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République démocratique du Congo : quel avenir pour le processus politique ?
République démocratique du Congo : quel avenir pour le processus politique ?
Three Critical African Elections
Three Critical African Elections
Congolese Catholic Church (CENCO) Bishops arrive to mediate talks between the opposition and the government of President Joseph Kabila in Kinshasa, DR Congo, on 21 December 2016. REUTERS/Thomas Mukoya
Commentary / Africa

République démocratique du Congo : quel avenir pour le processus politique ?

Les évêques catholiques de République démocratique du Congo (RDC) ont mis un terme à leurs efforts de médiation entre le président Kabila et une opposition profondément divisée. Sur fond d’insécurité croissante dans les provinces du Kasaï, la décision de Kabila de nommer un nouveau Premier ministre pourrait marquer le début d’un nouveau cycle de violences.

Ces dix derniers jours, d’importants évènements ont eu lieu en République démocratique du Congo (RDC) : la fin des efforts de l’Eglise catholique congolaise pour obtenir l’application de l’accord du 31 décembre, des violences en hausse dans les provinces du Kasaï, une nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, et un discours du président Kabila annonçant la nomination imminente d’un nouveau Premier ministre. Dans quelle mesure ces évènements sont-ils liés ?

Le 31 décembre dernier, un accord politique inclusif, résultat de la médiation des évêques catholiques de RDC (Cenco), était signé par le gouvernement et l’opposition. Cet accord stipule que des élections doivent avoir lieu d’ici fin 2017, et qu’un gouvernement d’union nationale doit être formé en vue d’y parvenir. C’est le cadre actuel de toute réflexion au niveau national et international et il a obtenu un franc soutien via la résolution 2348 du 31 mars du Conseil de sécurité de l’ONU.

Trois mois plus tard, cependant, le nouveau gouvernement n’a pas encore été nommé. L’obstacle principal est le mode de désignation du Premier ministre – l’opposition souhaite proposer un seul candidat que le président pourra approuver, tandis que ce dernier souhaite sélectionner son Premier ministre à partir d’une liste de trois noms. Lorsque la Cenco a mis un terme à sa médiation et laissé l’initiative au président Kabila, celui-ci a organisé des consultations avec les signataires de l’accord. Le Rassemblement, principal groupe d’opposition, a refusé d’y participer.

Le 5 avril, une semaine après le renoncement de la Cenco, Kabila s’est adressé au parlement réuni en congrès. Dans un discours se voulant rassurant, il a déclaré que les élections seraient organisées selon un calendrier à paraitre sous peu. Affirmant qu’un consensus avait été trouvé sur le mode de désignation du Premier ministre, le président a donné au Rassemblement, dont doit être issu le Premier ministre, 48 heures pour lui présenter une liste de candidats. Il a assuré avoir obtenu un consensus sur « l’autorité de nomination », signe clair qu’il a l’intention de conserver la haute main sur la désignation, et le renvoi éventuel, du nouveau Premier ministre.

Le blocage politique a alimenté une agitation déjà croissante à travers le pays. Les tensions ont augmenté dans des villes comme Kinshasa, Lubumbashi et Goma, et un mouvement de protestation, l’opération « ville morte », a été largement suivi le 3 avril. Les violences se sont intensifiées au niveau provincial. En plus des conflits en cours dans les provinces orientales (Ituri, Nord et Sud-Kivu), de nouveaux affrontements ont été rapportés dans le Tanganyika, à la frontière avec le Soudan du Sud et dans la province du Kongo-Central.

De façon plus inquiétante, le conflit s’étend dans la région du Kasaï où des affrontements entre milices et forces de sécurité ont tué plusieurs centaines de personnes depuis août 2016. La découverte de charniers a déclenché une polémique internationale et pourrait entrainer la création d’une commission d’enquête sur des crimes de guerre. Cette intensification des tensions, qui prennent souvent racine dans des situations très locales, est alimentée par la perte de légitimité du gouvernement national tandis que le processus de transition politique stagne. Cela a également des conséquences humanitaires graves. Si les troubles se poursuivent en province, cela risque aussi de détourner l’attention et les ressources internationales de la question centrale de l’organisation des élections, et même de remettre en question la possibilité d’y parvenir.

