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Burkina Faso : avec ou sans Compaoré, le temps des incertitudes
Burkina Faso : avec ou sans Compaoré, le temps des incertitudes
CrisisWatch 2019: December Trends & January Alerts
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Report 205 / Africa

Burkina Faso : avec ou sans Compaoré, le temps des incertitudes

Si le président Compaoré ne parvient pas à bien préparer sa succession, son pays pourrait connaitre une crise politique grave dans une région de plus en plus troublée.

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Synthèse

Pour la première fois depuis 1987, la question de la succession du président burkinabè est ouvertement posée. La Constitution interdit en effet à Blaise Compaoré, au pouvoir depuis plus d’un quart de siècle, de briguer un nouveau mandat en 2015. Sa marge de manœuvre est très étroite. S’il respecte la loi fondamentale, sa succession risque d’être difficile tant il a dominé la vie politique et fermé les possibilités d’alternance. S’il modifie la Constitution et se porte candidat à un cinquième mandat consécutif, il prend le risque de déclencher un soulèvement populaire comme celui qui a fait vaciller son régime au premier semestre de l’année 2011. Les partenaires internationaux doivent l’inciter à respecter la loi fondamentale et permettre une transition démocratique en douceur.

Préserver la stabilité du Burkina Faso est d’autant plus important que la région ouest-africaine, où le pays occupe une position géographique centrale, vit une période difficile. Le Mali voisin traverse un conflit politico-militaire qui a déjà eu des conséquences graves sur le Niger, autre pays frontalier du Faso. Le Burkina a pour le moment été épargné par cette onde de choc parce que sa situation intérieure reste stable et son appareil de sécurité suffisamment solide, mais une détérioration de son climat politique à l’horizon 2015 le rendrait beaucoup plus vulnérable. Une élection présidentielle doit aussi être organisée cette même année en Côte d’Ivoire, un pays avec lequel le Burkina Faso est intimement lié. Une crise politique à Ouagadougou aurait des répercussions négatives sur une Côte d’Ivoire toujours fragile.

Cette position géographique centrale se double d’une influence diplomatique majeure. En deux décennies, Blaise Compaoré a fait de son pays un point de passage obligé pour le règlement de la quasi-totalité des crises de la région. Avec une grande habileté, Compaoré et ses hommes ont su se rendre indispensables comme médiateurs ou comme « vigies » permettant à plusieurs puissances occidentales la surveillance sécuritaire de l’espace sahélo-saharien. Une crise au Burkina Faso signifierait d’abord la perte d’un allié important et d’une base stratégique pour la France et les Etats-Unis ainsi qu’une possibilité réduite de déléguer à un pays africain le règlement des conflits régionaux. Pour l’Afrique de l’Ouest, la désorganisation de l’appareil diplomatique burkinabè impliquerait la perte d’un point de référence, d’une sorte d’autorité de régulation qui reste utile malgré de nombreuses limites.

Le risque qu’une crise politique et sociale survienne au Burkina Faso est réel. Depuis 1987, Blaise Compaoré a construit un régime semi-autoritaire, dans lequel ouverture démocratique et répression cohabitent, qui lui a permis de gagner le pari de la stabilité perdu par tous ses prédécesseurs. Ce système perfectionné comporte néanmoins plusieurs failles et ne survivra probablement pas à l’épreuve du temps. Il s’articule autour d’un seul homme qui a exercé une emprise totale sur le jeu politique pendant plus de deux décennies, laissant peu d’espace pour une transition souple. Les possibilités pour son remplacement démocratique sont en effet peu nombreuses. L’opposition est divisée, sans ressources humaines et financières suffisantes ou trop jeune pour prendre à court terme la relève et aucun des cadres du parti présidentiel ne s’impose comme potentiel successeur incontesté. L’un des premiers risques pour le pays est donc de se retrouver, en cas de départ mal encadré de Blaise Compaoré, face à une situation similaire à celle de la Côte d’Ivoire des années 1990, aspirée par le vide laissé par la mort de Félix Houphouët-Boigny après 33 ans de pouvoir.

