L’or noir au Congo : risque d’instabilité ou opportunité de développement ?
L’or noir au Congo : risque d’instabilité ou opportunité de développement ?
Table of Contents
  1. Executive Summary
Supporting Dialogue and Demobilisation in the DR Congo
Supporting Dialogue and Demobilisation in the DR Congo
Report 188 / Africa

L’or noir au Congo : risque d’instabilité ou opportunité de développement ?

L’intérêt renouvelé pour le pétrole en République démocratique du Congo (DRC) risque de nourrir les ressentiments communautaires, exacerber les dynamiques de conflit et fragiliser la cohésion nationale.

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Synthèse

Au lieu d’être une opportunité de développement, l’inté­rêt renouvelé pour le pétrole au Congo représente une réelle menace pour la stabilité d’un pays post-conflit toujours fragile. Les prospections pétrolières en cours et à venir alimentent déjà les ressentiments de la population locale et les tensions frontalières. La confirmation des réserves de pétrole dans l’Est exacerberait la dynamique de conflits à l’œuvre aux Kivus. La reprise des combats au début de l’année 2012, notamment l’apparition d’une nouvelle rébellion au Nord Kivu et la reprise de l’expansion territoriale des groupes armés, remet en question la stabilisation de l’Est du pays qui concentre l’intérêt des compagnies pétrolières. La découverte de gisements pourrait aussi créer de nouveaux centres de pouvoirs et remettre en cause la prépondérance politique du centre économique historique qu’est la province du Katanga. Des actions préventives doivent être menées afin de transformer la menace réelle d’instabilité en une véritable opportunité de développement.

Des réserves potentielles de pétrole chevauchant les frontières du pays avec l’Ouganda, l’Angola et éventuellement d’autres voisins pourraient raviver d’anciennes querelles frontalières une fois les explorations entamées. Dans un contexte général de ruée vers l’or noir en Afrique centrale et orientale, l’absence de frontières clairement délimitées constitue un sérieux péril pour la stabilité régionale.

Les affrontements ayant opposé les armées ougandaise et congolaise en 2007 ont été suivis de la signature des accords de Ngurdoto qui établissaient un système de gestion du gisement transfrontalier dans le district de l’Ituri. Cependant, la réticence de Kinshasa à appliquer les termes de l’accord et l’échec du dialogue ougando-congolais sont de mauvais augure pour les relations entre les deux pays. Par ailleurs, l’incapacité à trouver une solution à l’amiable au problème du pétrole au large de la côte ouest a envenimé les relations entre l’Angola et la RDC et a conduit à l’expulsion violente des ressortissants congolais du territoire angolais. Au lieu de chercher à résoudre les conflits de frontières avec ses voisins avant d’autoriser les prospections pétrolières, le gouvernement congolais ignore le problème, refuse le dialogue avec l’Ouganda et revendique une extension de ses frontières maritimes aux dépens de l’Angola.

L’enlèvement d’un sous-traitant d’une compagnie pétrolière dans le parc des Virunga dans les Kivus en 2011 rappelle que l’exploration a lieu dans des zones où l’insécu­rité prévaut. Dans ces territoires toujours contestés, les groupes ethniques se livrent à une lutte pour le contrôle territorial tandis que l’armée et des groupes rebelles sont engagés depuis des années dans l’exploitation illégale des ressources naturelles. Étant donné que les Kivus sont des zones à haut risque, la découverte du pétrole y aggraverait le conflit. Par ailleurs, la confirmation de réserves de pétrole dans l’Est et la Cuvette centrale pourrait alimenter les tendances sécessionnistes dans un contexte de décentralisation ratée et de querelle fiscale persistante entre les provinces et le pouvoir central.

La mauvaise gouvernance a marqué le secteur pétrolier depuis la reprise des prospections dans l’Est et l’Ouest du pays. Avec une seule société en production, le pétrole est déjà la principale source de revenus du gouvernement congolais. Pour autant, malgré le développement des explorations, la réforme du secteur pétrolier progresse très lentement. Au lieu de mettre en place des procédures claires, un cadre légal transparent et des institutions solides, les précédents gouvernements ont agi comme des spéculateurs, une attitude qui rappelle la gestion du secteur minier. Dans un climat des affaires très dégradé, ils ont attribué et réattribué les permis à des compagnies, au mépris des besoins de la population locale ou des engagements internationaux, notamment en matière de protection environnementale.

La délimitation officielle des blocs comprend des parcs naturels, dont certains sont classés au patrimoine mondial de l’humanité par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), et menace les ressources des populations locales. Les initiatives pour la transparence financière et contractuelle sont incomplètes et contredites par l’opacité de la réallocation des permis. L’échec de l’Etat à réguler les intérêts divergents et potentiellement conflictuels des compagnies et des communautés démunies nourrit clairement des ressentiments susceptibles de provoquer des conflits locaux qui pourraient facilement être instrumentalisés.

