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L’unité internationale est cruciale dans l’attente des résultats des élections en RDC
L’unité internationale est cruciale dans l’attente des résultats des élections en RDC
Kabila dévoile son jeu dans le poker électoral en République démocratique du Congo
Kabila dévoile son jeu dans le poker électoral en République démocratique du Congo
An Independent National Electoral Commission (CENI) agent seals a ballot box in front of observers in the Lubumbashi's Mapala district on December 30, 2018, following the close of polls in DR Congo’s presidential, provincial and national elections. CAROLINE THIRION/AFP
Statement / Africa

L’unité internationale est cruciale dans l’attente des résultats des élections en RDC

La République démocratique du Congo attend les résultats officiels des élections du 30 décembre 2018, alors que des chiffres officieux font état de la victoire d’un candidat de l’opposition à la présidentielle. Les puissances extérieures devraient s’unir pour demander une vérification sereine et minutieuse des résultats.

En République démocratique du Congo, la Commission électorale indépendante va probablement annoncer cette semaine les résultats des élections du 30 décembre. Les acteurs internationaux ont montré des signes de division après une déclaration de l’Eglise catholique, qui a dépêché la principale mission d’observation électorale, indiquant une victoire de l’opposition. Le non-respect des résultats des élections risquerait de plonger le pays dans une crise politique majeure. S’il y a des raisons de penser que la Commission électorale a tenté de manipuler les résultats, les acteurs internationaux, et en particulier le Conseil de sécurité de l’ONU qui prévoit de se réunir ce vendredi, devraient appeler à une enquête approfondie et crédible avant que les résultats officiels soient considérés comme définitifs. Ils doivent parler d’une même voix et, sous l’impulsion des puissances africaines, encourager les Congolais à entamer des négociations pour garantir une issue pacifique qui reflète la volonté du peuple.

Dimanche 30 décembre, des millions de Congolais se sont rendus aux urnes pour élire leur nouveau président, ainsi que leurs représentants au sein des parlements national et provinciaux. Malgré des tensions croissantes dues aux multiples retards et l’exclusion injustifiable de près de 4 pour cent du corps électoral, principalement dans la province du Nord-Kivu, le vote s’est déroulé dans un calme relatif. L’Union africaine (UA) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), qui ont dépêché les principales missions d’observation à l’échelle internationale, ont conclu que le déroulement du scrutin avait été convenable, malgré quelques troubles et des problèmes techniques.

Le 3 janvier, la Conférence épiscopale de l’Eglise catholique du Congo (Cenco) a publié une déclaration fondée sur les informations transmises par ses 40 000 observateurs déployés dans une grande partie des 75 500 bureaux de vote et sur son propre décompte des voix. La Cenco jouit d’une grande crédibilité en RDC et a déjà observé de nombreuses élections par le passé. Elle a déclaré que les irrégularités et les problèmes observés n’avaient pas entravé le choix démocratique du peuple congolais et qu’un candidat se démarquait clairement. La loi interdit à la Cenco de désigner un vainqueur avant l’annonce des résultats officiels. Mais en exhortant la Commission électorale nationale indépendante (CENI), largement contrôlée par le gouvernement, à respecter le résultat du vote, elle a laissé entendre que le dauphin désigné du président Joseph Kabila, Emmanuel Shadary, avait été battu. Des sources informées par la Cenco indiquent que le vainqueur est le candidat de l’opposition Martin Fayulu.

Alors que la majorité au pouvoir a vivement critiqué la déclaration de la Cenco, les diplomates peinent à trouver un consensus.

Le calcul de la Cenco, s’il s’avérait exact, pourrait avoir d’importantes conséquences. Fayulu, figure historique de l’opposition et ancien homme d’affaires, dispose de l’appui de deux poids lourds de l’opposition aujourd’hui en exil, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba. Les efforts fructueux du gouvernement pour écarter ces deux hommes de la course à la présidentielle ont exacerbé leurs mauvaises relations avec le pouvoir en place ; de nombreux responsables à Kinshasa craignent qu’une présidence Fayulu ne s’intéresse de trop près aux soupçons de crimes et d’actes de corruption dont ils font l’objet. Pour le président Kabila et ses proches alliés, une victoire de Fayulu serait en effet le pire scénario possible ; ils considèrent l’autre principal candidat de l’opposition, Félix Tshisekedi, comme plus conciliant. Il existe un risque réel qu’ils poussent la Commission électorale à annoncer un résultat plus à leur goût.

