Guinée : La junte doit partir, ni plus ni moins
Guinée : La junte doit partir, ni plus ni moins
Ebola en Guinée : une épidémie « politique » ?
Ebola en Guinée : une épidémie « politique » ?
Commentary / Africa

Guinée : La junte doit partir, ni plus ni moins

La situation politique et sécuritaire de Guinée reste alarmante. Malgré les négociations ouvertes à Ouagadougou, et l’accumulation de pressions régionales et internationales, la junte ne semble pas vouloir accepter de quitter le pouvoir et est sans doute prête à prendre le risque de plonger le pays dans la guerre civile pour y rester. Les négociations à Ouagadougou entrent aujourd’hui dans une phase critique. Il est impératif que leur ordre du jour se limite au départ de la junte. Toute solution de « Gouvernement d’union nationale » qui laisse en place l’autorité militaire actuelle, ne ferait qu’aggraver les menaces qui pèsent sur le pays et la région. Afin d’éviter la catastrophe, la CEDEAO et les Nations unies doivent d’ors et déjà se préparer à une possible intervention militaire pour éviter le chaos.

Depuis que Dadis Camara s’est emparé du pouvoir en décembre 2008, les tensions politiques n’ont cessé de s’accroître dans le pays. Le 28 septembre, ces tensions ont atteint l’irréparable lorsque les forces de sécurité ont exécuté des manifestants, tuant 160 personnes et en blessant près de 1700. Les témoignages sur les préparatifs et l’organisation de la tuerie dans les minutes qui ont précédé l’ouverture du feu – positionnement des unités, ordres donnés à l’intérieur du stade par la chaine de commandement – laissent à penser qu’elle était préméditée. Ils ont ensuite mené une campagne de terreur sans précédent, usant du viol et de la torture comme outil de répression contre les partisans de l’opposition.

En réponse au mécontentement de la rue face aux signes évidents de sa volonté de s’enraciner au pouvoir, la junte avait déjà paralysé le processus de transition démocratique, et rejeté la création du Conseil national de transition, un comité consultatif inclusif destiné à contrôler ses décisions. Les opposants devinrent alors la cible de menaces et d’arrestations. Sur les médias nationaux, les discussions politiques étaient censurées. Au vu de la situation, l’union des partis politiques d’opposition et de la société civile, les ‘Forces Vives’, avait décidé de suspendre le dialogue avec la junte.

Peu avant le massacre, l’Union africaine avait annoncé son intention de prendre des sanctions contre la junte, si Dadis Camara ne confirmait pas que ni lui ni aucun membre de son Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) ne se présenteraient à l’élection présidentielle de janvier 2010. Le 17 octobre, en réponse au refus de la junte de renoncer à se présenter aux élections, la CEDEAO imposa un embargo sur les livraisons d’armes à la Guinée, et dix jours plus tard, l’Union européenne y ajouta des sanctions ciblées contre certains responsables de la junte, de même que les Etats-Unis. Suite à la tuerie, la communauté internationale exigea également la mise en place d’une commission d’enquête indépendante et la CEDEAO, proposa la médiation du président burkinabé, Blaise Compaoré.

Face à ces pressions, l’attitude de Dadis Camara reste sans équivoque. Il nie toute responsabilité dans le massacre, n’a toujours pas fait libérer les manifestants arrêtés fin septembre et sentête à vouloir rester à la tête d’un Etat dont il a déjà militarisé l’administration. 30 des 33 préfets provinciaux ont été remplacés depuis décembre 2008 par des militaires. Des groupes de jeunes partisans de Dadis ont également été créés et la junte recrute, arme et entraîne des milices à travers le pays. La situation est particulièrement préoccupante en Guinée Forestière, où les partisans du régime manipulent le ressentiment des communautés locales contre les groupes malinkés, fulanis ou sousou, perçus comme les bénéficiaires des précédents régimes, et où des anciens miliciens désoeuvrés sont prêts à reprendre les armes.

Déjà en 2001, quand les forces de Charles Taylor avaient attaqué la Guinée Forestière à partir du Libéria, Lansana Conté avait recruté, entraîné et armé près de 6000 jeunes dans la région de Macenta pour défendre le pays. Beaucoup de ces jeunes ont ensuite rejoint des groupes anti-Taylor combattant au Libéria, et peu nombreux sont ceux qui ont été désarmés ou réintégrés dans les communautés locales. Formés au combat et sans perspective d’avenir, ils sont une source majeure de trouble dans la région. Qu’elles soient d’origine ethnique, régionales ou illustrent simplement des stratégies individuelles de conservation du pourvoir, la mobilisation de ces milices fait peser le risque d’un éclatement de l’armée menant à une véritable guerre civile, ou tout simplement la multiplication des massacres contre les groupes ou populations perçues comme s’opposant à la junte, si les manifestations venaient à reprendre.