Le blocage politique comme les violences en province ont eu des répercussions sur les négociations à l’ONU pour le renouvellement du mandat de la force de maintien de la paix et de stabilisation (Monusco). Le débat a été assombri par l’assassinat dans le Kasaï de deux membres du Groupe d’experts de l’ONU sur la RDC. Et alors que le Conseil de sécurité exprimait son soutien à l’accord de décembre, sur le terrain, les discussions visant à le mettre en œuvre se délitaient. La question s’est également retrouvée engloutie dans les pressions exercées à l’ONU par la nouvelle administration américaine pour obtenir des coupes budgétaires et une réduction du nombre des forces de maintien de la paix. S’il est certainement possible d’augmenter l’efficacité et la rentabilité de la Monusco, la réduction des troupes, et le moment choisi pour le faire, risquent d’occulter l’enjeu pourtant plus important qui consiste à bâtir une force plus flexible et plus réactive.

Qui sont les principaux acteurs et comment se positionnent-ils actuellement ?

Même si l’attention de la communauté internationale s’est focalisée sur l’agitation croissante, pour le président et sa coalition politique (appelée « la majorité »), les évènements de 2017 ont été très satisfaisants. Bien que la crise ait pour origine principale le refus du président Kabila de quitter ses fonctions (la Constitution limite le nombre de mandats présidentiels à deux), il a conservé l’initiative politique par sa mainmise sur un système politique clientéliste et sur l’appareil sécuritaire, et en raison de l’absence d’une opposition bien organisée. Au cours des longues négociations, la majorité n’a souffert aucune division interne (contrairement à 2015) et, en jouant la montre, elle a pu continuer à amasser des fonds, y compris grâce à des contrats miniers. D’autre part, le président Kabila, fidèle à sa stratégie habituelle consistant à rester au-dessus de la mêlée pour ensuite se présenter comme le conciliateur entre les parties en conflit, a pu garder la main haute dans les négociations en dépit de son manque de soutien populaire. Dans son discours du 5 avril, il a clairement rendu l’opposition responsable des retards et indiqué qu’il ne dépendait que d’elle de trouver une solution.

L’opposition, en particulier le Rassemblement, comptent sur l’insatisfaction populaire et la pression internationale pour maintenir leur cohérence et pousser le gouvernement à faire des concessions. L’accord du 31 décembre a ouvert la voie à leur entrée au gouvernement, où ils espèrent être en mesure de superviser la préparation des élections, renforcer leur cohérence interne, et acculer le président Kabila et sa majorité. Mais l’opposition congolaise a tendance à se diviser lorsque se profile la possibilité d’entrer au gouvernement. Sa cohésion a récemment été mise à mal par le décès du dirigeant historique Etienne Tshisekedi, le 1er février. Dirigeant incontesté de l’opposition, il devait présider le Conseil de suivi de l’accord du 31 décembre. Le principal groupe d’opposition, le Rassemblement, tente maintenant d’obtenir que son fils Félix soit nommé Premier ministre mais il ne bénéficie pas du même soutien que son père au sein de l’opposition ou auprès de la population, et il sera moins en mesure de légitimer un éventuel compromis avec le régime. L’autre grande figure de l’opposition, Moïse Katumbi, demeure en exil où il essaie de maintenir sa popularité, mais sa capacité à mobiliser du soutien politique à l’intérieur du pays reste à prouver. Le Rassemblement ne s’attendait pas à la fin de la médiation de la Cenco et a refusé de rencontrer le président Kabila, insistant pour que la Cenco continue à jouer un rôle et que l’ONU maintienne ses bons offices. Il n’accepte pas que Kabila puisse être à la fois protagoniste et médiateur, et appelle maintenant à des manifestations, une tactique potentiellement dangereuse puisqu’elle pourrait entrainer de nouvelles violences mais également révéler la capacité probablement limitée de l’opposition à mobiliser.