Alors que la majorité au pouvoir a vivement critiqué la déclaration de la Cenco, les diplomates peinent à trouver un consensus. Cette situation menace la cohésion internationale des douze derniers mois, qui avait permis de faire monter la pression sur le président Kabila et contribué à sa décision, en août 2018, de ne pas briguer un troisième mandat. Il est inquiétant de constater que certains qualifient en privé d’« occidentale » la position de la Cenco, ce qui pourrait alimenter l’idée d’une opposition entre l’Occident et une Afrique qui ne lui serait d’aucun secours. Le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas été en mesure de prendre position. Ses membres et d’autres acteurs internationaux s’accordent pour dire que les responsables politiques congolais doivent respecter les résultats des élections. Mais le débat porte sur l’opportunité de faire d’ores et déjà pression sur la Commission électorale, et par extension, sur le gouvernement, en l’exhortant à publier rapidement les résultats des élections tout en l’avertissant que le choix des électeurs doit être respecté ; ou au contraire de lui accorder le bénéfice du doute en lui laissant le temps de publier les résultats officiels, évitant ainsi d’accorder trop d’importance au décompte de la Cenco. Une importante réunion du Conseil de sécurité de l’ONU a été reportée à vendredi, date à laquelle la Commission électorale devrait avoir annoncé les résultats. Il est prévu que le Conseil s’entretienne avec des experts externes, y compris la Cenco et éventuellement des acteurs régionaux qui ont observé le déroulement du scrutin, comme l’UA et la SADC.

Il est primordial que la Commission électorale annonce en toute transparence les résultats des élections.

La situation est tendue. Une grande partie du pays n’a plus accès à internet et les rumeurs les plus folles circulent, générant des conjectures inutiles et clivantes qui alimentent le débat international. De nombreux Congolais oscillent entre espoir de changement et incertitude face à l’avenir. Les trois candidats et leur entourage doivent délivrer des messages constructifs et rassurants, appeler leurs partisans au calme, inciter à la patience et éviter toute déclaration susceptible d’attiser les tensions.

Il est primordial que la Commission électorale annonce en toute transparence les résultats des élections et fournisse suffisamment de détails pour que ses conclusions puissent être vérifiées et, le cas échéant, contestées devant les tribunaux. Toute tentative de manipulation des résultats risquerait de susciter une immense colère et pourrait provoquer des violences dans tout le pays. Cela dit, nombre de ceux qui sont actuellement au pouvoir ont beaucoup à perdre dans ce qui pourrait constituer un spectaculaire retournement de situation. Si Fayulu a gagné, il est important qu’ils reçoivent, dans la mesure du possible, des garanties sur leur avenir, afin d’augmenter les chances d’une transition pacifique.

Les acteurs internationaux doivent continuer à exiger que les résultats soient respectés. Ils doivent néanmoins s’abstenir de tirer des conclusions hâtives qui pourraient accentuer les divergences internationales. Les puissances étrangères doivent éviter de se diviser en deux camps, pro-Kabila et pro-opposition, car cela ne ferait qu’encourager chaque partie à camper sur ses positions, à un moment où il importe de mener des négociations délicates et de montrer des signes d’ouverture et de compromis. A la lumière de ces considérations, la réunion du Conseil de sécurité de vendredi constitue pour ses membres une occasion unique d’afficher leur unité. Le Conseil doit appeler au calme et exhorter toutes les parties à respecter le résultat du vote. Si la Commission électorale annonce des résultats sensiblement différents des chiffres recueillis par la Cenco et les autres observateurs, y compris ceux des partis politiques, le Conseil devra appeler à une enquête approfondie et crédible avant que les résultats officiels soient considérés comme définitifs. Les puissances africaines doivent prendre l’initiative pour aider les parties prenantes congolaises à trouver une issue pacifique qui respecte la volonté du peuple, comme elles l’ont fait en persuadant Kabila de se retirer.

Congolese gather at a bar in Kinshasa to watch the President of the Democratic Republic of the Congo, Joseph Kabila, addressing the nation, on 19 July 2018. AFP/John Wessels
Commentary / Africa

Kabila dévoile son jeu dans le poker électoral en République démocratique du Congo

As election preparations in the Democratic Republic of Congo proceed, President Joseph Kabila has announced he will not run for re-election. He may hope this important move will relieve outside pressure for free and fair elections. International actors should keep up the scrutiny.

