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Burkina Faso : avec ou sans Compaoré, le temps des incertitudes
Burkina Faso : avec ou sans Compaoré, le temps des incertitudes
CrisisWatch 2018 June Trends & July Alerts
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Report 205 / Africa

Burkina Faso : avec ou sans Compaoré, le temps des incertitudes

Si le président Compaoré ne parvient pas à bien préparer sa succession, son pays pourrait connaitre une crise politique grave dans une région de plus en plus troublée.

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Synthèse

Pour la première fois depuis 1987, la question de la succession du président burkinabè est ouvertement posée. La Constitution interdit en effet à Blaise Compaoré, au pouvoir depuis plus d’un quart de siècle, de briguer un nouveau mandat en 2015. Sa marge de manœuvre est très étroite. S’il respecte la loi fondamentale, sa succession risque d’être difficile tant il a dominé la vie politique et fermé les possibilités d’alternance. S’il modifie la Constitution et se porte candidat à un cinquième mandat consécutif, il prend le risque de déclencher un soulèvement populaire comme celui qui a fait vaciller son régime au premier semestre de l’année 2011. Les partenaires internationaux doivent l’inciter à respecter la loi fondamentale et permettre une transition démocratique en douceur.

Préserver la stabilité du Burkina Faso est d’autant plus important que la région ouest-africaine, où le pays occupe une position géographique centrale, vit une période difficile. Le Mali voisin traverse un conflit politico-militaire qui a déjà eu des conséquences graves sur le Niger, autre pays frontalier du Faso. Le Burkina a pour le moment été épargné par cette onde de choc parce que sa situation intérieure reste stable et son appareil de sécurité suffisamment solide, mais une détérioration de son climat politique à l’horizon 2015 le rendrait beaucoup plus vulnérable. Une élection présidentielle doit aussi être organisée cette même année en Côte d’Ivoire, un pays avec lequel le Burkina Faso est intimement lié. Une crise politique à Ouagadougou aurait des répercussions négatives sur une Côte d’Ivoire toujours fragile.

Cette position géographique centrale se double d’une influence diplomatique majeure. En deux décennies, Blaise Compaoré a fait de son pays un point de passage obligé pour le règlement de la quasi-totalité des crises de la région. Avec une grande habileté, Compaoré et ses hommes ont su se rendre indispensables comme médiateurs ou comme « vigies » permettant à plusieurs puissances occidentales la surveillance sécuritaire de l’espace sahélo-saharien. Une crise au Burkina Faso signifierait d’abord la perte d’un allié important et d’une base stratégique pour la France et les Etats-Unis ainsi qu’une possibilité réduite de déléguer à un pays africain le règlement des conflits régionaux. Pour l’Afrique de l’Ouest, la désorganisation de l’appareil diplomatique burkinabè impliquerait la perte d’un point de référence, d’une sorte d’autorité de régulation qui reste utile malgré de nombreuses limites.

Le risque qu’une crise politique et sociale survienne au Burkina Faso est réel. Depuis 1987, Blaise Compaoré a construit un régime semi-autoritaire, dans lequel ouverture démocratique et répression cohabitent, qui lui a permis de gagner le pari de la stabilité perdu par tous ses prédécesseurs. Ce système perfectionné comporte néanmoins plusieurs failles et ne survivra probablement pas à l’épreuve du temps. Il s’articule autour d’un seul homme qui a exercé une emprise totale sur le jeu politique pendant plus de deux décennies, laissant peu d’espace pour une transition souple. Les possibilités pour son remplacement démocratique sont en effet peu nombreuses. L’opposition est divisée, sans ressources humaines et financières suffisantes ou trop jeune pour prendre à court terme la relève et aucun des cadres du parti présidentiel ne s’impose comme potentiel successeur incontesté. L’un des premiers risques pour le pays est donc de se retrouver, en cas de départ mal encadré de Blaise Compaoré, face à une situation similaire à celle de la Côte d’Ivoire des années 1990, aspirée par le vide laissé par la mort de Félix Houphouët-Boigny après 33 ans de pouvoir.