Avant 2016, les évêques catholiques de la Cenco ont utilisé leur légitimité et leurs réseaux nationaux uniques pour faire pression en faveur du respect de la Constitution, en dénonçant le projet du régime de rester au pouvoir. Mais en 2016, ils ont modéré leur position, et ont accepté de jouer un rôle de médiation lorsque l’accord d’octobre obtenu sous l’égide de l’Union africaine (UA) s’est révélé impossible à mettre en œuvre. L’accord du 31 décembre est une réussite importante, soutenu bien plus largement par l’opposition et la population. Mais les évènements qui ont eu lieu depuis ont montré que la force même de l’Eglise – son réseau extrêmement dense de représentation locale – est devenue sa faiblesse, à la fois parce qu’il est difficile de négocier un consensus au sein de l’Eglise nationale toute entière et parce que sa participation l’a récemment exposée aux pressions, voire aux violences de la population.

Face aux difficultés à trouver un accord sur les modalités de désignation d’un nouveau Premier ministre, première étape dans la mise en œuvre de l’accord de décembre, l’Eglise a renoncé à son rôle de médiation. Dans sa déclaration du 27 mars, le président de la Cenco a critiqué la majorité comme l’opposition pour leur incapacité à faire des compromis. L’Eglise craint clairement que ces querelles prolongées compromettent sa propre crédibilité. Face à des acteurs politiques obsédés par les gains de court terme, elle n’a pu que constater les limites de son autorité morale. Les dirigeants de l’Eglise ont rencontré le président Kabila et lui ont de fait confié la tâche de faire avancer le processus.

Comment la population congolaise réagit-elle ?

La population reste la grande inconnue. Elle est mise sous pression par la hausse des prix, et est généralement frustrée par la classe politique dans son ensemble. L’accord de décembre a apporté un peu d’espoir, qui a été progressivement déçu. La fin de la médiation de l’Eglise a provoqué manifestations et incidents dans plusieurs villes, y compris Kinshasa, Lubumbashi et Goma, même si leur portée a été limitée. La grève générale du 3 avril, largement suivie, est plus significative. Néanmoins, dans la mesure où c’était le premier jour des vacances scolaires, cela n’est pas forcément le signe d’une forte volonté de s’engager dans des protestations politiques. L’opposition a appelé à une nouvelle série, plus importante, de manifestations le 10 avril. Comme par le passé, de tels mouvements risquent de déclencher des violences.

Plus que la crise politique, ce sont les répercussions sociales de la crise économique qui préoccupent la population. Ses conditions de vie, déjà difficiles, se dégradent alors que le franc congolais ne cesse de perdre de sa valeur et que les prix des denrées alimentaires de base et des transports commencent à augmenter. Dans la mesure où les forces politiques et sociales sont incapables de canaliser cette frustration, il devient de plus en plus probable que la violence urbaine explose ou que certains rejoignent des insurrections aux contours flous – comme c’est le cas dans le Kasaï.

L’accord du 31 décembre peut-il être sauvé, et quels sont les défis immédiats ?

Malgré la fin de la médiation de l’Eglise, il n’y a à l’heure actuelle aucune alternative évidente à l’accord du 31 décembre, qui continue à bénéficier d’un large soutien. Dans son discours du 5 avril, le président a assuré qu’il avançait dans sa mise en œuvre, s’efforçant ainsi de démontrer qu’il continue à travailler comme si de rien n’était. Mais encouragé par les divisions d’une opposition qui manque d’approche stratégique ou de long terme, son camp politique ne manquera pas d’en déduire qu’il peut mener la danse. Ainsi, même si l’accord reste intact, il se vide de son contenu. Une fois qu’un Premier ministre est nommé, les deux camps politiques lutteront pied à pied pour obtenir les postes ministériels les plus puissants et lucratifs. Chaque once de pouvoir fera l’objet d’une lutte et la nomination d’un nouveau gouvernement, avec les 54 ministres prévus par l’accord, sera tout sauf évidente.