Le 8 août 2018, date limite de dépôt des candidatures, la coalition au pouvoir en République démocratique du Congo (RDC) a annoncé qu’Emmanuel Ramazani Shadari serait son candidat à l’élection présidentielle prévue le 23 décembre. L’annonce a mis fin, pour le moment, aux spéculations sur une candidature du président Joseph Kabila à un troisième mandat, en violation de la Constitution de 2006. Kabila a finalement choisi de désigner un fidèle dauphin à sa succession. Sa décision de se retirer de la course est un progrès majeur et le fruit d’années de pressions tant de la part des Congolais que d’acteurs étrangers.

En choisissant un nouveau candidat, le pouvoir a montré son intention de participer à l’élection sans Kabila. Il espère probablement que la pression nationale et internationale pour un scrutin libre et équitable s’atténuera maintenant que la Constitution a de fortes chances d’être respectée. Kabila va en effet être enclin à souligner qu’il a fait ce qu’il avait toujours dit qu’il ferait, respecter la Constitution, et que les acteurs internationaux devraient par conséquent s’effacer. Si la vigilance devait effectivement diminuer, cela laisserait le pouvoir en place aux commandes. Il pourrait contrôler à sa guise les procédures électorales et le calendrier. Le risque de manipulation demeurerait.

Même s’il semble probable que Kabila respecte la Constitution et quitte ses fonctions, un vote entaché d’irrégularités risquerait de provoquer une nouvelle crise politique, ce qui pourrait avoir des conséquences néfastes pour le pays et ses voisins. Pour éviter une telle situation, les acteurs internationaux, principalement l’Union africaine (UA) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), devraient continuer d’observer attentivement le processus électoral en RDC. En particulier, ils devraient prendre des mesures pour renforcer la crédibilité du scrutin, en encourageant une vérification du registre des électeurs et l’inspection des machines à voter, et faire pression sur le pouvoir de Kabila pour qu’il relâche la répression politique.

Pressions sur la coalition au pouvoir

L’élection présidentielle devait avoir lieu en décembre 2016. Les machinations du pouvoir pour se maintenir en place, d’abord en tentant de modifier la Constitution pour que Joseph Kabila puisse briguer un troisième mandat, puis en reportant le scrutin, ont plongé le pays dans une profonde crise politique. L’Eglise catholique, une institution centrale dans ce pays et influente depuis longtemps sur la scène politique, est intervenue comme médiateur entre le gouvernement, les partis politiques et les organisations de la société civile. Ceci a abouti à l’accord de la Saint-Sylvestre du 31 décembre 2016. Ce texte a servi de base pour gérer le retard électoral, sauvegarder la limite constitutionnelle du nombre de mandats présidentiels, et assouplir les restrictions relatives aux libertés politiques.

Malgré l’accord, le pouvoir a tout fait pour conserver la main, comme Crisis Group l’a relaté en 2017 et 2018. Il a saboté la mise en œuvre de l’accord de la Saint-Sylvestre, notamment en nommant un nouveau Premier ministre sans mener de consultations élargies, et en continuant à poursuivre des personnalités de l’opposition pour des motifs politiques. Le pouvoir a aussi ignoré les préoccupations de l’opposition et des observateurs étrangers sur les préparatifs électoraux.

Tout est en place pour que Kabila conserve une très grande influence même en dehors de la présidence.

Au cours des mois qui ont précédé l’échéance du 8 août, des acteurs africains et internationaux ont accentué la pression sur le pouvoir pour qu’il se conforme à la Constitution et à l’accord de la Saint-Sylvestre. Le président angolais João Lourenço a ainsi déclaré lors d’une conférence de presse en mai dernier, au palais de l’Elysée à Paris, que Kabila ne devait pas briguer de nouveau mandat. Des acteurs congolais ont également joué un rôle clé. Dans les jours qui ont précédé l’annonce de Kabila, des militants de la société civile congolaise, dont l’organisation laïque de l’Eglise catholique, ont menacé d’organiser de nouvelles manifestations s’il cherchait à se faire réélire.

Le pouvoir a encore une fois tenté de résister. En juillet, il a unilatéralement annulé les visites du secrétaire général de l’ONU António Guterres, du président de la Commission de l’UA Moussa Faki Mahamat et de l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU Nikki Haley. Tous auraient rendu manifeste la pression internationale en faveur d’une transition. Quelques semaines plus tard, le pouvoir s’est tourné vers plusieurs voisins pour faire baisser la pression. Kabila a effectué une visite de deux jours en Angola et envoyé une large délégation au Rwanda.

