icon caret Arrow Down Arrow Left Arrow Right Arrow Up Line Camera icon set icon set Ellipsis icon set Facebook Favorite Globe Hamburger List Mail Map Marker Map Microphone Minus PDF Play Print RSS Search Share Trash Crisiswatch Alerts and Trends Box - 1080/761 Copy Twitter Video Camera  copyview Whatsapp Youtube
République Démocratique du Congo : pas de délai de grâce pour le nouveau gouvernement
République Démocratique du Congo : pas de délai de grâce pour le nouveau gouvernement
This photo, taken at Place de L'Indentite in Lubumbashi, shows the Katanguien Identity monument, 22 May 2016. AFP/Junior Kannah
Report 239 / Africa

Katanga : Le cœur minier de la RDC sous tension

Alors que le régime ne cesse de retarder la prochaine échéance électorale, la montée des tensions et la répression étatique au Katanga, une région riche en ressources, pourraient être les prémices d'une escalade de la violence. Sans un dialogue national crédible et l'amélioration des relations entre le pouvoir central et les nouvelles provinces, le pays pourrait plonger dans une crise semblable à celle qu'il a connu à la fin des années 1990.

Synthèse

Le Katanga est au cœur de tensions politiques croissantes qui agitent la République démocratique du Congo (RDC). Le retard intentionnel dans les préparatifs des élections prévues en novembre et la mise en œuvre bâclée et politisée de la décentralisation et du découpage de certaines provinces, y compris celle du Katanga, ont nourri des tensions entre la région et le gouvernement central, et entre opposition et majorité gouvernementale du Président Joseph Kabila.  Celles-ci ont pris une allure ouvertement politique lorsque l’ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, a déclaré sa candidature à l’élection présidentielle, amenant Kabila à lancer une enquête et à délivrer un mandat d’arrêt pour menace à la sécurité nationale. Les institutions fragiles du Congo sont sous pression. Il est urgent d’établir un dialogue national crédible portant sur la gestion de la transition, d’obtenir un engagement à ne pas modifier la Constitution à des fins politiques et à ne pas prolonger la transition pour préserver le statu quo, et d’avancer dans la préparation des élections de façon tangible. Afin d’éviter une crise risquant de se prolonger et des violences probables, l’ONU et les partenaires internationaux doivent soutenir et développer les efforts mis en œuvre par l’Union africaine (UA) pour engager le dialogue.

Le Katanga est un élément central de l’histoire politique tumultueuse de la RDC, d’abord en tant que siège d’un mouvement sécessionniste qui a cependant échoué au moment de l’indépendance, puis en tant qu’important champ de bataille durant la deuxième guerre du Congo (1997-2003). Sous Kabila père, puis sous son fils Joseph qui lui a succédé à sa mort en 2001, les Katangais ont occupé de nombreuses positions clés aux seins du gouvernement et des forces de sécurité. Le mécontentement envers Joseph Kabila n’a cessé de croître depuis les élections de 2011, au Katanga et ailleurs. L’échec, à travers le pays, à financer correctement les administrations provinciales, est venu exacerber, au Katanga, un sentiment d’ayant-droit né de l’immense contribution de ses exportations minières au budget national. Tout ceci a pris un tournant politique en 2014 lorsque Katumbi et des membres importants de l’élite locale, anciens alliés de Kabila pour la plupart, se sont exprimés contre le projet manifeste de ce dernier de rester au pouvoir au-delà de la fin de son deuxième – et, selon la constitution, dernier – mandat prévu en décembre 2016. Le climat de répression s’est amplifié et le gouvernement central a renforcé la présence militaire pourtant déjà importante dans la région. 

Début 2015, notamment en réaction à une opposition croissante, le gouvernement a décidé de mettre en œuvre le découpage des provinces, tel que prévu par la Constitution, faisant ainsi passer leur nombre de onze à 26. Le Katanga s’est retrouvé divisé en quatre nouvelles provinces. Tandis que certaines élites locales se réjouissent de pouvoir diriger leurs propres administrations, beaucoup au Katanga se plaignent de ce qu’ils perçoivent comme une tentative de diviser pour mieux régner. Le découpage a été bâclé, mal préparé, sous-financé et a coïncidé avec une crise budgétaire due avant tout à la chute de la demande en produits miniers du Katanga.

