Le partage du Congo : Anatomie d’une sale guerre
Le partage du Congo : Anatomie d’une sale guerre
Table of Contents
  1. Executive Summary
End of Season Special: Ethiopia, Kenya-DRC and the Drought
End of Season Special: Ethiopia, Kenya-DRC and the Drought
Report 26 / Africa

Le partage du Congo : Anatomie d’une sale guerre

L’accord de cessez-le-feu de Lusaka signé il y a 18 mois pour mettre un terme à la guerre en République démocratique du Congo (RDC) s’est avéré vain.

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Synthèse

L’accord de cessez-le-feu de Lusaka signé il y a 18 mois pour mettre un terme à la guerre en République démocratique du Congo (RDC) s’est avéré vain. Il  n’a réussi qu’à camper les belligérants sur leurs positions, sans arrêter les combats. Les observateurs mandatés par les Nations Unies et censés vérifier le désengagement des forces en présence, n’ont la plupart du temps pas pu entrer en action à cause de la poursuite des hostilités. De la même manière, le dialogue intercongolais, qui aurait dû déboucher sur une « nouvelle donne politique » dans  le  pays, semble mort-né.

Face à ce blocage du processus de paix, le Congo a commencé à se morceler. Aucune région du pays n’est épargnée par la catastrophe humanitaire. Les combats ont déjà coûté la vie à des centaines de milliers de Congolais, et l’on estime à deux (2) millions le nombre de personnes déplacées. La violence a favorisé l’essor du militarisme ethnique, et l’Est du pays n’est déjà plus aujourd’hui qu’une mosaïque de fiefs dominés par les chefs de guerre. C’est l’intégrité territoriale du Congo qui est  menacée et, à terme si le chaos persiste, celle des  neuf pays voisins.

L’absence de leadership dans l’application de  l’accord est à l’origine de l’échec du cessez-le-feu de Lusaka. Celui-ci reposait entièrement sur la coopération des parties en présence. Malheureusement aucun des signataires n’a respecté ses engagements, chacun suspectant les autres de jouer un double jeu et justifiant ainsi sa propre duplicité.  Or  les  belligérants ayant eux-mêmes la responsabilité de faire appliquer l’accord, et aucune garantie extérieure ne venant leur en imposer le respect, celui-ci est vite devenu lettre morte.

Aujourd’hui cet accord n’est plus qu’un document de référence pour le jour, encore lointain, où les belligérants prendront conscience du fait qu’ils n’ont pas d’autre choix que de l'appliquer. En attendant, c’est justement parce qu’ils n’ont pas atteint leurs objectifs militaires que tous s’entêtent dans leur aventurisme guerrier. Tous doivent récupérer leurs investissements de sang et de moyens, trop légèrement pariés au Congo. Tous cherchent encore à gagner la guerre, même si la victoire n’est plus possible.

La deuxième guerre menée au Congo par l’Ouganda et le Rwanda a mis gravement en péril la stabilité même de ces pays. L’attaque-éclair déclenchée en août 1998 pour renverser Kabila s’est depuis transformée en guerre d’occupation, et risque de devenir une intenable guerre d’usure. L’énergie et les fonds dont ceux-ci ont besoin pour assurer leur développement économique ont été dirigés vers leurs budgets de défense en croissance constante. En outre, la crise humanitaire actuelle dans l’est de la RDC et les affrontements répétés à Kisangani entre les forces rwandaises et ougandaises ont porté un coup fatal à l’image de leurs dirigeants.

Cette guerre n’a pas été plus favorable aux alliés de Kabila. L’opposition catégorique du président de la RDC au déploiement de la MONUC et sa préférence à partager son pays plutôt que le pouvoir ont fait  du Congo un piège pour le président du Zimbabwe, Robert Mugabe. Aujourd’hui, l’homme fort d’Harare n’a plus beaucoup de marge de manœuvre. Compte tenu des problèmes économiques et politiques que connaît son propre pays, Robert Mugabe n’est pas disposé à risquer un retrait unilatéral et sans gloire. L’Angola de son côté est parvenu jusqu’à maintenant à ne pas payer le coût de son intervention. Ce succès apparent a poussé le président Dos Santos à revendiquer un rôle de broker du pouvoir régional en Afrique du Centre et de l’Ouest. Il soutient Kabila pour ne pas voir l’émergence d’un dirigeant fort et indépendant à Kinshasa. Cependant, un changement imminent de la situation militaire remettrait probablement en cause le succès de cette politique en RDC et révélerait les limites de la puissance angolaise. Porté au pouvoir en l’absence apparente d’autres options, Kabila ne dirige que par défaut.

Les politiques inappropriées menées par la communauté internationale ont contribué à entretenir le morcellement du Congo. Déterminées à mettre un terme aux combats, les puissances mondiales ont fait pression sur les belligérants pour qu’ils signent l’Accord de cessez-le-feu de Lusaka. Ce document répondait d’ailleurs tout à fait à  la  préférence déclarée des États-Unis pour «des solutions africaines aux problèmes africains ». Les limites de cette politique apparaissent désormais clairement. Aujourd’hui, aucun des belligérants ne peut se sortir seul du bourbier congolais. L’IGC recommande ainsi aux puissances mondiales un engagement plus vigoureux et plus déterminé au Congo pour redonner vie au processus de paix de Lusaka et rétablir à terme la souveraineté territoriale en RDC tout en garantissant la sécurité dans la région.

Nairobi/Bruxelles, 20 décembre 2000

Executive Summary

The Lusaka Ceasefire Agreement, signed eighteen months ago to stop the war in the Democratic Republic of Congo (DRC), has proved hollow. The accord largely froze the armies in their positions, but did not stop the fighting. The mandated United Nations observers, who were to oversee the disengagement of forces, have remained unable to deploy for the most part due to the continuation of hostilities. Similarly, the Inter-Congolese Dialogue, that was to have brought a ‘new political dispensation’ to the Congo, appears stillborn.

