Les minorités arméniennes et azéries de Géorgie
Les minorités arméniennes et azéries de Géorgie
Table of Contents
  1. Executive Summary
Report 178 / Europe & Central Asia

Les minorités arméniennes et azéries de Géorgie

La Géorgie est un État multinational qui cherche à se doter d’institutions démocratiques et à se forger une identité civique. Cependant, elle n’a pas beaucoup progressé dans l’intégration des minorités arméniennes et azéries, qui représentent plus de 12 pour cent de la population.

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Synthèse

La Géorgie est un État multinational qui cherche à se doter d’institutions démocratiques et à se forger une identité civique. Cependant, elle n’a pas beaucoup progressé dans l’intégration des minorités arméniennes et azéries, qui représentent plus de 12 pour cent de la population. Les tensions se ressentent notamment dans les régions de Samtskhe-Javakheti et de Kvemo-Kartli, où se concentrent ces minorités ; au cours des deux dernières années, des manifestations s’y sont déroulées et il y aurait eu des brutalités policières et des morts. Si la situation dans ces régions ne devrait pas menacer l’intégrité territoriale de l’État comme elle l'a fait en Ossétie ou en Abkhazie, Tbilissi devrait cependant accorder plus d’attention aux droits des minorités, et en particulier autoriser l’utilisation de secondes langues, si elle veut éviter des conflits.

Certaines mesures ont été prises pour améliorer les conditions de vie des minorités. Avec le soutien de bailleurs de fonds, la Géorgie a investi dans la réhabilitation des routes et de l’infrastructure dans les régions où vivent ces minorités ; elle a créé un ministère pour l’intégration civile ; mis en place un institut d’administration publique pour former les minorités et ratifié la Convention-Cadre pour la protection des minorités nationales. Mais d’une manière générale, la priorité reste d’affirmer l’unité nationale plutôt que la protection des minorités.

Les azéris et les arméniens sont sous-représentés dans toutes les sphères de la vie publique et surtout au gouvernement. C’est notamment le cas des azéris de Kvemo-Kartli, où les géorgiens détiennent tous les postes importants. Le faible niveau de participation et de représentation politique des minorités ethniques (élément essentiel d’une intégration plus efficace) est inquiétant. Le manque de dialogue entre Tbilissi et les minorités ajoute à leur sentiment de discrimination et d’aliénation.

Le plus grand problème des minorités est leur incapacité à parler la langue de l’État. Depuis la Révolution des roses, le gouvernement a mis en œuvre des lois obligeant les minorités à communiquer en géorgien avec les représentants locaux, y compris pour obtenir des documents officiels, déposer des plaintes ou utiliser des services publics. Pour accéder à des postes dans l’administration publique et obtenir des licences professionnelles, la connaissance du géorgien et la réussite de nouveaux examens de qualification est indispensable. L’enseignement du géorgien dans les écoles est insuffisant et de moins en moins de personnes issues des minorités ethniques intègrent les universités géorgiennes.

L’administration du président Saakachvili a entrepris d’ambitieuses réformes au niveau du gouvernement local. Une nouvelle loi sur l’autonomie locale a été adoptée en 2005 et des élections ont eu lieu en octobre 2006 dans de nouvelles municipalités. Toutefois, une grande partie des pouvoirs restent aux mains de l’administration régionale et des autorités de Tbilissi. Les minorités ne croient pas que la décentralisation leur donnera une plus grande influence sur la prise de décision. Les arméniens en particulier souhaitent prendre leurs propres décisions sur des questions comme l’éducation et la culture. Si la décentralisation ne le permet pas, ils continueront à demander l’autonomie de Samtskhe-Javakheti. (Les militants azéris de Kvemo-Kartli préfèrent obtenir une meilleure représentation au gouvernement local plutôt que l’autonomie)

Les minorités arméniennes et azéries émigrent vers l’Arménie et l’Azerbaïdjan depuis plus d'une décennie. Cependant, Erevan et Bakou ne plaident pas publiquement en faveur de leurs minorités respectives. Leur priorité est d’entretenir de bonnes relations avec Tbilissi et de maintenir une stabilité sur le court terme. Les arméniens se mobilisent davantage sur le plan politique que les azéris mais les deux minorités ont récemment organisé des manifestations qui ont parfois entraîné des violences. Tbilissi doit s’efforcer d’encourager les minorités à régler leurs problèmes par le biais des structures de l’État plutôt que dans la rue.

Tbilissi/Bruxelles, 22 novembre 2006

Executive Summary

Georgia is a multinational state, building democratic institutions and forging a civic identity. However, it has made little progress towards integrating Armenian and Azeri minorities, who constitute over 12 per cent of the population. Tensions are evident in the regions of Samtskhe-Javakheti and Kvemo-Kartli, where the two predominantly live and which have seen demonstrations, alleged police brutality and killings during the past two years. While there is no risk of these situations becoming Ossetian or Abkhaz-like threats to the state’s territorial integrity, Tbilisi needs to pay more attention to minority rights, including use of second languages, if it is to avoid further conflict.Some steps have been taken to improve the lives of minorities. With donor support, Georgia has invested in road and infrastructure rehabilitation in minority regions; created a ministry for civic integration; established a public administration institute to train minorities; and ratified the Framework Convention for the Protection of National Minorities. But overall the priority has been to assert national unity over minority protection.

Azeris and Armenians are underrepresented in all spheres of public life, especially government. The problem is especially acute for the Azeris in Kvemo-Kartli, where Georgians hold all important positions. Ethnic minorities’ political participation and representation – a key to more effective integration – is disturbingly low. Lack of dialogue between Tbilisi and minorities adds to perceptions of discrimination and alienation.

The minorities’ biggest problem is inability to speak the state language. Since the Rose Revolution, the government has been enforcing laws obliging minorities to communicate in Georgian with local officials, even to acquire official documents, submit complaints or receive services. State jobs and professional licences are contingent on knowing Georgian and passing new qualification exams. Language instruction in schools is inadequate, and fewer minorities are attending higher education institutions.

The administration of President Saakashvili is undertaking ambitious local government reforms. A new law on self-governance was passed in 2005 and elections for new municipalities were held in October 2006. Yet, power remains largely with regional and Tbilisi-based officials. Minorities are unconvinced decentralisation will give them greater decision-making influence. Armenians especially want to take their own decisions on such issues as education and culture. Unless decentralisation allows this, they will continue to demand autonomy for Samtskhe-Javakheti. (Azeri activists in Kvemo-Kartli prioritise greater representation in local government rather than autonomy.)

Minorities have been emigrating to Armenia and Azerbaijan. However, Yerevan and Baku do not publicly advocate on behalf of their respective minorities. Their priority is good relations with Tbilisi and short-term stability. Armenians are mobilising politically more than Azeris but both minorities have organised recent protests which have on occasion turned violent. Tbilisi needs to do more to encourage minorities to address their problems through state structures rather than in the street.

Tbilisi / Brussels, 22 November 2006

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