Une fois formé, le défi principal pour le nouveau gouvernement sera financier. Malgré les richesses du pays, le budget du gouvernement est complètement insuffisant. L’incertitude politique pèse sur l’économie et ébranle la devise. Le financement des élections sera un défi supplémentaire et les bailleurs, y compris ceux qui ont apporté leur aide par le passé, seront réticents à s’engager de crainte que celles-ci n’aient pas lieu ou qu’ils deviennent des boucs émissaires commodes si les fonds ne suffisent pas à couvrir les besoins.

Enfin, le nouveau gouvernement devra faire face à l’insécurité croissante dans tout le pays, et ce avec une autorité minimale sur les forces de sécurité, qui ont tendance à rendre compte directement au président et à s’affranchir de tout contrôle politique.

Est-il réaliste d’envisager des élections en 2017, et quelles sont les perspectives à plus long terme ?

D’un point de vue technique, des progrès ont été accomplis. L’enregistrement des électeurs a maintenant atteint 50 pour cent de l’objectif au niveau national. Même dans les provinces affectées par les violences, comme le Nord-Kivu, où Crisis Group s’est récemment rendu, les habitants sont nombreux à s’inscrire. La Commission électorale a des capacités locales importantes, développées au cours des deux élections précédentes (2006 et 2011), et la population tient vraiment à ce que les élections aient lieu.

Mais les compétences techniques ne suffisent pas en l’absence de volonté politique. La Commission électorale, à court de fonds, est à la merci du gouvernement central et rien ne porte à croire que la majorité renonce à tenter de retarder les élections autant que possible. Une opposition affaiblie aura du mal à contrecarrer ces manœuvres, même en étant au gouvernement. Des troubles sociaux en hausse, surtout s’ils s’accompagnent d’importants déplacements de population, pourraient rendre le processus encore plus compliqué.

Dans de telles conditions, il sera difficile d’organiser des élections en 2017. Une nouvelle médiation sera alors nécessaire, avec le risque accru d’une stagnation à plus long terme. Mais l’élan créé par l’enregistrement des électeurs et la volonté forte de la population sont des facteurs importants. Continuer sur cette lancée, y compris en publiant un calendrier électoral réaliste et consensuel, est plus important que de respecter la date butoir de décembre. Il faut espérer que, petit à petit, des progrès irréversibles soient accomplis de sorte que la tenue des élections devienne inévitable. Dans ses déclarations du 5 avril, le président Kabila a souligné avec fermeté qu’il ne tolèrera pas d’ingérence étrangère dans la gestion et la conduite des élections à venir. Dans son viseur se trouvent la communauté internationale et l’ONU, qui entendent jouer un important rôle de soutien.

Que peuvent maintenant faire l’ONU et les grandes puissances, y compris dans la région ?

Même si l’accord du 31 décembre a obtenu le soutien des puissances internationales, une médiation internationale a dans l’immédiat peu de chances de le faire avancer. L’UA a fait son possible en 2016 mais son offre de médiation, menée par Edem Kodjo, ancien Premier ministre togolais et membre du Groupe des sages de l’UA, a été rejetée par l’opposition. Les puissances régionales au sud de la RDC (Afrique du Sud et Angola) n’ont pas non plus la confiance de l’opposition. Le dernier sommet de la Communauté de développement d’Afrique australe (Southern African Development Community, SADC) a été perçu comme favorisant le régime. L’UA a cependant indiqué qu’elle demeurait investie et il faudra peut-être de nouveau faire appel à une médiation africaine pour débloquer le processus, sans doute après plusieurs mois de manœuvres internes. Le gouvernement fera tout son possible pour que le processus reste entre des mains sous-régionales et africaines.

Sur le terrain, la force de l’ONU (Monusco) fait face à d’énormes défis. Ses troupes, presque toutes stationnées dans les provinces du Kivu, sont mal placées pour réagir aux poussées de violences dans d’autres parties du pays. Le programme de « transformation de la force » de l’ONU, censé créer une force plus flexible et réactive, ne progresse que très lentement. La Monusco est parvenue à déployer des troupes et des forces de police dans le Kasaï, mais là comme ailleurs, elle doit faire face à un environnement extrêmement contraignant puisque le gouvernement ne souhaite pas voir des troupes et des unités des droits humains de l’ONU s’intéresser de trop près aux troubles en province. Les bons offices politiques du représentant spécial de l’ONU demeurent cependant importants et le soutien logistique à la Commission électorale reste indispensable.