Katumbi s’est déclaré opposant principal à Kabila au moment-même où le parti gouvernemental, dont il était membre, se divisait. Si l’opposition s’en retrouve renforcée, elle est également divisée. Le 4 mai 2016, Katumbi a déclaré sa candidature à une élection présidentielle pourtant encore éloignée, alimentant ainsi les tensions. L’annonce d’une enquête judiciaire lancée à son encontre a provoqué des manifestations importantes à Lubumbashi, la plus grande ville du Katanga, et le candidat présidentiel a quitté le pays pour des examens médicaux.

La crise nationale qui se profile fragilise le climat politique déjà tendu et pourrait prendre la forme d’une augmentation de la violence armée, de la répression étatique et des divisions au sein des forces de sécurité. Ces évolutions pourraient avoir lieu, et certaines ont d’ailleurs déjà été observées au Katanga qui a toutes les chances d’être au cœur d’un conflit politique violent représentatif des problèmes nationaux. Des tensions graves existent entre les communautés, notamment entre les groupes ethniques locaux, les migrants et les déplacés internes, dont le nombre a augmenté de 50 000 à 500 000 entre 2011 et 2014. La crise économique risque d’augmenter les ressentiments et de rendre plus difficile la résolution des problèmes.

Cette crise, qui pourrait représenter une menace sérieuse pour la stabilité de la région, et pour les efforts internationaux de maintien de la paix, doit être évitée. Tandis que le jeu politique national est de plus en plus polarisé à mesure que l’échéance électorale se rapproche, certains acteurs, y compris au niveau local, ont encore fortement intérêt à dissiper les tensions pour prévenir l’émergence d’un conflit. Des mesures précoces contre des groupes armés illicites, et en particulier contre ceux qui les soutiennent, contribueraient à éviter que ces groupes ne deviennent un bien plus grand problème à terme. Les politiciens doivent renoncer à utiliser des groupes armés pour faire pression sur leurs opposants, et les autorités nationales doivent agir, avec le soutien de la mission de stabilisation de l’ONU (MONUSCO), pour les en décourager. La MONUSCO doit user de son influence à bon escient et déployer plus de moyens au Katanga, surtout dans les domaines du suivi des droits humains et de la police. Mais son influence diminue et face à une tempête imminente, des mesures plus radicales, telles qu’une réduction de ses forces, devront éventuellement, le moment venu, être envisagées.

Afin de pallier au manque de confiance entre le centre et les provinces, les flux financiers doivent être plus réguliers, transparents et conformes aux règlements en place. Les auditeurs nationaux et la société civile doivent pouvoir surveiller ces transactions et leur usage. Pour résoudre les problèmes de la RDC à l’échelle nationale et provinciale, il faudra plus de confiance et de dialogue, et des progrès notables vers la tenue des élections. L’initiative de dialogue actuellement paralysée, facilitée par Edem Kodjo de l’UA, doit être poursuivie et d’autres canaux de communication doivent être maintenus pour permettre des échanges entre les élites sur les questions d’intérêt national et provincial. Les partenaires internationaux doivent soutenir le dialogue, comme le fait l’UA, et s’assurer que la question centrale des relations entre le centre et les provinces reste sur la table des négociations. 

Nairobi/Bruxelles, 3 août 2016

DR Congo MPs celebrate on 10 December 2020, as legislators remove the Assembly's speaker, in the latest round of a bitter dispute between the current President and supporters of his predecessor. Arsene Mpiana / AFP
Q&A / Africa

République Démocratique du Congo : pas de délai de grâce pour le nouveau gouvernement

Après des mois de manœuvres politiques, le président Félix Tshisekedi s’est affranchi de son prédécesseur, Joseph Kabila et, à la suite de l’investiture d’un nouveau gouvernement issu de sa nouvelle majorité, il détient désormais l’effectivité du pouvoir. Dans ce Q&A, l’expert de Crisis Group Onesphore Sematumba explique que les difficultés ne semblent pourtant pas écartées.

Dans quel contexte politique s’inscrit ce gouvernement?

L'investiture le 26 avril du premier gouvernement de l'« Union sacrée », la nouvelle majorité parlementaire du président Félix Tshisekedi, met fin à la période prolongée de domination du système politique par son prédécesseur Joseph Kabila. Suite à la nomination le 12 avril de la nouvelle équipe gouvernementale dirigée par le Premier ministre Sama Lukonde, celui-ci a obtenu le vote de confiance d’une large majorité des députés – 410 votes favorables sur 412 députés présents – malgré les tensions survenues autour de la répartition des postes ministériels. Avec l’investiture de ce gouvernement, Tshisekedi a désormais les coudées plus franches pour mettre en œuvre ses réformes pour le reste de son quinquennat.

