Semaine critique pour Bangui
Semaine critique pour Bangui
Russia’s Influence in the Central African Republic
Russia’s Influence in the Central African Republic
Commentary / Africa

Semaine critique pour Bangui

Depuis jeudi et l’attaque de Bangui par les groupes anti-balaka qui viennent de province et sont composés de villageois et d’anciens militaires constitués en milices d’autodéfense, un calme précaire est revenu dans la capitale centrafricaine grâce au déploiement des militaires français. Les combattants de la Seleka continuent d’assassiner ceux qu’ils soupçonnent d’être de connivence avec les anti-balaka et à faire du porte-à-porte pour mettre la main sur les hommes de plus de quinze ans dans les quartiers comme Boeing, Boy Rabe, PK12, etc., le plus souvent pour les exécuter. Les habitants de Bangui fuient en masse vers des sites où ils espèrent trouver protection (l’aéroport, la communauté Don Bosco, l’église du quartier Castor, le monastère de Boy Rabe, la paroisse Saint-Paul à Rwango ou pour les musulmans la mosquée d’Ali Bodo vers le quartier appelé « Miskine »). Plusieurs milliers de personnes sont réfugiées à ces endroits qui sont en train de devenir des camps urbains de déplacés et ne sont pas actuellement sécurisés. Depuis l’attaque de jeudi, on a assisté à une course à l’armement dans la population urbaine et dorénavant la majorité des musulmans du quartier de PK5 sont armés de machettes et d’armes à feu. Ces derniers jours, des groupes de pasteurs peul, souvent pris pour cibles par les anti-balaka, ont tué des chrétiens à Bangui en représailles.

A la demande de Michel Djotodia et sous la pression de l’armée française, les éléments de la Seleka sont beaucoup moins visibles sur les grands axes de Bangui depuis samedi après-midi mais ils restent très présents dans certains quartiers de la ville, essentiellement musulmans comme PK5, Miskine, Combattants, et ils se préparent à une confrontation avec les anti-balaka. Au moment de la rédaction de ce texte, plusieurs scénarios sont envisageables :

1) Guerilla urbaine et massacres interconfessionnels

A l’heure actuelle, de nombreuses rumeurs évoquent une prochaine action des anti-balaka menée notamment par d’anciens officiers de l’armée centrafricaine. Au cours des affrontements avec les combattants de la Seleka jeudi dernier, les anti-balaka ont reculé mais n’ont pas perdu beaucoup d’hommes et restent bien armés (AK-47, RPG, etc.). Par ailleurs, d’autres miliciens anti-balaka pourraient quitter la province pour se rendre à Bangui et lancer une nouvelle offensive avec le soutien de la population banguissoise. Il s’agirait alors d’une tentative de reconquête de la capitale avec l’objectif de chasser les représentants de la Seleka du pouvoir. Des affrontements violents entre les combattants de la Seleka qui n’auraient plus rien à perdre et les anti-balaka bénéficiant du soutien d’une partie de la population auraient lieu et tourneraient probablement en une confrontation religieuse entre combattants de la Seleka soutenus par les quartiers musulmans et anti-balaka soutenus par les quartiers chrétiens. Dans un tel scénario, des massacres auraient lieu des deux côtés, une logique de nettoyage non pas ethnique mais religieux se développerait à Bangui et les forces françaises et la Misca seraient certainement incapables de maitriser la situation.

2) Une interposition qui dure

Si les anti-balaka renonçaient à attaquer Bangui mais restaient à proximité de la ville, les forces françaises et la Misca pourraient se consacrer à leur mission initiale : rétablir l’ordre à Bangui. Cela impliquerait tout d’abord qu’ils neutralisent les éléments de la Seleka qui continuent à commettre des exactions ou refusent de se cantonner, comme l’a demandé Michel Djotodia, et qu’ils arrêtent les porteurs d’armes en ville. Dans cette situation, l’armée française et la Misca pourraient améliorer la sécurité mais dans une ville assiégée tactiquement et mentalement. Elles se trouveraient rapidement confrontées au refus des combattants de la Seleka de désarmer tant que la menace des anti-balaka continuerait à peser sur Bangui, et à la peur et au mécontentement de la communauté musulmane qui craint toujours des représailles. En tout état de cause, les forces africaines et françaises risquent de se retrouver en situation d’interposition en cas d’attaques ou de heurts entre musulmans et chrétiens.

3) Bangui cesse d’être au centre de l’affrontement

Les anti-balaka se retireraient en province et les combattants de la Seleka à Bangui accepteraient de partir ou d’être cantonnés et désarmés. Le programme de démobilisation, désarmement et réinsertion qui est encore à un stade embryonnaire devrait être accéléré pour fixer et absorber les miliciens. Les chefs religieux chrétiens et musulmans lanceraient des appels à la réconciliation qui seraient entendus par la population. Ce scénario idéal implique une forte pression militaire sur les éléments rebelles mais aussi un certain niveau d’entente avec les dirigeants de la Seleka à Bangui : frapper fort contre les combattants de la Seleka qui ne respectent pas les règles sans pour autant démettre Djotodia pour éviter d’envoyer de mauvais signaux aux musulmans et de ne plus avoir d’interlocuteur représentant au moins une fraction de la Seleka. Si ce scénario s’impose et que Bangui est sécurisée, alors il faudra entamer un déploiement progressif des troupes dans le reste du pays pour sécuriser les provinces, ce qui sera un défi de taille.

Quoi qu’il advienne, plusieurs mesures urgentes doivent être prises pour préserver le calme à Bangui et réduire le risque que des massacres surviennent. La sécurité des camps informels de déplacés autour de la ville doit être assurée, tout comme celle des hôpitaux et des centres médicaux. Les forces françaises et la Misca doivent renforcer leurs patrouilles dans les quartiers sensibles tels que Boy Rabe, Boeing, Gobongo, Benz-vi Fouh, Miskine, Combattants, PK5, Catin, Yakite, Castor, Begoua et PK12. Enfin, la Misca doit déployer des troupes jour et nuit sur les axes principaux et les grandes intersections.

Subscribe to Crisis Group’s Email Updates

Receive the best source of conflict analysis right in your inbox.