Les négociations qui ont eu lieu en mars au Conseil de sécurité de l’ONU ont réduit le nombre de soldats de la Monusco, mais moins qu’on ne l’avait craint. La proposition de lui ajouter un nouvel élément policier a été rejetée et ce en dépit du fait qu’une telle réforme – échanger des soldats contre des policiers – aurait été logique étant donnés les nouveaux défis auxquels la Monusco doit faire face, notamment prévenir les violences contre les populations civiles dans les zones urbaines. La réduction de la force, décidée en dépit des violences dans le Kasaï, résulte d’une volonté forte de la nouvelle administration américaine de réformer le maintien de la paix de l’ONU. S’il est légitime de poser la question de l’efficacité d’une force telle que Monusco, le moment est mal choisi. A Kinshasa, cette décision a été perçue comme une concession faite au gouvernement, qui a longtemps poussé pour une telle réduction, à un moment où la pression internationale est plus que jamais nécessaire pour éviter de nouveaux retards dans l’organisation des élections. Plus globalement, depuis le changement d’administration, les Etats-Unis, qui étaient parmi les premiers à exercer une pression internationale, se sont largement repliés dans le silence.

L’Union européenne, un bailleur de fonds essentiel et une possible source de financement des élections, semble peu à même de jouer un rôle de médiation. Elle a récemment menacé de nouvelles sanctions toute personne faisant obstruction à l’organisation des élections, de sorte qu’elle est maintenant perçue comme étant plutôt hostile au gouvernement. Les positions internationales sont donc en pleine évolution à un moment où une bonne dose de fermeté serait nécessaire afin d’éviter une nouvelle dérive. La pression internationale a joué un rôle majeur dans l’adoption de l’accord du 31 décembre. Des dates doivent maintenant être fixées pour chaque étape de l’organisation des élections, et les bailleurs potentiels doivent se préparer à apporter leur soutien financier au processus électoral et à l’économie. Le Conseil de sécurité de l’ONU et le Conseil de paix et de sécurité de l’UA devront aussi faire montre d’un soutien politique sans faille à la Monusco et à la communauté onusienne des droits humains. Une diplomatie tranquille et un plus grand engagement des puissances et organisations africaines auprès des dirigeants de l’opposition sont nécessaires pour ouvrir la voie à toute nouvelle tentative de médiation.

Protesters supporting opposition leader Raila Odinga, run away from police in the slum area of Mathare in the capital Nairobi, Kenya, on 26 October, 2017. REUTERS/Siegfried Modola
Commentary / Africa

Three Critical African Elections

Delayed elections in the Democratic Republic of Congo (DRC), where the stalled transition risks provoking a major crisis, are one of three critical African polls: the DRC crisis, the recent vote in Kenya and Zimbabwe’s election next year all have important implications for democracy and stability on the continent.

Crisis Group’s recent publications on the Democratic Republic of Congo (DRC), including our 4 December 2017 report, examine the crisis provoked by President Joseph Kabila’s determination to hold onto power and repeatedly delayed elections. The DRC is only one of three African countries we cover whose future course could depend in part on the holding of credible elections: one vote past, in Kenya; one future, Zimbabwe’s 2018 polls; and one deferred, in the DRC.

These polls have had – or will have – important implications for democracy and stability not only in the three countries themselves but for the region as a whole. Notwithstanding many positive trends on the continent, the serious flaws in Kenya’s vote, delays and risks of manipulation in the DRC and worrying signs in Zimbabwe could prove indicative of a troubling trend of backsliding in Africa.

The contexts for the Kenyan, Congolese and Zimbabwean polls vary: from Kenya’s competitive but flawed democracy, to DRC’s long transition out of civil war to Zimbabwe’s first post-Mugabe elections. Yet they face challenges common to democratic consolidation across the continent. Public office comes with vast power and access to resources; those who lose elections are left with little.