Un conflit en Guinée pourrait par ailleurs avoir un impact déstabilisant sur la région toute entière. Les mouvements de réfugiés et de combattants aux frontières de la Côte d’Ivoire, du Liberia et de la Sierra Leone pourraient raviver les troubles dans ces pays toujours fragiles.

Les leaders de la CEDEAO et le président Burkinabé Blaise Compaoré ne doivent pas se faire d’illusions. Les négociations avec la junte seront d’autant plus difficiles que leur seul résultat acceptable pour la grande majorité des guinéens est le départ du pouvoir de la junte et son remplacement par une administration civile, où le seul militaire de haut-rang devrait être le Ministre de la défense, chargé de rétablir l’ordre dans les casernes et désarmer les milices. Cette administration transitoire doit ensuite mener à un processus électoral crédible, débarrassé de tout contrôle militaire. L’enjeu n’est pas seulement le départ de Dadis Camara de la présidence mais celui de l’ensemble des officiers ayant pris possessions des fonctions, attributs et prérogatives civiles de l’Etat, pour que la transition démocratique guinéenne puisse reprendre ses droits.

Les Forces Vives guinéennes auront également leur rôle à jouer dans ce scénario. Il est indispensable qu’elles fassent taire leurs querelles de leadership, et gardent un front uni mettant en avant l’intérêt des guinéens et non leurs ambitions personnelles. Aucun des membres de l’administration transitoire destinée à organiser les élections ne devrait par exemple pouvoir se présenter aux élections où pouvoir placer l’un ou l’autre de ses proches au sein de l’appareil d’Etat pour financer ou soutenir sa campagne électorale.

Le prix à payer pour le départ de la junte pourrait être élevé. Dadis et ses proches risquent non seulement d’exiger un exil doré, il pourrait également demander des garanties d’immunité pour les crimes commis le 28 Septembre. Il est aujourd’hui trop tôt pour aborder ce sujet, qui doit de toute façon attendre les conclusions de la Commission d’enquête internationale mandatée par la région et le Conseil de sécurité. Cette Commission devra absolument établir la responsabilité des plus hauts responsables de l’Etat dans le massacre du 28 Septembre, y compris celle de Dadis Camara, et en tirer les conséquences judiciaires qui s’imposent.

Il est par ailleurs indispensable que la région dépêche dans les plus brefs délais une mission militaire de haut-rang à Conakry pour signifier à la junte qu’elle n’accepterait pas la répétition des guerres civiles libériennes ou sierra-léonaise en Guinée, et engage un dialogue ouvert mais ferme sur la question du démantèlement des milices et du recrutement des combattants libériens dans le pays. Un haut-gradé de l’armée nigériane devrait sans doute prendre la tête de cette mission, menée en bonne entente avec la facilitation burkinabé. Elle devrait sans aucun doute également discuter avec l’armée guinéenne et planifier la mise en place d’une force réduite de protection régionale – probablement un bataillon disposant de moyens aéroportés – pour assurer la protection de la Commission d’enquête internationale et celle des leaders des Forces Vives aujourd’hui menacés. A terme, la région devra sans aucun doute également assurer la sécurisation de l’administration civile présidant à l’organisation des élections, comme c’était le cas au Burundi en 2005.

Cependant, en prévision du pire, la planification d’une intervention militaire régionale s’impose également, avec le soutien des pays occidentaux susceptibles de fournir dans des délais rapides, le transport aérien stratégique et les moyens matériels susceptible de prévenir toute implosion du pays, ou une escalade de violence à Conakry et dans d’autres grandes villes du pays. Sa mission serait alors de rétablir l’ordre face aux milices et protéger les civils avec les membres de l’armée guinéenne prêts à s’y consacrer. Ces plans de contingence ne sont pas simplement nécessaires pour prévenir toute éventualité. Ils représentent également des messages forts signifiant à la junte qu’elle doit considérer son départ du pouvoir comme une réalité.

Au cours du mois dernier, la CEDEAO et l’Union Africaine ont réagi avec une fermeté remarquable face à la détérioration de la situation guinéenne. Dadis Camara et la cohorte d’officiers retranchés derrière lui tablent sur l’enlisement des négociations pour rester au pouvoir, gagner du temps, et finalement laisser passer l’orage de la condamnation régionale et internationale. C’est sans aucun doute en Guinée que doit cesser une fois pour toute la tendance actuelle du retour au pouvoir des militaires sur le continent, à travers coups et élections truquées. Le status quo ne peut mener qu’au chaos. Il est encore temps de l’éviter.

