste, qui ont connu une transition réussie vers la démocratie et la prospérité. L’UE ne devrait pas autoriser que l’apathie et l’indécision gâchent cette occasion d’avoir un impact similaire en Asie centrale.

Bichkek/Bruxelles, 10 avril 2006

Executive Summary

The European Union is not living up to its potential as a geopolitical actor in Central Asia. The level of EU interest has been low, and Brussels is doing little to shape developments in a region that has mostly seen marked declines in its economic fortunes, political freedoms and social development in recent years but remains of considerable strategic significance. If this is to change, Europe must move away from largely unsuccessful policies, particularly the promotion of region-wide projects, and take on a more focused and active role geared to the distinct characteristics of each of the region’s five states. It needs also to raise the level of its representation, spend more money and stick to its political ideals if it is to have a positive impact.

The EU cannot afford to ignore Central Asia, where despite a surface calm, the potential for instability and conflict is high. Central Asia is important for the EU’s future energy security. Public health systems there are in a critical state, creating ideal conditions for epidemics. Islamic radicalism, though not a current danger, is another potential challenge. Progress on human rights and good governance has been slow. The region is a major route for drug trafficking, and instability, if it develops, would seriously hinder efforts at nation-building in neighbouring Afghanistan.

EU assistance to the region has largely taken the form of technical assistance implemented through the program (TACIS) that was designed in 1991 to support transition to market economies and reinforce democracy and the rule of law in the post-Soviet space. That program has included a number of large trans-national projects in transport, drugs, border controls and energy which show few results for the time and money invested. Despite some assistance given to combating drug trafficking, the potential for ill-gotten gains from the drug trade continues to undermine efforts.

The approach to development has been fragmented and project-driven, rather than strategic, and has clung to a model of regional cooperation that has proven to be a non-starter due to the reluctance of Central Asian states to work together. The EU has attempted to promote food security through budget support in return for reforms but progress is difficult to measure. While existing development and aid mechanisms are to be combined into a new single instrument in 2007, the nature of this new instrument remains to be determined; there are concerns that it, too, will be informed by an unrealistic attempt to foster regional cooperation.

Political involvement has likewise been limited, with only a handful of European diplomatic missions in the region. Although the EU has taken the lead in responding to the May 2005 Andijon massacre in Uzbekistan, it has generally been uneasy about addressing such difficult issues. There is some basis for concern that efforts to “engage” even the region’s worst offenders – Uzbekistan and Turkmenistan – may be undermining the EU’s stand on human rights and democratisation. The appointment of a European Union Special Representative is a welcome sign of interest, but it is not yet clear exactly how his role can be integrated with existing political mechanisms. Member-state activity has likewise been somewhat limited, although it has served to address areas overlooked by TACIS, notably public health.

If the EU is to be a force for stability and development in the region, it must take steps to increase its visibility and raise public awareness of its institutions, aims and activities. There must also be a move away from failed regional projects and recognition that the five Central Asian states face very different domestic political and economic situations. Regional cooperation should remain a goal but local needs should take priority until the Central Asian states are more willing to work together.

The EU should also balance technical assistance with long-term strategies designed to prevent conflict or, in the worst case, mitigate its effects. These should include planning for large humanitarian crises, including refugee flows, and finding ways to prevent instability in one state from infecting the region as a whole. Recognition is needed that engagement with regimes such as Turkmenistan and Uzbekistan is unlikely to yield results, and that policies should focus on how to ease their eventual transition from dictatorship. Engagement with moderate religious groups, not limited solely to official organisations and institutions, should be pursued more vigorously, and the EU should be unequivocal in its commitment to human rights and democratisation. This will be especially important if the Organisation for Security and Cooperation in Europe (OSCE) becomes increasingly straitjacketed and U.S. credibility on these issues continues to decline. The admittedly modest leverage the EU can exert means that common ground should be sought with Russia. But again this must be done realistically, with realisation that at present not much is likely to be found.

The EU has several advantages. It generally does not evoke in the region the same concerns as encroaching U.S., Russian or Chinese influence does. It has relevant experience in helping some former Soviet bloc countries make successful transitions to democracy and prosperity. It should not allow apathy and indecisiveness to squander its opportunity to have a similar impact in Central Asia.

Bishkek/Brussels, 10 April 2006

War & Peace: Deconstructing Islamic State’s Appeal in Central Asia

This week on War & Peace, Olga Oliker and Hugh Pope are joined by Central Asia expert Noah Tucker to discuss how the region became a source of so many fighters for ISIS in Syria and Iraq.

Season 1 Episode 14: Deconstructing Islamic State’s Appeal in Central Asia

The conflicts in Syria and Iraq drew between 12,000 and 15,000 fighters from Central Asia. Noah Tucker, expert on Central Asian issues and our guest on War & Peace this week, helps us understand why. 

No overwhelming single factor accounts for such a huge number of people going to fight with the Islamic State. “For every 10 people who join, there are 10 different life stories, and often 10 different reasons”, Noah explains.

But the deep inequalities found in Central Asian countries can help explain. After the collapse of the Soviet Union, Central Asia underwent rapid modernisation and radical economic changes. While not unique to the region, the additional challenge of constructing a political system from scratch produced clear winners and losers while whole sections of society were left behind with no mechanism for changing the balance. The Islamic State offered a different path to addressing these injustices, an alternative theory on how to construct a government and distribute resources more fairly.

Noah, Olga and Hugh go on to examine the gendered element, the role of ethno-nationalism as state ideology and much more on this week’s episode. Tune in now! 

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