Il est clair qu’en fin de compte, la pression a été efficace, puisque le pouvoir n’a pas modifié la Constitution pour permettre à Kabila d’être à nouveau candidat et a désigné Shadari comme successeur. Cependant, s’il a accédé à la demande principale, il a réussi jusqu’à présent à orienter les préparatifs électoraux en sa faveur et montré qu’il n’avait pas joué sa dernière carte.

L’avenir de Shadari et de Kabila

Comme prévu, Kabila a attendu le dernier moment pour prendre une décision sur la désignation d’un candidat à la présidentielle, laissant dans le doute sa propre alliance politique, la « majorité présidentielle ». Son choix de successeur potentiel en a surpris plus d’un. Contrairement à d’autres personnes qu’il aurait pu nommer, le député Shadari, 57 ans, ressemble plus à un soldat qu’à un général. Originaire de la province du Maniema à l’Est, où la mère de Kabila est née, il est resté résolument fidèle aux Kabila depuis que le père de Joseph, Laurent, a pris le pouvoir des mains de Mobutu Sese Seko en 1997. Shadari a pris la tête du bloc parlementaire majoritaire de Kabila en 2012, et a été vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur de décembre 2016 à février 2018. L’Union européenne l’a inscrit en mai 2017 sur une liste de sanctions pour son rôle présumé dans la violente répression contre des manifestants dans plusieurs villes et dans la région du Kasaï lorsqu’il était ministre de l’Intérieur.

À l’heure actuelle, il occupe le poste de secrétaire permanent du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Le parti est le plus important et le plus dynamique au sein du bloc majoritaire, qui porte maintenant le nom de Front commun pour le Congo. Il a passé les derniers mois à voyager dans plusieurs provinces à bord de l’avion de campagne du PPRD, pour mieux se faire connaitre des députés du parti, des administrations territoriales et provinciales, et des chefs traditionnels.

En l’absence de certitude sur l’identité des candidats, il est peu probable que l’opposition parvienne à se rassembler derrière un candidat unique.

En nommant Shadari, et non une personnalité plus connue disposant d’une base indépendante comme Matata Ponyo ou Aubin Minaku, Kabila se prépare à exercer son pouvoir en coulisses. En rétrospective, il semble qu’il ait fait part de son intention le 19 juillet, dans une déclaration très attendue devant les chambres rassemblées du Parlement. Il a commencé en plaisantant : « Je sens des tensions dans la pièce ». Il s’est ensuite exclamé : « Comprenez ma passion pour le Congo ! », une référence à la formule « Comprenez mon émotion » utilisée par Mobutu dans son discours d’avril 1990, dans lequel il annonçait se mettre en retrait de son parti. Kabila a exprimé son sentiment patriotique mais n’a fait aucune concession politique. Le discours était en cela une provocation : tandis que le monde attendait des annonces importantes, Kabila a fait comprendre qu’il était le seul décisionnaire.

Lorsqu’il quittera ses fonctions, il devrait devenir président du PPRD, un poste nouvellement créé. Il restera aussi chef politique du Front commun. La Constitution fait de Kabila un sénateur à vie, et une loi récemment adoptée sur les anciens présidents lui procure encore plus d’avantages, comme un important dispositif de sécurité, un passeport diplomatique et un logement permanent. Il a placé plusieurs autres fidèles à des postes clés, comme le général John Numbi au poste d’inspecteur général de l’armée et Norbert Nkulu, nommé juge à la Cour constitutionnelle. Tout est en place pour que Kabila conserve une très grande influence même en dehors de la présidence.

Les semaines à venir diront si d’autres poids lourds du pouvoir se rangeront docilement derrière Shadari. Un certain mécontentement pourrait surgir dans la région du Katanga, dans le Sud-Est. Les Katangais craignent depuis longtemps l’influence des politiciens de la province voisine du Maniema au sein du pouvoir de Kabila. Les récentes nominations de Numbi et de Nkulu, deux figures de l’ethnie luba du Katanga, pourraient avoir été annoncées dans le but de calmer les élites locales. La décision de Kabila d’attendre la dernière minute pour désigner son successeur visait probablement à empêcher de potentiels candidats dissidents de la majorité (Katangais ou autres) d’entrer dans la course. Cela dit, si Kabila semble avoir conçu ce scénario pour faire avancer ses intérêts, rien ne garantit qu’au bout du compte Shadari les protégera, lui et son cercle rapproché, s’il devient président. En Angola, pays voisin de la RDC, où le président sortant a aussi essayé de mettre en scène une transition, le nouveau président Lourenço n’a pas perdu de temps pour tourner le dos à l’entourage de son ancien mentor José Eduardo dos Santos, en particulier à sa famille.