This raises the stakes for both government and opposition, meaning too many elections are fierce, all-or-nothing affairs or incumbents skew the playing field, manipulate polls to ensure they win, or both.

Institutions, particularly electoral authorities and courts, become battle grounds and face enormous political pressure, complicating their administration and adjudication of elections. The opposition rarely has good options: compete in unfair conditions and legitimise the vote; or boycott, a strategy that rarely serves its interests over time. Facing uphill battles, some struggle to remain united. Others adopt rejectionist tactics.

Kenya: Frayed Democracy

Kenya’s recent crisis was all the more troubling because of the progress the country has made since the 2007-2008 post-election violence. Its 2010 constitution diluted presidential power, created new checks and balances, introduced more inclusive procedures for the appointment of election officials, devolved resources to newly-created counties and set up institutions to monitor and call out hate speech. These reforms should have served to lower the temperature of high stakes elections. Yet Kenyan leaders largely reverted to the old playbook. Ethnic politics dominated. The campaign was driven mostly by identity and money.

Both sides played hardball ahead of the vote. President Kenyatta’s ruling Jubilee Party drew from the public purse to campaign and the police responded with brutal force to opposition protests. Opposition leader Raila Odinga, in what looked likely to be his last shot at the presidency, repeatedly asserted before the polls that he would win if procedures were fair and would reject a vote he lost. Delays in the procurement of election equipment and the murder of the official responsible for overseeing the IT results systems did little to instil confidence.

To Odinga’s credit, after official results showed him losing, he called for restraint and took his grievances to the courts. The Supreme Court ruling revealed serious failures in complying with electoral laws and regulations, in particular during the crucial phase of transmitting results, further eroding trust in electoral officials.

Crisis Group argued that the ruling should have given both sides reason to compromise: for Kenyatta, the scale of the problems it identified might have led him to seek a clearer mandate through a fresh vote with improved procedures; for Odinga, it vindicated his complaints about electoral integrity but did not find evidence that irregularities changed the outcome.

Instead, both doubled down and threatened the election commission, which itself was beset by infighting. Kenyatta, feeling betrayed by the judges, adopted increasingly harsh rhetoric, including against the judiciary. Jubilee sowed distrust by pushing through electoral legislation without due consultation with their opponents, complicating efforts to reach consensus on reforms. For his part, Odinga’s demands were mostly reasonable but not all implementable before the rerun. His subsequent boycott meant that the vote proceeded without the participation of a candidate who had won some 45 per cent of the votes in the annulled election and still commanded the support of almost half of Kenyans, casting a shadow over Kenyatta’s mandate.

Kenya’s election once again laid bare the ethnic cleavages in society that elites are all too quick to manipulate.

Kenya’s election once again laid bare the ethnic cleavages in society that elites are all too quick to manipulate. It would be hard to portray it as anything but a disaster for Kenyan democracy. Six weeks after the rerun, leaders need to start bridging those divides. President Kenyatta should reach out to Odinga; restoring the official security detail he is due as a former prime minister, but which was withdrawn in mid-August, could be an initial gesture. A public display of talks between the two men would help dial down tensions.

Western diplomats in Nairobi, who played a useful role during the election, should push both sides to rein in hardliners. The creation of a position of official opposition leader with a budget and perks, which has been proposed by religious leaders and could be implemented through legislation, would be one way to recognise the support Odinga commands. The opposition also should focus on supporting its members who did win office and building support within communities that voted for Kenyatta’s party.

Left to fester, the wounds of the 2017 vote are likely to bode ill both for Kenyan democracy and the country’s stability over time. In a sign of deepening frustration after the flawed elections, leaders in regions of the country where Odinga draws most support – Western areas and the Coast – are calling for secession.