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Ebola Treatment Centre in Nzérékoré, Guinea, 9 January 2015. UN PHOTO/Martine Perret
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Ebola en Guinée : une épidémie « politique » ?

Alors que l’épidémie d’Ebola apparue fin 2013 en Guinée semble se terminer, il est intéressant de revenir sur l’un de ses aspects les plus troublants : l’hostilité avec laquelle les équipes impliquées dans la lutte contre la maladie ont par endroit été reçues par la population. Elle ne trouve pas une explication satisfaisante dans la « primitivité » volontiers prêtée à la population par les observateurs occidentaux et les élites urbaines guinéennes, ni même dans la faiblesse de l’information des citoyens concernés ou dans la manipulation éventuelle de rumeurs par l’opposition.

Cette hostilité est révélatrice du rapport entre les citoyens et l’Etat. Ebola aura été un puissant indicateur de la mauvaise santé de l’Etat, de la faiblesse de son système sanitaire mais aussi, plus largement, de la faiblesse de sa légitimité et de sa capacité à susciter la confiance et l’adhésion. Alors que la Guinée s’approche d’un nouveau moment de tension politique, avec l’élection présidentielle du 11 octobre prochain, dont les conditions d’organisation suscitent encore aujourd’hui un vif débat, il y a là des leçons à tirer.

La peur du médecin ?

Le 16 septembre 2014, à Womey, dans le sud-est de la Guinée, le sous-préfet, plusieurs médecins et agents de santé, des journalistes et un employé d’une organisation évangélique en mission de sensibilisation Ebola sont tués par des villageois. Quelques mois plus tard, le 23 février 2015, une équipe de Médecins Sans Frontières venue au village de Wéndébèdou, dans le sud-est guinéen, sensibiliser les habitants à l’épidémie d’Ebola est accueillie à coup de pierres. Trois membres de l’équipe sont blessés et leur véhicule est très endommagé.

A Womey comme à Wéndébèdou, les logiques des incidents se ressemblent. A chaque fois, c’est l’intervention impromptue de personnes extérieures (agents de l’Etat, agents de santé, policiers, missionnaires chrétiens ou représentants d’organisations de développement), souvent peu préparée, qui suscite une réaction dans une communauté fermée. Dans bien des cas, des gens se sont demandés ce qu’étaient vraiment venus faire ces visiteurs et ont craint que, loin de venir soigner, ils venaient en réalité diffuser Ebola, ou bien diverses substances mortelles. L’arsenal sanitaire, pulvérisations, vaccination, solutions chlorées pour les puits ou le lavage des mains, ou thermomètres infrarouges, était souvent perçu comme des instruments visant à diffuser la maladie. Dans certaines interprétations, centres de traitement et funérailles sécurisées étaient même soupçonnés de couvrir des trafics d’organes.

Pour comprendre ce qui a pu se passer, peut-être convient-il d’abord de souligner que c’est partout qu’Ebola, maladie à la létalité élevée et à la symptomatique spectaculaire et pour laquelle il n’existe encore aucun traitement curatif, a provoqué des réactions fortes. Les tensions suscitées aux Etats-Unis et en Espagne de la simple évacuation médicale, très contrôlée, d’une poignée de malades l’ont montré. Ainsi, est-ce totalement déraisonnable qu’un citoyen pense que l’ouverture dans sa communauté d’un centre de traitement pose un risque ?

En Guinée, les réactions ont été d’autant plus fortes que l’épidémie a été violente, que le système de santé n’a pas souligné tout de suite que les centres d’isolement pouvaient augmenter les chances de survie des personnes contaminées et que les conséquences sociales d’une contamination étaient incalculables. Le fort risque de mortalité du fait de l’absence de protocole thérapeutique au début de l’épidémie, ainsi que celui d’un ostracisme immédiat et de la misère socioéconomique ont poussé les gens au déni et à la recherche de boucs émissaires. Mais de l’avis des intervenants médicaux rencontrés par Crisis Group, les incidents ont été plus fréquents en Guinée qu’au Liberia et en Sierra Leone et se sont prolongés plus longtemps, pourquoi ?

Le « complotisme » guinéen

La vraie énigme est ailleurs : il s’agit de savoir comment des segments non négligeables de la population guinéenne ont pu penser que l’Etat et ses partenaires internationaux pouvaient être impliqués dans des projets d’extermination de masse.