Compte à rebours avant le scrutin

Plus d’une vingtaine de candidatures à l’élection présidentielle ont été déposées. Trois candidats sont d’importantes figures de l’opposition : Jean-Pierre Bemba (Mouvement de libération du Congo), finaliste de l’élection présidentielle de 2006 qui a été acquitté des accusations de crimes de guerre par la Cour pénale internationale en juin ; Félix Tshisekedi (Union pour la démocratie et le progrès social), fils d’Etienne Tshisekedi, le défunt chef de l’opposition arrivé deuxième lors du scrutin présidentiel de 2011 ; et Vital Kamerhe (Union pour la nation congolaise), un ancien allié de Kabila venu du Sud-Kivu qui a terminé troisième en 2011. Moïse Katumbi, chef d’Ensemble, une coalition de partis politiques, et l’un des plus sérieux aspirants à la présidence, est absent de la liste. En violation de l’accord de la Saint-Sylvestre, le pouvoir a interdit son retour dans le pays pendant le processus de dépôt des candidatures. Le pouvoir a plusieurs affaires judiciaires en cours contre Katumbi. Une commission mise sur pied par l’Eglise catholique a qualifié ces affaires de mascarade, et les alliés de Katumbi ont introduit un recours pour lui permettre de déposer une candidature en retard.

De toute évidence, le grand nombre de candidats sert les intérêts du pouvoir. Conformément à un amendement constitutionnel de 2011, l’élection aura lieu en un seul tour, et le candidat remportant la majorité relative des voix sortira vainqueur. Dans une déclaration conjointe après que Kabila a annoncé qu’il renonçait à une candidature, les dirigeants de l’opposition se sont engagés à s’unir derrière un candidat unique. Mais cet accord est fragile : le choix d’un dauphin relativement peu connu pourrait amener les concurrents de Shadari à penser qu’ils peuvent le battre sans avoir à former des coalitions, ce qui minerait l’indispensable unité de l’opposition.

La résistance active de plusieurs segments de la société congolaise dans l’ensemble du pays et la mobilisation des acteurs régionaux et internationaux ont aidé à contrecarrer les plans initiaux du pouvoir.

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) pourrait encore rejeter certaines candidatures. Elle publiera une liste préliminaire le 24 août, de façon à laisser assez de temps pour des recours en cas de problème juridique. Une liste définitive sera publiée le 19 septembre, soit trois mois avant l’élection. Les commentaires des politiciens du Front commun, selon lesquels Bemba serait inéligible pour des motifs juridiques, sont particulièrement inquiétants. Alors que Bemba a été acquitté de crimes de guerre, une deuxième affaire de subordination de témoins est en instance à la Cour pénale internationale. Des avocats congolais cherchent maintenant à déterminer si cette accusation peut être considérée comme un cas de corruption en vertu de la loi congolaise. Dans l’affirmative, Bemba serait écarté. Comme le refus d’autoriser Katumbi à déposer sa candidature, de telles discussions donnent l’impression que le pouvoir cherche une élection « à la carte » lui permettant de choisir ses adversaires. En l’absence de certitude sur l’identité des candidats, il est peu probable que l’opposition parvienne à se rassembler derrière un candidat unique.

En principe, l’élection peut avoir lieu le 23 décembre, comme prévu. Mais d’importantes inquiétudes persistent quant à la transparence du scrutin et à la réelle volonté du gouvernement de poursuivre sur cette voie. Les principaux groupes d’opposition partagent plusieurs de ces préoccupations. La plus cruciale concerne le registre des électeurs. Un contrôle du registre, réalisé par l’Organisation internationale de la francophonie, a permis d’identifier un nombre considérable d’électeurs présentant des données manquantes, et a ravivé les craintes d’électeurs « fantômes ».  L’opposition demande que jusqu’à dix millions d’électeurs soient retirés du registre. De même, la décision de la CENI d’utiliser des machines à voter plutôt que des bulletins papier est particulièrement controversée puisque la technologie n’a pas été mise à l’essai et que les électeurs, surtout dans les zones rurales, sont habitués à exprimer leur choix sur papier. Certaines voix s’inquiètent d’éventuelles fraudes et de l’impact de l’utilisation de machines sur le financement du scrutin. L’Eglise catholique a demandé un contrôle indépendant de ce matériel, mais son appel n’a pas été entendu. L’opposition, quant à elle, veut le retrait des machines. Un autre enjeu concerne la composition de la CENI elle-même, en particulier le non-remplacement du représentant de l’Union pour la démocratie et le progrès social, en violation du droit du parti. Enfin, le climat politique général pose problème : plusieurs politiciens sont encore en prison et les services de sécurité restreignent considérablement la capacité des partis à organiser des rassemblements et d’autres activités de campagne.

