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Burundi : anatomie du troisième mandat de Nkurunziza
Burundi : anatomie du troisième mandat de Nkurunziza
AU Heads of State Summit needs to whip Nkurunziza back into line
AU Heads of State Summit needs to whip Nkurunziza back into line
Op-Ed / Africa

Burundi : anatomie du troisième mandat de Nkurunziza

Originally published in Jeune Afrique

Le 1er juin dernier à Mugamba (province de Bururi), Pierre Nkurunziza a lancé un ultimatum.

« Du haut d’une camionnette, micro à la main, sous très haute protection de l’armée et de la police », rapporte l’AFP, le président burundais a ordonné aux insurgés de cette commune du Sud du pays de déposer les armes dans les quinze jours : « Téléphonez à vos frères qui ont pris les armes, dites-leur que nous leur donnons quinze jours pour qu’ils y renoncent […] Quinze jours, pas plus. Dites-leur cela ». Hasard ou préméditation, la fin de cet ultimatum devrait coïncider avec la reprise prévue des discussions à Arusha, en Tanzanie, entre le gouvernement et l’opposition.

La crise politique, déclenchée en avril 2015 par l’annonce de la candidature du président Nkurunziza à un troisième mandat, n’en finit pas de s’approfondir depuis sa réélection en juillet 2015. Tandis que chaque camp s’arc-boute sur ses positions, les morts s’accumulent.

La crise socio-humanitaire en gestation, l’insécurité physique, politique et économique d’une partie de la population, la peur et le fait que le Burundi soit privé de contre-pouvoirs institutionnels et de médias libres, créent les conditions idéales d’un pourrissement et d’une ethnicisation du conflit.

Une volonté d’ethniciser le conflit

Au début de la crise, en avril 2015, la candidature du président Nkurunziza à un troisième mandat a clivé son parti, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD), et a conduit à son éclatement. Maintenant dominé par les éléments les plus radicaux du CNDD-FDD, le régime a fortement ethnicisé son discours. Des responsables publics dénoncent pêle-mêle une domination tutsie (les Tutsis représentent 14 pour cent de la population, les Hutus 85 pour cent) au sein des organisations de la société civile et de la presse, un complot tutsi qui serait soutenu par le président du Rwanda Paul Kagame, et le silence sur les massacres commis par les pouvoirs tutsi depuis l’indépendance. Certains responsables publics ont appelé à la violence et tenu des propos discriminatoires. Néanmoins, la population ne semble pas retomber dans le piège des divisions ethniques : les affrontements n’ont pas pris une tournure communautaire et n’impliquent pour l’instant que les militants de l’opposition et les forces de sécurité.

La fin programmée d’Arusha ?

Sur le plan politique, le pouvoir affiche clairement sa volonté de mettre fin à la démocratie de consensus d’Arusha, un système de partage obligatoire du pouvoir entre la majorité hutue et la minorité tutsie, instauré en 2000 pour sortir de la guerre civile et socle des institutions au cours de la dernière décennie.

Sous couvert du « dialogue national » lancé en janvier dernier, les radicaux du CNDD-FDD cherchent à remettre en cause par le bas l’accord de paix. Boycottées par les Forces nationales de libération (FNL), un important mouvement politique hutu, et l’opposition en exil, ces consultations « populaire » qui se déroulent sous l’égide de la Commission nationale du dialogue interburundais, ont tout d’un monologue du parti au pouvoir. « Nous devons avoir une nouvelle Constitution […] selon laquelle le président élu règne jusqu’à ce qu’il soit fatigué, règne à vie », a déclaré le député Nzeyimana Nestor (CNDD-FDD) lors de la cérémonie d’ouverture le 19 janvier. Le ton était donné.

La remise en question de la fabrique sociale burundaise

Le poison de la division ethnique, la peur et la pauvreté grandissantes minent la cohésion sociale et la coexistence politique, déjà fragiles avant la crise. En un an, celle-ci a poussé quelque 265 000 burundais à l’exil. Nombreux sont ceux qui ont retrouvé les camps trop familiers de Tanzanie ou se sont réfugiés chez des parents au Rwanda. Outre les opposants, des ruraux, des étudiants, des hommes d’affaires et une bonne partie de l’élite économique et politique ont quitté le pays. Environ un tiers des journalistes vit désormais à l’étranger et la jeunesse urbaine de Bujumbura paie un lourd tribut à la crise.

Cette hémorragie vide le pays de ses forces vives et illustre la rupture du pacte entre le régime d’un côté, et certains groupes sociaux de l’autre (les citadins de la capitale, la communauté tutsie qui craint un nouveau génocide et la vieille garde de l’armée).