Après l'élection controversée de 2018 qui a donné à Tshisekedi la présidence malgré de forts soupçons de fraude en sa faveur émis par certains observateurs, dont ceux de la Conférence épiscopale nationale du Congo, le nouveau président a été forcé d'accepter l'emprise continue de Kabila sur la politique et le pouvoir. Le Front commun pour le Congo (FCC), coalition de Kabila, a gagné les législatives, raflant 342 sièges sur les 500 à l’Assemblée nationale. Dans les provinces, le FCC avait également remporté la quasi-totalité des gouvernements et des parlements provinciaux. Ces résultats ont permis à Kabila de négocier en faveur de ses propres alliés d'importantes institutions et ministères d'Etat aux niveaux national et provincial.

La coalition entre le FCC de Kabila et le Cap pour le Changement (CACH) de Tshisekedi, formée après ces élections, a connu des tensions depuis ses débuts, donnant lieu à une épreuve de force faite de négociations et de blocages interminables qui ont paralysé le fonctionnement des institutions. Cette coalition a permis au CACH de participer au gouvernement en dépit de son maigre score aux législatives – avec moins de 50 députés – mais elle a néanmoins empêché Tshisekedi de gouverner. Alors que ce dernier avait prêté serment le 24 janvier 2019, il fallut cinq mois pour que les deux partenaires conviennent de la nomination de Sylvestre Ilunga Ilunkamba au poste de Premier ministre. Celui-ci a, par la suite, formé un gouvernement de 67 membres au sein duquel le FCC occupait les postes clés tels que la Défense, la Justice et les Mines.

En nommant trois nouveaux juges à la Cour constitutionnelle en octobre 2020, le président s’est assuré la loyauté de cette institution soupçonnée naguère d’avoir été au service de Kabila.

Face à ce défi, Tshisekedi a entrepris de desserrer l’étau du FCC et de briser l’emprise de Kabila sur les institutions en débauchant les députés alliés de Kabila, usant de méthodes que les députés restés fidèles à l’ancien président ont jugées non démocratiques. En nommant trois nouveaux juges à la Cour constitutionnelle en octobre 2020, le président s’est assuré la loyauté de cette institution soupçonnée naguère d’avoir été au service de Kabila. En novembre, Tshisekedi a initié des consultations politiques élargies aux composantes de la société civile qui ont abouti, un mois plus tard, à la proclamation de la dissolution de la coalition. Il a entrepris de recréer une nouvelle majorité. La Cour constitutionnelle, en permettant aux membres du Parlement de sortir de leurs regroupements politiques précédents et d’entrer dans de nouvelles alliances, a offert aux députés l’opportunité de changer de camp sans risquer d’être exclus de leurs partis d’origine et, partant, de perdre leurs sièges de députés. Ainsi, Tshisekedi a convaincu un grand nombre de députés du FCC de rejoindre la nouvelle majorité de l’Union sacrée, aux côtés des partisans des deux poids lourds de l’opposition, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba.

Tshisekedi a ensuite enregistré une série d’autres victoires sur Kabila, renversant le rapport de forces en sa faveur. De décembre 2020 à janvier 2021, les députés de la nouvelle majorité ont destitué par motions successives les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat ainsi que le Premier ministre Ilunga et son gouvernement. Le 15 février, suite à des négociations entre les différentes composantes de l’Union sacrée, Tshisekedi a nommé Jean-Michel Sama Lukonde au poste de nouveau Premier ministre. Originaire du Grand Katanga et ancien directeur général de la principale compagnie minière du pays, la Gécamines, le jeune Premier ministre, 43 ans, est issu de l’Avenir du Congo (ACO), un petit parti politique sans assise nationale. Dépourvu d’une réelle stature et sans ambition affichée pour les élections prévues pour 2023, le nouveau chef de gouvernement devrait travailler dans l’ombre du président, ce qui permettrait à ce dernier de mettre en œuvre sa politique pour les deux dernières années du quinquennat.