Les acteurs internationaux, particulièrement ceux de la région, ont encore le temps de pousser la CENI et le gouvernement congolais à répondre à ces préoccupations. Cependant, tout changement majeur (par exemple, revenir au bulletin de vote papier ou procéder à un examen approfondi du registre des électeurs) pourrait nécessiter beaucoup de temps et de ressources. La RDC ne peut pas non plus compter sur une aide importante de l’ONU ou des acteurs occidentaux en la matière, puisque le gouvernement et la CENI ont décidé de limiter la participation extérieure aux préparatifs électoraux.

Une surveillance nécessaire

Kabila n’étant officiellement plus dans la course, le pouvoir pourrait penser qu’il peut maintenant manœuvrer librement pour rester aux commandes. Il pourrait choisir parmi plusieurs options : aller à l’élection, en comptant sur la baisse d’attention au niveau international, et utiliser un ou plusieurs de ses divers avantages pour gagner ; ou encore, surtout si l’opposition s’unit derrière un candidat unique, invoquer la nécessité d’engager des réformes électorales pour reporter le vote. Tout retard important pourrait porter préjudice au processus de la Saint-Sylvestre et donner lieu à de nouvelles tentatives de modification de la Constitution afin que Kabila reste au pouvoir. L’insécurité dans certaines régions du pays pourrait également être invoquée pour reporter une nouvelle fois l’élection.

Pour rester sur la voie d’une élection crédible, les acteurs internationaux, surtout l’UA et la SADC, devraient observer attentivement le processus électoral et continuer de faire pression au plus haut niveau. Le 14 août, les acteurs régionaux se sont réunis en sommet, à l’initiative de l’Angola, et ont réitéré leur volonté de rester mobilisés jusqu’au bout du processus électoral. Par le biais de leurs experts électoraux et d’autres représentants sur le terrain, les acteurs régionaux peuvent contribuer à améliorer la qualité et la transparence des préparatifs électoraux. L’UA et la SADC devraient :

  • Aider à accroître la confiance du public à l’égard du registre des électeurs, en particulier en faisant pression sur la CENI pour qu’elle publie de façon rapide et transparente les listes provisoires d’électeurs pour permettre à ces derniers, à la société civile et aux partis de l’opposition de procéder à un minimum de vérifications et de corrections ;
     
  • Pousser la CENI à s’assurer que, tandis qu’elle déploie des machines à voter dans l’ensemble du pays, elle autorise les experts nationaux et internationaux à les inspecter pour que le public puisse prendre confiance. Dans les zones où les machines pourraient causer des problèmes logistiques spécifiques, la CENI devrait se préparer à la possibilité d’utiliser des bulletins papier classiques ;
     
  • Inciter le bureau de l’Assemblée nationale à faire en sorte que l’Assemblée agisse vite pour permettre à l’Union pour la démocratie et le progrès social de remplacer son représentant à la CENI ; et
     
  • Amener le gouvernement à ouvrir l’espace politique, notamment en autorisant les manifestations publiques, en libérant les prisonniers politiques et en cessant les poursuites motivées par des considérations politiques.


Etant données la fragilité du climat sociopolitique et la crise de légitimité en cours, suscitée par le maintien en fonction du président au-delà de la fin officielle de son second mandat, la décision de Kabila de ne pas se représenter est un progrès indéniable. La résistance active de plusieurs segments de la société congolaise dans l’ensemble du pays et la mobilisation des acteurs régionaux et internationaux ont aidé à contrecarrer les plans initiaux du pouvoir. Cependant, il faut en faire davantage pour améliorer la qualité et la légitimité du vote car une élection controversée et entachée d’irrégularités au mieux perpétuerait les tensions actuelles et, dans le pire des cas, déstabiliserait encore plus le pays (voire la région).  

L’élection du 23 décembre ne constitue qu’une première étape vers la stabilisation d’un pays qui a peu avancé depuis la fin des guerres meurtrières qui ont fait rage entre 1998 et 2003. Mais elle pourrait être cruciale. Alors que les préparatifs se poursuivent, les voisins de la RDC et les institutions régionales devraient faire tout ce qui est en leur pouvoir pour que cette élection constitue un pas en avant, et non en arrière.