Une crise humanitaire en gestation

Par ailleurs, l’économie est durement touchée. Des secteurs dynamiques tels que l’hôtellerie et la construction sont en berne, l’approvisionnement du pays en pétrole devient problématique, les échanges économiques entre la capitale et le monde rural sont perturbés. Les prix grimpent, et la demande intérieure s’effondre.

Tandis que les écoles ont de sérieux problèmes de fonctionnement, la malnutrition, le manque de médicaments et les épidémies saisonnières, vulnérabilités chroniques du Burundi, s’accentuent. Selon de récentes estimations du World Food Program, 4,6 millions de Burundais sont en situation d’insécurité alimentaire (sur une population de 10 millions de personnes) et un demi-million ont besoin d’aide alimentaire d’urgence. Dans la capitale Bujumbura, le nombre d’enfants souffrant de malnutrition sévère a doublé entre octobre et décembre 2015.

Des difficultés propres aux zones de conflit apparaissent : restriction de l’accès humanitaire dans les quartiers contestataires, enfants traumatisés, augmentation des cas de viol, notamment. Face à la détérioration des conditions de vie des Burundais, le plan de réponse humanitaire des Nations unies est largement sous-financé.

L’indispensable dialogue

Le 21 mai dernier, le régime et l’opposition burundais étaient appelés à se rencontrer sous l’égide du facilitateur de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), l’ancien président tanzanien Benjamin Mkapa. Attendue depuis cinq mois, cette réunion s’est transformée en rendez-vous manqué : des acteurs importants de l’opposition (le Cnared) n’y étaient pas conviés et il n’y a pas eu de discussion directe entre le gouvernement et les quelques opposants présents.

Le dialogue est pourtant indispensable pour sortir de l’impasse et éviter que l’histoire douloureuse du pays ne se répète.

Au cœur de la confrontation actuelle se trouve la question suivante : « faut-il ou non changer le système institutionnel d’Arusha ? ». Y répondre par le débat démocratique peut permettre d’élaborer un nouveau consensus post-Arusha et conduire le Burundi vers une paix durable.

Pour encourager les parties à s’engager dans de véritables pourparlers, les garants de l’accord de paix d’Arusha disposent de plusieurs leviers : la suspension sélective de l’aide, le changement des modalités de financement du contingent burundais de la mission de maintien de la paix en Somalie, voire le renvoi de ce contingent. Dans cette perspective, une meilleure coordination entre les acteurs internationaux est nécessaire.

Une nécessaire implication des acteurs internationaux

Pour éviter la dérive vers un conflit ethnique, les Nations unies, l’Union européenne et l’Union africaine devraient appliquer des sanctions contre tous ceux qui tiennent des discours d’incitation à la haine et aux discriminations, et se mettre d’accord sur le déploiement au Burundi de plusieurs centaines d’observateurs des droits humains et de policiers internationaux, voire d’une force d’intervention en cas d’urgence. Le suivi des discours d’incitation à la haine devrait être renforcé pour prendre en compte les acteurs locaux que sont les Imbonerakure et les administrateurs communaux.

Afin d’atténuer au maximum l’impact de la crise économique et sociale sur les populations, les bailleurs devraient débloquer des fonds pour le plan de réponse humanitaire des Nations unies, et mettre en place un dispositif de suivi de la situation économique, nutritionnelle et sanitaire permettant de réagir rapidement et d’adapter au mieux la réponse aux besoins.

Op-Ed / Africa

AU Heads of State Summit needs to whip Nkurunziza back into line

Originally published in The East African

African heads of state should press Burundi to open the political space, in particular letting opposition politicians campaign freely and safely and allowing in international observers, in order to prevent a reprise of past violence or worse.

Presidential elections in Burundi are less than a year away and a repeat of the violence that marred the last poll seems likely.

In April 2015, President Pierre Nkurunziza sparked months of mass protests and brutal repression when he sought – and later won – a contested third term.

Since then, Nkurunziza and the ruling party pushed through a referendum to change the Constitution, potentially enabling the president to stay in power until 2034. Nkurunziza says he will not stand, but with the vote looming, tensions remain dangerously high.

Today, with many expecting government interference in the ballot and the risk of confrontations rising, the AU should act.

Four years ago, the African Union denounced Nkurunziza’s decision to seek a third term and refused to observe the subsequent polls, calling for their delay because the conditions were not conducive to free and fair elections.

Today, with many expecting government interference in the ballot and the risk of confrontations rising, the AU should act.

African heads of state should press the government to open the political space, in particular letting opposition politicians campaign freely and safely and allowing in international observers, in order to prevent a reprise of past violence or worse.

Already, there are worrying signs ahead of next year’s vote. Competition for power among ruling party cadres, although under the surface for now, remains acute.

Over 400,000 people fled to neighbouring countries following the 2015 violence and nearly 350,000 remain abroad. A small number of them have joined armed groups, which, although unable to have a strong impact, remain active in the region.