La formation du gouvernement a été la première épreuve du nouveau Premier ministre. Dès sa nomination, celui-ci a promis de mettre rapidement en place une équipe gouvernementale resserrée et prête à prendre les problèmes du pays à bras-le-corps. Néanmoins, après deux mois de tractations autour des postes ministériels à l’intérieur de la nouvelle majorité, le gouvernement est à peine moins pléthorique que le précédent, avec 57 membres. Mais 80 pour cent de ses ministres sont de nouvelles figures, ce qui marque une certaine rupture par rapport à la précédente équipe gouvernementale, dont certains ministres étaient aux affaires depuis les régimes de Joseph Kabila, de son père et prédécesseur Laurent Kabila, et de l’ancien dictateur Joseph Mobutu.

À quels défis ce nouveau gouvernement est-il confronté?

Le défi immédiat pour Tshisekedi sera de contrôler toutes les différentes forces au sein de sa nouvelle coalition. Les difficiles négociations qui ont abouti à la formation de ce nouveau gouvernement sont symptomatiques de la fragilité de sa nouvelle majorité, formée autour du consensus pour déboulonner Kabila mais sans projet politique commun à mettre en place.

Le défi immédiat pour Tshisekedi sera de contrôler toutes les différentes forces au sein de sa nouvelle coalition.

À peine le gouvernement proclamé le 12 avril, la coalition a déjà commencé à montrer ses premières fissures. Près de 200 députés transfuges du FCC de Kabila se sont constitués en une « coalition des députés révolutionnaires » pour dénoncer les déséquilibres dans le nouveau gouvernement, certaines provinces ayant bénéficié de plusieurs ministères alors que d’autres n’en ont aucun. Ils ont accusé Sama Lukonde de n’avoir pas récompensé leur « traversée » par leur intégration au gouvernement. Le 14 avril, à travers un mémorandum adressé à Tshisekedi, ce groupe a menacé de bloquer l’investiture du gouvernement Sama Lukonde si les ajustements n’étaient pas faits pour répondre à leurs frustrations. Le 26 avril, après que le Premier ministre et Tshisekedi ont rencontré les députés, l’Assemblée nationale a cependant accordé sa confiance au nouveau gouvernement et entériné son ambitieux programme à une majorité écrasante. A l’issue d’une plénière chaotique, dans une salle envahie par les militants du parti présidentiel, les députés ont voté la confiance sans véritable débat.

La pluralité des espaces de décision, susceptible de reproduire les blocages au sein du gouvernement de coalition, constitue l’autre faiblesse de cette équipe. D’abord, la nomination de fortes personnalités issues de l’opposition aux postes de vice-Premiers ministres, notamment Eve Bazaiba, secrétaire générale du Mouvement pour la libération du Congo de Bemba, et Christophe Lutundula, haut cadre d’Ensemble pour la République de Katumbi, va diminuer sensiblement la marge de manœuvre de Tshisekedi au sein d’une Union sacrée dont il ne sera pas tout à fait le seul maître à bord. Les autres dirigeants des partis politiques qui ont intégré l'Union sacrée utiliseront également leurs positions pour faire pression afin que leurs intérêts soient respectés. Ils pousseront en permanence leurs alliés promus ministres à peser sur les choix du gouvernement, ce qui pourrait entraver toute velléité de Tshisekedi de développer un programme gouvernemental unique et non partisan.

En effet, la perspective des élections générales de décembre 2023, auxquelles tout porte à croire que les grands protagonistes du gouvernement Sama Lukonde vont concourir, pourrait bientôt devenir un point de fixation et provoquer des rivalités préjudiciables à la cohésion gouvernementale. Le président devra également tenir compte des manœuvres des deux principaux poids lourds de l'opposition, Bemba et Katumbi, mais aussi d'autres candidats potentiels, comme l'ancien allié et directeur de cabinet de Tshisekedi, Vital Kamerhe, emprisonné depuis 2020 pour actes de corruption. Le parti de Kamerhe a obtenu quatre ministères, où il a placé ses proches. Même si Kamerhe est exclu de toute élection pour les dix prochaines années, son parti va influencer les votes dans son fief du Sud-Kivu, qu'il se dispute avec Bahati Lukwebo, l'actuel président du Sénat. Si Bemba reste inéligible suite à sa condamnation pour corruption par la Cour pénale internationale, son retour dans l’arène à la faveur d’une décision politique de Tshisekedi demeure possible. Quant à Katumbi, il a déjà entrepris la structuration et l’implantation de son parti dans les 26 provinces du pays en prévision des prochains scrutins.