DRC: A Dangerous Delay

The consequences of the DRC’s stalled transition could be graver still. In December 2016, President Kabila’s ruling coalition and the opposition signed the Saint Sylvester agreement – stipulating that elections should take place at the end of 2017 after which Kabila should leave power – which appeared to offer a way forward. Since then, however, President Kabila, profiting from a divided opposition and a lack of international engagement, backtracked, asserting control over government, the oversight mechanism and electoral authorities in direct contravention of Saint Sylvester. In November 2017, the election commission announced an electoral calendar leading to a vote at the end of 2018.

The Congolese opposition is considerably weaker than its Kenyan counterpart. The death in February of its veteran leader, Etienne Tshisekedi, arguably the only figure able to inspire large public support and who should have led the Saint Sylvester agreement oversight committee, has not helped. Other leaders, including former Governor Moïse Katumbi (who could yet emerge as a serious challenger to Kabila), face prosecution and stay outside the country rather than return and risk jail; their absence is understandable but leaves the opposition rudderless.

Others have broken ranks and joined Kabila’s government. Those remaining refuse to engage in talks, call for a transitional government without Kabila to be set up after the agreement’s election deadline passes this year – a demand with no hope of success – but do not develop or publicise their own policies on social and economic issues critical to a restive citizenry.

As the political impasse deepens, violence is escalating in several provinces. The political settlement that ended the 2002 civil war, which explicitly included a presidential term limit to guarantee the rotation of power, is fraying. Local insurgencies, ethnic clashes, massive jail breaks and crackdowns by security forces are all on the rise.

The DRC’s humanitarian crisis, already one of the world’s most severe, looks set to deepen.

The DRC’s humanitarian crisis, already one of the world’s most severe, looks set to deepen. Gradually worsening instability appears the likeliest course – in fact in some cases the regime appears to stoke instability as a pretext for election delays. But a sudden implosion cannot be ruled out and would destabilise the region. Already Angola and the Republic of Congo fret about possible refugee surges across their borders.

While a more engaged opposition is essential to a transition, only concerted international and regional pressure can push President Kabila toward a credible election. But both African and Western positions have been mostly reactive. They have also diverged: Western powers are increasingly critical and have sanctioned some of Kabila’s entourage; while many African leaders recognise the dangers behind closed doors, they have been reluctant to criticise him openly and question the value of sanctions. Support from African powers for Kabila buys him breathing space.

As Crisis Group’s report today argues, both Western and African powers need to redouble efforts to build consensus. Even united, nudging Kabila toward elections would be hard; divided, prospects are close to zero. The Saint Sylvester principles – the organisation of credible elections, no constitutional amendment to allow a third term for Kabila and an opening of political space and respect for human rights – still offer the best route out of the crisis.

The new elections calendar, which is feasible and gives the opposition time to organise, offers an entry point for engagement. But this engagement must be based on a shared Western and African understanding that President Kabila’s delays and attempts to hold onto power by indefinitely postponing the vote and eventually challenge the constitution pose the gravest threat to DRC’s and regional stability. International actors involved in electoral preparations, including the UN, regional groups and the EU, should monitor adherence to the calendar, warn against unjustified slippage and guard as best possible the credibility of the electoral process, including voter registration.

Zimbabwe: Democracy’s New Dawn?

In Zimbabwe, Mugabe’s ouster presents a historic opportunity to turn the page on four decades of divisive and enormously destructive one-party rule. Emmerson Mnangagwa, the new president, struck a conciliatory tone in public statements, pledging to reach across political and ethnic lines. He also reportedly floated forming an inclusive transitional government until general elections, scheduled for mid-2018.

Over the past few days, however, he appears to have backtracked. His new cabinet reflects a consolidation of the old guard, including senior military officers and war veterans. The stalwarts of the ruling party, ZANU-PF, that now hold power are implicated in many of Mugabe’s worst excesses, including the rigging of the 2008 presidential vote and crackdowns before the run-off that robbed the Zimbabwean opposition of victory.

The security elites that orchestrated the “military assisted transition” did so largely to protect their own interests; prospects for reforms that threaten those interests appear slim, although Mnangagwa promised to improve governance and clean up corruption. But he has not said much about changes to the election system, security sector or devolution of power. To the ZANU-PF faithful his tone was also uncompromising: “ZANU-PF will continue ruling no matter what, while those who oppose it will continue barking”. The leader has gone, in other words, but, at least for now, the regime remains.