Dans un contexte de pauvreté généralisée, de fragilité de l’Etat, de mauvaise gouvernance et d’insécurité régionale, une ruée vers le pétrole aura des effets déstabilisateurs si le gouvernement n’adopte pas des mesures préventives tant à l’échelle régionale que nationale. Régionalement, le gouvernement doit concevoir, avec le soutien de l’Union africaine (UA) et du Groupe de la Banque mondiale, un cadre de gestion des réserves transfrontalières et délimiter ses frontières avec le concours de ses voisins. Sur le plan national, il doit mettre en place une réforme du secteur pétrolier, déclarer un moratoire sur l’exploration dans les zones dangereuses, en particulier à l’Est où la situation se dégrade de nouveau, jusqu’à ce qu’elles soient de nouveau stables. Il doit aussi associer les provinces dans les principales décisions concernant le pétrole.

Kinshasa/Nairobi/Bruxelles, 11 juillet 2012

Executive Summary

Although it should provide development opportunities, renewed oil interest in the Democratic Republic of the Congo (DRC) represents a real threat to stability in a still vulnerable post-conflict country. Exploration has begun, but oil prospecting is nurturing old resentments among local communities and contributing to border tensions with neighbouring countries. If oil reserves are confirmed in the east, this would exacerbate deep-rooted conflict dynamics in the Kivus. An upsurge in fighting since the start of 2012, including the emergence of a new rebellion in North Kivu and the resumption of armed groups’ territorial expansion, has further complicated stability in the east, which is the new focus for oil exploration. New oil reserves could also create new centres of power and question Katanga’s (DRC’s traditional economic hub) political influence. Preventive action is needed to turn a real threat to stability into a genuine development opportunity.

Potential oil reserves straddle the country’s borders with Uganda, Angola and possibly other countries and could rekindle old sensitivities once exploration commences. In the context of a general oil rush in Central and East Africa, the lack of clearly defined borders, especially in the Great Lakes region, poses significant risk for maintaining regional stability.

Clashes between the Congolese and Ugandan armies in 2007 led to the Ngurdoto Accords establishing a system for regulating border oil problems, but Kinshasa’s reluctance to implement this agreement and the collapse of the Ugandan-Congolese dialogue threaten future relations between the two countries. In the west, failure to find an amicable solution to an Angolan-Congolese dispute about offshore concessions has worsened relations between the two countries and led to the violent expulsion from Angola of Congolese nationals. Instead of investing in the resolution of border conflicts with its neighbours before beginning oil exploration, the Congolese government is ignoring the problem, failing to dialogue with Uganda and officially claiming an extension of its maritime borders with Angola.

The abduction in 2011 of an oil employee in the Virunga Park, in the Kivus, is a reminder that exploration is taking place in disputed areas where ethnic groups are competing for territorial control and the army and militias are engaged in years of illegally exploiting natural resources. Given that the Kivus are high-risk areas, oil discovery could aggravate the conflict. Moreover, confirmation of oil reserves in the Central Basin and the east could feed secessionist tendencies in a context of failed decentralisation and financial discontent between the central government and the provinces.

Poor governance has been the hallmark of the oil sector since exploration resumed in the east and west of the country. Even with only one producing oil company, the black gold is the main source of government revenue and yet, with exploration in full swing, oil sector reform is very slow. Instead of creating clear procedures, a transparent legal framework and robust institutions, previous governments have behaved like speculators, in a way that is reminiscent of practices in the mining sector. Reflecting the very degraded business climate, they have allocated and reallocated concessions and often acted without considering the needs of the local people and international commitments, especially regarding environmental protection.

The official division of exploration blocks includes natural parks, some of which are World Heritage Sites. It also directly threatens the resources of local populations in some areas. Initiatives to promote financial and contractual transparency are contradicted by the lack of transparency in allocating concessions. The state’s failure to adequately regulate the diverging and potentially conflicting interests of companies and poor communities is clearly causing local resentment, which could easily flare up into local violence that could be manipulated.

In a context of massive poverty, weak state, poor governance and regional insecurity, an oil rush will have a strong destabilising effect unless the government adopts several significant steps regionally and nationally to avert such a devastating scenario. Regionally, it should draw on the close support of the African Union (AU) and the World Bank Group to design a management model for cross-border reserves and help facilitate a border demarcation program. Nationally, the government should implement oil sector reform, declare a moratorium on the exploration of insecure areas, especially in the east where the situation is again deteriorating, until these territories are made secure, and involve the provinces in the main management decisions concerning this resource.

Kinshasa/Nairobi/Brussels, 11 July 2012

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