Ce gouvernement sera-t-il en mesure de lutter contre la violence à l'est?

Comme l’a dit Tshisekedi lors de sa réception des députés le 24 avril, « la priorité des priorités » de ce gouvernement est de mettre fin à la violence à l’est du pays. Depuis le début du mois d’avril, les populations à l’est organisent des manifestations contre l’inefficacité de l’armée congolaise et des Casques bleus des Nations unies face aux tueries et autres exactions des groupes armés. Au Nord-Kivu, qui fait face à des massacres majoritairement imputés au groupe d’origine ougandaise Forces démocratiques alliées, les populations multiplient les actions de défiance envers le pouvoir central. En Ituri, les miliciens de la Coopérative pour le développement du Congo ont, après une relative accalmie, mené de nouvelles attaques contre les civils. Au Sud-Kivu, des groupes armés maï maï locaux et des rebelles d’origine étrangère comme les Burundais de la Résistance pour le droit au Burundi (RED-Tabara) mènent des attaques ciblées contre des civils dans les hauts plateaux d’Uvira. Au Katanga, le groupe sécessionniste Bakata-Katanga de Gédéon Kyungu et d’autres milices continuent à terroriser les populations, sur fond de revendications sécessionnistes.

« La priorité des priorités » de ce gouvernement est de mettre fin à la violence à l’est du pays.

Jusqu'à présent, Tshisekedi a eu tendance à mettre l’accent sur la réponse militaire aux défis sécuritaires de l’est du pays. Sa proclamation de l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri le 1er mai, qui prévoit le remplacement de l’administration civile par l’administration militaire, le prouve à nouveau. Pourtant, son armée n’a engrangé que de très maigres résultats sur le terrain. Au Nord-Kivu comme en Ituri, les groupes armés ont même souvent réoccupé avec une étonnante facilité les quelques positions conquises par l’armée régulière.

Compte tenu des mauvais résultats des campagnes militaires, le gouvernement devrait donc envisager d'autres formes de relations avec les groupes armés. Pour ce faire, il devrait accélérer la mise en œuvre du programme de désarmement, démobilisation et réintégration communautaire des anciens combattants (DDR) convenu avec les principaux bailleurs de fonds depuis novembre dernier et bloqué à cause des querelles politiques à Kinshasa. Organiser une grande campagne de démobilisation sera cependant un grand chantier, le gouvernement devra tirer les leçons de l’échec des programmes de DDR précédents, dû principalement au manque d’engagement politique des autorités congolaises et à leur incapacité à résoudre les questions qui sous-tendent la violence structurelle. Si la campagne de démobilisation ne suffisait pas, Tshisekedi et son gouvernement devraient encore avoir recours à la force militaire pour contrer certains miliciens.

La nouvelle donne politique à Kinshasa devrait faciliter la tâche à Tshisekedi ; il dispose désormais d’une nouvelle équipe en place et il n’est plus distrait par la bataille avec son prédécesseur. Mais il va devoir composer avec un gouvernement qui, de par les intérêts divergents et les rivalités individuelles et partisanes entre les parties prenantes, porte les germes des blocages à venir. Il devra également gérer les conditionnalités des bailleurs qui attendent qu’il tourne la page de l'ère Kabila pour débloquer leurs financements.

Il est donc crucial que Tshisekedi s’attelle à la question des groupes armés. « Il n’y a plus de temps à perdre », écrivait Katumbi sur Twitter le 26 avril, ajoutant que « l’investiture du gouvernement Sama Lukonde ouvre la voie de la paix à l’est ». Tshisekedi doit en effet se mettre au travail. Certains responsables politiques sont déjà soupçonnés de conclure des accords avec différents acteurs armés avant l’élection de 2023, afin d’exercer des pressions politiques à Kinshasa, ou éventuellement de provoquer des violences s'ils n'obtiennent pas ce qu'ils veulent. Tshisekedi, qui a désormais les coudées franches d’un point de vue institutionnel, devrait tout mettre en œuvre pour couper les liens entre les groupes armés et les responsables politiques qui, depuis les années 1990, les instrumentalisent à des fins politiques ou mercantiles. C’est la seule voie pour que le Congo bénéficie enfin des réformes qu’il a annoncées.