Opposition

In the country, the security services and the Imbonerakure, the ruling party’s youth militia, continue to crack down on the opposition, many of whose members have been attacked, arbitrarily arrested or killed, or have disappeared.

The National Congress for Liberty, long-time opposition leader Agathon Rwasa’s new party, has suffered a particularly ferocious assault.

Even the Catholic Church, the country’s primary moral authority, has come under verbal attack during government orchestrated protests. In February, the government forced the UN Human Rights Office to close its Burundian operations.

Meanwhile, uncertainty over Nkurunziza’s intentions adds a volatile element to the mix. Although he has said he will step down, many Burundians and international actors do not believe him.

Since 2015 and even before, senior officials, including in the army, have strongly objected to his presiding in perpetuity.

Indeed, this was a major cause of violence in 2015. If he does seek another term, he will face opposition from within the party and perhaps again on the streets.

This would increase the sense that the country is drifting ever further from the inclusivity enshrined in the 2000 Arusha peace agreement that brought an end to Burundi’s civil war.

Conversely, if he does not run, a likely scenario is a fierce struggle to succeed him within the ruling party. Intra-party competition in 2015 resulted in an attempted coup and subsequent violent crackdown.

Poll observers

After its initial firm reaction to Burundi’s violence and decision not to deploy observers for the 2015 vote, the AU became less involved.

That same year, it ceded responsibility for finding a solution to the crisis to the East African Community under the subsidiarity principle, whereby peace and security issues are dealt with at the most local level.

The EAC-led Inter-Burundi Dialogue, with Ugandan President Yoweri Museveni as chief mediator and former Tanzanian president Benjamin Mkapa as facilitator, tried – and failed – to mediate between the government and the opposition, both those in exile and those who remained in-country.

From the start of talks in May 2016, the Burundian government took an inflexible stance and remained intransigent throughout. The opposition eventually demonstrated greater willingness to compromise but to no avail.

For its part, the EAC, which was established to promote regional economic integration, was ill equipped and underfunded for a complex political mediation process.

Regional leaders, who were divided among themselves and did not see Burundi as a priority, gave Mkapa little support as he sought to bring the parties together.

The government did not even participate in the fifth and final round of talks, during which Mkapa drew up a roadmap to the 2020 elections that he presented as the basis for consideration by all parties.

If elections are to be more credible and peaceful, the government will have to compromise. At the very least, it should allow opponents – both those in the country and those currently in exile – to campaign freely in Burundi without intimidation, arrest or violence. It should also let external monitors observe preparations for the polls, voting and counting.

Smail Chergui, the AU’s Commissioner for Peace and Security, suggested during the UN Security Council meeting on Burundi on June 14 that the dialogue under EAC auspices resume as soon as possible.

Certainly face-to-face talks between the government and opposition could help build confidence. But in themselves they are unlikely to generate different results than previous attempts.

If such talks are to yield anything, the AU must press regional leaders to use all their influence to push Nkurunziza’s government toward a compromise.

This means that the AU itself engages at the highest level in both Bujumbura and neighbouring capitals. It should put additional pressure on Nkurunziza while encouraging regional leaders to do the same.

One important step would be to constitute an AU High-Level Delegation, similar to the one that visited Bujumbura in February 2016.

That delegation, comprising the presidents of Gabon, Mauritania, Senegal and South Africa, as well as Ethiopia’s prime minister, and authorised by the Assembly of AU Heads of State, visited Burundi only once.

Delegation’s mandate

The AU and others cannot remain unresponsive: they must do all they can to keep the Burundi crisis high on the international agenda.

Leaders should also extend the delegation’s mandate, either with the same members or a different composition, to focus on improving conditions for the 2020 elections and shoring up regional action on Burundi.

The AU should also ramp up its monitoring of Burundian politics. Since August 2015, it has deployed a small contingent of human rights observers and military experts in the country. It should negotiate with the Burundian authorities to dispatch more.

The AU team on the ground should monitor opposition politicians’ safety and evaluate electoral preparations, which may require the AU Heads of State to adjust the terms of reference.

The AU Peace and Security Council and the High-Level Delegation can use its reports to inform diplomatic efforts and help decide whether the AU should deploy election observers ahead of the 2020 polls.

Completely free and fair elections in 2020 are likely impossible. But with higher-level and more consistent and concerted African Union and regional engagement in the coming year, there is at least a chance to convince the government to allow the opposition to campaign free from harassment and for greater scrutiny of the vote. This would likely help avert a repeat of 2015’s tumult.

It would also preserve a degree of political pluralism, even if small, that might help prevent a worse slide into conflict. Most important, the AU and others cannot remain unresponsive: they must do all they can to keep the Burundi crisis high on the international agenda.

Contributors

Director of Africa Regional Advocacy
ElissaJobson
Deputy Project Director, Central Africa
PMvandeWalle