Faced with this impasse in the peace process, the Congo has begun to fragment. Throughout the country a humanitarian catastrophe is underway. The fighting has already cost the lives of hundreds of thousands, and an estimated additional two million Congolese have been displaced as a result. The violence has also encouraged ethnic militarism to grow, and the east of the country has already been transformed into a patchwork of warlords’ fiefdoms.  The territorial integrity of the Congo is threatened, as will in time be the stability of its nine neighbours if the chaos continues.

The failure of the Lusaka Ceasefire has been due to an absence of leadership. The agreement depended entirely upon the cooperation of the parties to succeed. Tragically, none of the signatories fulfilled what they had pledged. Each suspected the others of a double game, and used its suspicions to justify its own duplicity. Since the belligerents themselves were the ones responsible for policing the agreement, and since there was no external guarantor to compel their compliance, the agreement quickly became empty.

Today it remains only as a reference document, at hand for when the belligerents come to realize that they have no other options. At present this is not yet the case. All are determined to persist with their military adventurism precisely because they have so far failed to accomplish their war objectives. They all need to recoup something for the investment of blood and treasure they so foolishly squandered in the Congo. They all want to win, despite the fact that winning is no longer possible.

Rwanda and Uganda’s second war in the Congo has seriously endangered their own stability. The lightning strike they unleashed in August 1998 to overthrow Kabila has since become of a war of occupation, and risks becoming an unsustainable war of attrition. Energies and funds that each need to spend on economic development have been redirected towards their growing defence budgets. And, under the weight of the ongoing humanitarian crisis in Eastern DRC, and the repeated clashes between their forces in Kisangani, the reputations of Rwanda and Uganda’s leaders have plummeted.

The war has been no better for Kabila’s allies. The DRC President’s adamant refusal to accept MONUC’s deployment, and preference for sharing the country rather than sharing power, has trapped Zimbabwe’s President Robert Mugabe in the Congo.  Now the Harare strongman has little room left to manoeuvre, unwilling to risk a unilateral and undignified withdrawal because of the internal economic and political unrest at home. Angola, on the other hand, has escaped paying the costs of its intervention so far. Its apparent success has tempted President Dos Santos to assert himself as a regional power-broker for West-Central Africa. He supports Kabila because he cannot permit the appearance of a strong and independent leader in Kinshasa. An imminent change in the military situation, however, is likely to call into question the success of this DRC policy, and reveal the limits of Angola’s power. In power because there seems to be no other options, Kabila is only a ruler by default.

The inadequate policies of the international community have contributed to this ongoing fragmentation of the Congo. Determined to stop the fighting, the world powers pressured the belligerents to sign the Lusaka ceasefire agreement. The document fitted especially well with the United States’ preference for  ‘African solutions for an African problem’. The limits of this policy have now become clear. At present none of the belligerents has the power to escape the Congolese quagmire without help. ICG therefore recommends a stronger and more determined involvement of the world powers to revive the Lusaka peace process, ultimately restore the territorial sovereignty of the DRC and achieve regional security.

Nairobi/Brussels, 20 December 2000

Podcast / Africa

End of Season Special: Ethiopia, Kenya-DRC and the Drought

In a three-part special episode of The Horn, Alan speaks to three Crisis Group experts across the Horn of Africa and Great Lakes regions. He talks with William Davison about the prospects for peace talks in Ethiopia, to Nelleke van de Walle about Kenya’s new diplomatic efforts in the eastern DR Congo, and to Nazanine Moshiri about the drought devastating the Horn region.

To mark the end of Season Three of The Horn, Alan discusses a few major developments in the region with Crisis Group experts. First up, he speaks to William Davison, Senior Analyst for Ethiopia, to discuss the prospect for possible peace talks in Ethiopia after the humanitarian ceasefire declared in March between federal and Tigrayan forces. They discuss the recent welcome steps towards peace talks, the remaining hurdles towards holding such negotiations and the major obstacles that any peace talks will need to overcome. They also discuss Ethiopia’s deteriorating economic situation and the ongoing insurgency in the Oromia region.

Next, Alan speaks with Nelleke van de Walle, Project Director for the Great Lakes region, to discuss Kenya’s recent diplomatic foray in the eastern DR Congo and how it is reshaping regional politics. Alan and Nelleke discuss the factors behind the warming ties between Kinshasa and Nairobi and the reasons for Kenya’s recent initiatives towards the DR Congo. They discuss the proposal for the East African Community to deploy a joint force under Kenyan command to fight armed groups in the eastern DR Congo, and they unpack the recent peace talks Nairobi hosted between Congolese authorities and armed groups. They also chat about how the looming presidential election in Kenya could impact Nairobi’s future diplomatic role. 

Finally, Alan talks to Nazanine Moshiri, Senior Analyst for Climate & Security in Africa. They break down the impact of the devastating historic drought hitting much of the Horn region. Nazanine explains which parts of the region are worst hit and outlines how this crisis is exacerbated by the global commodity shocks, which are driving up food prices as well. They also highlight the worrying repercussions, from major displacement to land disputes and intercommunal conflict. Back from recent visits to the northern Great Rift Valley and Laikipia county in Kenya, Nazanine talks about how the drought is upending life there and how the climate shocks are intermixing with rising political tensions and violence ahead of Kenya’s elections.

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We want to hear from you! As Season Three of The Horn draws to a close, if you have any feedback or suggestions for topics you’d like us to cover next season, you can write to podcasts@crisisgroup.org or get in touch with Alan directly on Twitter, @AlanBoswell.