L’explosion sociale est l’autre menace qui pèse sur le Burkina Faso. La société a évolué plus vite que le système politique ne s’adaptait. Le Burkina s’est urbanisé et ouvert au monde avec pour conséquence une demande croissante de changement de la part d’une population majoritairement jeune. Les fruits du développement demeurent très mal partagés dans ce pays à forte croissance mais classé parmi les plus pauvres de la planète. Des changements ont été maintes fois promis sans jamais être réalisés, ce qui a entrainé un divorce entre l’Etat et ses administrés ainsi qu’une perte d’autorité à tous les niveaux. Cette rupture de confiance s’est exprimée lors du premier semestre 2011 par de violentes émeutes qui ont touché plusieurs villes du pays et impliqué de nombreux segments de la société, y compris la base de l’armée.

« La grande muette » est apparue pour la première fois divisée entre élites et hommes de rang, et en partie hostile à un président qui s’était pourtant employé à contrôler et à organiser une institution dont il est issu. Cette crise sociale n’a été éteinte qu’en apparence et en 2012 les micro-conflits locaux à caractères foncier, coutumier ou portant sur les droits des travailleurs se sont multipliés dans un pays qui a une longue tradition de luttes sociales et de tentations révolutionnaires depuis l’expérience de 1983 inspirée par le marxisme.

Enfin, le long règne de Blaise Compaoré, si perfectionné fût-il, a connu l’usure inévitable du temps. Plusieurs piliers de son régime ont quitté la scène, à l’image du maire de Ouagadougou, Simon Compaoré, qui a régulé pendant dix-sept ans la capitale, du milliardaire Oumarou Kanazoé, qui a joué un rôle de modérateur au sein de la communauté musulmane, ou du colonel libyen Mouammar Kadhafi qui fournissait une aide financière importante au « pays des hommes intègres ».

Le président Compaoré a choisi de répondre à tous ces défis en effectuant quelques réformes superficielles qui ne répondent guère aux attentes de la population. Il a aussi opté pour le silence sur sa volonté de quitter le pouvoir en 2015. Il a recentré la direction du pays et de son parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), autour d’un groupe restreint de fidèles et de membres de sa famille, au premier rang desquels son frère cadet, François Compaoré. Ce silence et la montée en puissance de son frère, élu pour la première fois député le 2 décembre 2012, continuent d’entretenir un lourd climat d’incertitude.

Le chef de l’Etat burkinabè dispose d’un peu moins de trois ans pour préparer son départ et éviter ainsi une bataille de succession ou une nouvelle fronde populaire. Il lui appartient de faciliter cette transition. C’est d’abord en respectant la Constitution et en ne succombant pas à une tentation dynastique qu’il pourra confirmer la principale réussite de sa longue présidence : la stabilité. Un choix contraire ouvrirait la porte à une période de troubles. De son côté, l’opposition burkinabè et la société civile doivent devenir des forces de proposition et travailler dès maintenant à créer les conditions d’un progrès démocratique compatible avec la paix et de la stabilité. Les partenaires extérieurs, notamment les puissances occidentales, doivent maintenant s’intéresser autant à l’évolution politique interne du Burkina Faso et à la consolidation démocratique qu’au rôle que son président joue dans des médiations politiques et la surveillance sécuritaire des foyers de tensions en Afrique de l’Ouest.

Dakar/Bruxelles, 22 juillet 2013

Commentary

CrisisWatch 2018 June Trends & July Alerts

The latest edition of Crisis Group’s monthly conflict tracker highlights dangers of escalating conflict in Yemen, Syria and Somaliland. CrisisWatch also notes improved relations between Ethiopia and Eritrea, South Sudan’s leaders, Macedonia and Greece, as well as diplomatic engagement between North Korea and the U.S.

In June, Yemeni forces backed by the United Arab Emirates accelerated their offensive to take the Huthi-held city of Hodeida. A fleeting opportunity exists to find a mediated settlement and avoid prolonged urban warfare. In Syria, pro-government forces intensified efforts to retake territory in the south west, risking worse violence in July, while in Libya, new fighting over oil facilities aggravated tensions. The conflict between Somalia’s Puntland and Somaliland spread, and looks set to escalate; attacks linked to Nigeria’s farmer-herder conflict left over 200 dead; and radical Islamists in Mozambique stepped up attacks. The month saw heightened political rivalry in Tunisia, and election-related violence in Zimbabwe and Papua New Guinea. High-level engagement between North Korea and the U.S. paved the way for a diplomatic process, and Macedonia and Greece reached an agreement on their name dispute. Opportunities to advance peace opened up in Africa with Ethiopia and Eritrea taking tentative steps to address their border dispute, and South Sudan’s warring leaders signing an initial framework agreement.