L’explosion sociale est l’autre menace qui pèse sur le Burkina Faso. La société a évolué plus vite que le système politique ne s’adaptait. Le Burkina s’est urbanisé et ouvert au monde avec pour conséquence une demande croissante de changement de la part d’une population majoritairement jeune. Les fruits du développement demeurent très mal partagés dans ce pays à forte croissance mais classé parmi les plus pauvres de la planète. Des changements ont été maintes fois promis sans jamais être réalisés, ce qui a entrainé un divorce entre l’Etat et ses administrés ainsi qu’une perte d’autorité à tous les niveaux. Cette rupture de confiance s’est exprimée lors du premier semestre 2011 par de violentes émeutes qui ont touché plusieurs villes du pays et impliqué de nombreux segments de la société, y compris la base de l’armée.

« La grande muette » est apparue pour la première fois divisée entre élites et hommes de rang, et en partie hostile à un président qui s’était pourtant employé à contrôler et à organiser une institution dont il est issu. Cette crise sociale n’a été éteinte qu’en apparence et en 2012 les micro-conflits locaux à caractères foncier, coutumier ou portant sur les droits des travailleurs se sont multipliés dans un pays qui a une longue tradition de luttes sociales et de tentations révolutionnaires depuis l’expérience de 1983 inspirée par le marxisme.

Enfin, le long règne de Blaise Compaoré, si perfectionné fût-il, a connu l’usure inévitable du temps. Plusieurs piliers de son régime ont quitté la scène, à l’image du maire de Ouagadougou, Simon Compaoré, qui a régulé pendant dix-sept ans la capitale, du milliardaire Oumarou Kanazoé, qui a joué un rôle de modérateur au sein de la communauté musulmane, ou du colonel libyen Mouammar Kadhafi qui fournissait une aide financière importante au « pays des hommes intègres ».

Le président Compaoré a choisi de répondre à tous ces défis en effectuant quelques réformes superficielles qui ne répondent guère aux attentes de la population. Il a aussi opté pour le silence sur sa volonté de quitter le pouvoir en 2015. Il a recentré la direction du pays et de son parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), autour d’un groupe restreint de fidèles et de membres de sa famille, au premier rang desquels son frère cadet, François Compaoré. Ce silence et la montée en puissance de son frère, élu pour la première fois député le 2 décembre 2012, continuent d’entretenir un lourd climat d’incertitude.

Le chef de l’Etat burkinabè dispose d’un peu moins de trois ans pour préparer son départ et éviter ainsi une bataille de succession ou une nouvelle fronde populaire. Il lui appartient de faciliter cette transition. C’est d’abord en respectant la Constitution et en ne succombant pas à une tentation dynastique qu’il pourra confirmer la principale réussite de sa longue présidence : la stabilité. Un choix contraire ouvrirait la porte à une période de troubles. De son côté, l’opposition burkinabè et la société civile doivent devenir des forces de proposition et travailler dès maintenant à créer les conditions d’un progrès démocratique compatible avec la paix et de la stabilité. Les partenaires extérieurs, notamment les puissances occidentales, doivent maintenant s’intéresser autant à l’évolution politique interne du Burkina Faso et à la consolidation démocratique qu’au rôle que son président joue dans des médiations politiques et la surveillance sécuritaire des foyers de tensions en Afrique de l’Ouest.

Dakar/Bruxelles, 22 juillet 2013

Commentary

CrisisWatch 2019: December Trends & January Alerts

The latest edition of Crisis Group's monthly conflict tracker highlights dangers of escalating conflict in Central African Republic, Mozambique, Iran, Iraq and Libya.