[Zimbabwe's opposition's] plight over the past decade illustrates challenges familiar across the continent.

Moreover, the opposition is weak and fragmented. Its plight over the past decade illustrates challenges familiar across the continent. It has repeatedly contested elections, but Mugabe’s crackdown in 2008 made clear that the regime had no intention of ceding control. Worried that security forces’ violence could spiral out of control, Western and regional powers pushed both sides to agree to a government of national unity, but sharing power arguably tainted the opposition’s leaders and weakened it further.

Boycotting by-elections since 2013 does not appear to have paid dividends, as ZANU-PF’s parliamentary majority grew. Years of repression complicate efforts to keep opposition ranks united. The latest attempt, the Movement for Democratic Change (MDC) Alliance, launched in August 2017 and which unites different MDC factions under Zimbabwe’s long-time opposition leader Morgan Tsvangirai, has struggled to attract smaller factions and lacks funds. Whether Tsvangirai himself, who is in poor health, can campaign next year is unclear; but there is no obvious alternative. Indeed, a more serious threat might come from within the ranks of the ruling party, though whether factions sidelined by Mnangagwa’s takeover will have space to regroup remains unclear.

That said, Mugabe’s departure, the more moderate tone struck by Mnangagwa, at least in public, and the fact he needs to put on a good show does raise prospects, however slim, for a cleaner vote next year. Broad consensus exists among opposition politicians and civil society on necessary reforms. These include a credible voter registration process; an independent and capable election commission, with parliamentary oversight; a playing field free of intimidation and hate speech; and access for observers, all of which should be laid out in new legislation.

Despite the tight timeline, none of this would be difficult to roll out were the new government to choose to do so. The elections guidelines of the regional body, SADC (Southern African Development Community), provides a framework for assessing, both before and after elections, conditions for a credible vote. An indicator of Mnangagwa’s commitment will be his government’s willingness to allow space for such evaluations. Others leaders of SADC countries, whose track record in Harare is mixed but who still enjoy more influence there than other foreign powers, should push against any resistance; the African Union should also monitor closely long-term preparations for the vote. Ideally the opposition would focus on grassroots campaigning and attempt to build momentum behind a single candidate with a clear platform that sets it apart from ZANU-PF.

Reversing Worrying Continental Trends

Many African states have seen enormous advances over the past few decades. In West Africa in particular, democratic norms are more entrenched and a strong consensus exists against incumbents circumventing term limits, even when they try to do so. Overall, however, the continent still struggles with succession. While all countries hold regular, multiparty elections, peaceful transitions of power between one party or leader to another are still too rare. Over recent years, a spate of leaders extending their tenure past constitutional limits, political space narrowing in many countries and a series of election-related crises suggest the trend, at least in parts of Africa, is headed the wrong way.

This matters for stability on the continent. Not every disputed election or move toward authoritarian drift will provoke conflict; not all credible elections will avoid it; and a vote is not the answer to every problem. But a fair vote is invariably better than a rigged one. Even where flawed polls do not provoke bloodshed, superficial calm can obscure problems that will erupt later.

Fewer Kenyans were killed this year than during the 2007/2008 crisis, but still the gulf in society left by the vote and the deep sense of grievance harboured by opposition supporters could have profound implications over time. Already, violence across the DRC is escalating; Kabila’s repeated election delays risk driving the country off a cliff. In Zimbabwe, while a ZANU-PF romp to victory on a skewed playing field might provoke less violence than the upset MDC win in 2008, a prolongation of the stagnant Mugabe governance – particularly the dire prospects for many young people – would herald problems over time.

Taken together, Kenya’s election crisis, the DRC’s stalled transition and dashed hopes in Zimbabwe – should political space there remain closed – would not only conform to worrying authoritarian trends. They would do much to deepen it. Leaders learn from the experience of their neighbours, and the more they see fellow presidents manipulate and pervert democracy for their own ends, the more likely they are to pursue similar methods.