In Yemen, forces backed by the United Arab Emirates stepped up their offensive to take the port city of Hodeida from Huthi rebels, pushing up to the city’s southern suburbs. As we explained, mediation efforts led by UN Special Envoy Martin Griffiths toward a solution that safeguards all sides’ vital interests could – with strong international pressure on the warring parties – produce a settlement for the city, and serve as a basis for talks on a way out of the wider conflict. But if the belligerents continue to reject his proposals, a battle for Hodeida – home to 600,000 – would likely have devastating humanitarian consequences.

In Syria, pro-government forces – backed by Russian air power – ramped up their campaign to retake territory toward the Jordanian border, raising the risk of further escalation in July. Fighting again rocked Libya’s oil industry. Field Marshal Khalifa Haftar’s east-based Libyan National Army was forced to cede and then retook oil export terminals at Sidra and Ras Lanuf. Its announcement that oil sales from areas under its control would go through the east-based National Oil Corporation, unrecognised internationally, further aggravated political tensions and risks deepening the country’s economic woes.

A feud between Tunisia’s prime minister, Youssef Chahed, and President Essebsi intensified, with Chahed firing the interior minister, Essebsi’s ally. Ahead of the 2019 presidential election, the rivalry is polarising the political field and could hamper much needed legislative reform.

Fighting between Somaliland and Somalia’s semi-autonomous Puntland region over contested territory spread from Tukaraq – where both sides continued to beef up their positions – to Las Anod, capital of the disputed Sool area. Incendiary rhetoric from both sides bodes ill. To stave off war, the UN – backed by Somalia and Ethiopia – should renew its mediation to broker a ceasefire, ensure both sides commit to withdraw troops, allow in humanitarian aid and launch talks aimed at a long-term settlement.

In Mozambique’s neglected and predominantly Muslim far north, Islamist militants, active since October, stepped up the rate of attacks, raiding some seven villages and killing at least 39 people. Ahead of Zimbabwe’s elections in July, an explosion at a rally for President Mnangagwa killed two and raised concerns for security around the vote. In Nigeria, attacks linked to the conflict between herding and farming communities took a yet more horrifying toll; over 200 are thought to have been killed in attacks and reprisals over five days in Plateau state.

Violence erupted in Papua New Guinea’s Southern Highlands province as protesters, angry about a failed court challenge to the 2017 provincial election result, set fire to an aeroplane and official buildings in the provincial capital, prompting the government to declare a state of emergency and deploy troops.

A historic summit between North Korean leader Kim Jong-un and U.S. President Donald Trump on 12 June produced a vague statement including a reaffirmation by Pyongyang of its commitment to work toward “complete denuclearization” of the peninsula. As Crisis Group wrote, the summit represented a shift from a confrontational track to a diplomatic one, but needs to be followed by the hard work of hammering out a path toward denuclearisation. Later in the month, U.S. officials were quoted saying that Pyongyang has been stepping up production of enriched uranium at secret sites.

Macedonia and Greece signed a historic agreement resolving their decades-long dispute over Macedonia’s official name, now to be the Republic of North Macedonia. The deal, which still needs to be ratified in the face of opposition in both countries, unblocks Greek opposition to Macedonia joining the European Union and NATO.

Relations between Ethiopia and Eritrea, hostile since the 1998-2000 border war, began to thaw. Ethiopian Prime Minister Abiy’s pledge to cede contested territory and initial talks opened the door to greater neighbourliness and regional stability. In another boon for the region, South Sudan’s warring leaders, President Salva Kiir and former Vice President Riek Machar, signed an initial framework agreement to enact a ceasefire, work toward a new transitional government and, with Sudan, secure the oil fields. We welcomed this best, and only, hope for a breakthrough and urged other African leaders to lend it cautious support.

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Contributors

Director of Research & Special Adviser on Gender
iarradon
Research Manager
BranczikAmelia
Senior Research Analyst
neddalby