In December, retaliatory attacks in Iraq raised U.S.-Iran tensions to new heights, compounding Iraq’s political and security woes and presaging further escalation in January. In Syria, regime and Russian forces stepped up their offensive in the north west, and Turkey’s potential deployment of troops in Libya could add fuel to the fire. In Burkina Faso, suspected jihadist attacks and intercommunal violence surged, and in Niger jihadists carried out a major assault against security forces. Boko Haram intensified its attacks in Cameroon’s far north and Chad’s west. Fighting erupted in the capital of the Central African Republic and picked up momentum in the north east, where a battle for the provincial capital looms. In Mozambique, suspected Islamist militants intensified their insurgency in the far north, and an armed opposition faction may follow through on its threat to mark the president’s inauguration on 15 January with attacks on civilians. North Korea threatened to resume nuclear and long-range missile tests; India’s controversial citizenship law sparked widespread protests; and a tide of killings shook the prison system in Honduras. On the positive side, an independence referendum was held in Papua New Guinea’s Bougainville, part of the 2001 peace agreement, and the resolution of a political dispute in Somaliland could open the way for parliamentary and local elections.

In the Middle East and North Africa, the U.S.’s incendiary killing of Iranian General Qassem Soleimani in Iraq early in the New Year followed a month of escalatory strikes between the U.S. and Iran’s allies. Responding to a series of attacks on U.S. assets, including one that killed a U.S. contractor, the U.S. launched airstrikes on the Iran-backed militia Kataib Hizbollah, killing at least 25. Militia members and their supporters protested outside the U.S. embassy in Baghdad, breaking into the compound and setting the scene for further escalation in January. The confrontation compounded Iraq’s own political and security problems: wrangling over who will succeed Adel Abdul-Mahdi as Prime Minister prolonged the country’s political paralysis and security forces continued their deadly crackdown on anti-government protests. In neighbouring Syria, regime and Russian forces intensified airstrikes and a ground offensive in the north west, taking territory from rebels. In Libya, forces answering to Field Marshal Khalifa Haftar made some advances in their campaign to take the capital Tripoli from the UN-backed Government of National Accord (GNA). Turkey’s potential deployment of troops to help the GNA could escalate fighting in coming weeks.

In Africa, suspected jihadist attacks and intercommunal violence surged in Burkina Faso’s east and north, and in neighbouring Niger members of Islamic State’s Sahel affiliate continued to launch attacks against the military in the west near the Malian border, including one that killed 71 soldiers, the deadliest attack against security forces in the country’s history. In the Lake Chad basin, Boko Haram increased the rate and deadliness of its attacks in both the Far North region of Cameroon and in western Chad. In northern Mozambique, suspected Islamist militants also intensified their attacks on civilians and security forces, while a spate of deadly raids against civilian traffic hit the centre of the country; the breakaway armed faction of opposition party Renamo denied responsibility, but threatened strikes in the area on 15 January, the day President Nyusi is due to be sworn in for his second term. Violence erupted over informal taxes in Bangui, capital of the Central African Republic, leaving at least 50 dead, and fighting intensified between armed groups, especially in the north east, where a fierce fight for the provincial capital Birao is imminent. Good news from Somaliland, where the ruling and opposition parties resolved their long-running dispute over the composition of the electoral commission, opening the way for delayed parliamentary and local polls.

In Asia, North Korea threatened to resume nuclear and long-range missile tests, placing the blame on the U.S.’s continued “hostile policy” toward the DPRK. During the Workers’ Party conference on 28-31 December, Kim Jong-un warned that Pyongyang will soon possess a “new strategic weapon”. In India, a controversial citizenship law sparked protests across the country, leading to deadly clashes with security forces that left dozens dead, including at least nineteen in Uttar Pradesh. In Papua New Guinea, the autonomous region of Bougainville successfully held a non-binding referendum on whether to become independent of the national government. The vote, which had been delayed twice in 2019, was part of the 2001 Bougainville Peace Agreement, which ended ten years of conflict over revenues from mining and its environmental impact. Residents voted overwhelmingly for independence.

In Latin America, a series of killings shook the penitentiary system in Honduras, prompting President Hernández to impose a state of emergency in prisons. Unidentified assailants killed both a high-profile lawyer and the director of El Pozo jail, and mutinies broke out in several prisons, leaving dozens of detainees dead.

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Contributors

Director of Research
iarradon
Senior Research Analyst
neddalby