Le premier facteur à prendre en compte est sans doute le complotisme aigu qui marque la Guinée depuis l’indépendance. On sait comment, sous son premier président, Ahmed Sékou Touré, le pays a vécu dans les complots, réels et imaginaires. Cette vision a survécu à la mort de Touré, et chaque revirement politique est en Guinée l’objet d’interprétations infinies, certaines franchement délirantes, empruntant à la numérologie islamique ou aux obsessions mondialisées du complot juif ou franc-maçon. Les luttes de la décennie passée autour des ressources minières considérables du pays ont fourni bien des occasions aux lectures complotistes. Beaucoup de citoyens guinéens considèrent que les événements politiques majeurs, interventions des militaires, assassinats ou élections contestées, ont été organisés par tel ou tel segment de l’armée ou de la classe politique aux ordres de tel ou tel grand investisseur minier. Le « complot » semble pour beaucoup de Guinéens la meilleure réponse à l’apparente énigme de l’absence de développement du pays, « scandale » géologique et agricole, selon l’expression consacrée.

Par ailleurs, l’idée que, par des moyens mystérieux et violents, un petit nombre de privilégiés prospèrent de la misère des autres est un trait caractéristique de la croyance, forte en Afrique de l’Ouest, et pas seulement dans les campagnes reculées, en la sorcellerie. Cette idée résonne d’ailleurs fortement avec l’obsession complotiste mondialisée circulant sur internet. Ainsi, des sites internet locaux ont repris un article venant d’un site italien d’extrême-droite, anti-globalisation et complotiste qui accuse les milliardaires Bill Gates et George Soros d’être responsables de l’épidémie d’Ebola, au travers d’un programme de recherche d’armes bactériologiques qu’ils auraient financé en Sierra Leone, à la frontière avec la Guinée. Ces visions nourrissent une sorte de populisme réflexe, de colère irréductible qui, compte tenu des rapports de force, ne trouve à s’exprimer que très épisodiquement, dans des émeutes et des lynchages.

Il faut également tenir compte de l’histoire longue d’une biomédecine d’origine occidentale et qui n’a pas toujours été sans ambiguïté dans son déploiement dans les pays du sud. L’historien Matthew Connelly a montré comment la biomédecine a pu être liée à des projets de contrôle des populations qui, un temps au moins, n’étaient pas exempt de réflexes coercitifs, voire d’une ingénierie démographique malthusienne franchement raciste. Mais en Guinée, à la différence de ce qui a pu se passer lors de certaines campagnes de vaccination au nord du Nigéria, c’est au moins autant l’Etat que l’Occident qui a semblé mis en doute.

Un Etat mal accepté

Il faut également mentionner un contexte politique extrêmement tendu qui continue de prévaloir en Guinée, l’opposition refusant toujours, plus ou moins explicitement, de reconnaitre la validité des élections de 2010 et 2013 et s’inquiétant des conditions de préparation de l’élection présidentielle, prévue pour le 11 octobre prochain. La controverse porte d’ailleurs maintenant sur la mise en œuvre de l’accord signé entre pouvoir et opposition le 20 août dernier pour tenter de renforcer la crédibilité du processus électoral.

Ce n’est sans doute pas un hasard si c’est à Womey que l’incident le plus violent a eu lieu, précisément dans la région de Nzérékoré qui avait été secouée par de violentes émeutes inter-communautaires en juillet 2013 et par une controverse intense lors des législatives de septembre 2013, avec l’annulation inexpliquée des résultats de plus de 180 bureaux de vote. Rappelons aussi que l’élection présidentielle de 2010 avait été marquée par des rumeurs sur l’empoisonnement de l’eau distribuée lors d’un rassemblement organisé à Conakry par le parti de l’actuel président, Alpha Condé, rumeurs qui avaient entrainé des violences en différents points du pays. L’idée que l’action politique peut passer par la maladie ou l’empoisonnement n’est donc pas nouvelle en Guinée.

Beaucoup de Guinéens ont d’ailleurs une vision très politique de l’épidémie d’Ebola. Du côté du pouvoir, on a prêté volontiers des sources politiques aux rumeurs, on a traqué les « réseaux malveillants », et on a accusé parfois explicitement des opposants. L’opposition a démenti toute implication. Certains de ses chefs ont participé à un clip de sensibilisation préparé par la télévision publique en octobre 2014, et la justice n’a jusqu’à présent pas confirmé l’implication de responsables de l’opposition dans les incidents. Mais certains ont été plus loin : un responsable local du RPG a ainsi publiquement dénoncé dans l’épidémie d’Ebola « un complot bactériologique contre la Guinée », « une manière de bloquer les grands projets du pays ».

Pour leur part, l’opposition et la presse qui en est proche affirment que les sensibilisations à Ebola ont permis au pouvoir de faire campagne, de dynamiser ses réseaux et de recruter et rémunérer ses jeunes militants avec l’argent des partenaires internationaux alors que les opposants étaient interdits de mobilisation pour des raisons sanitaires. L’opposition affirme que le pouvoir a obtenu de ses partenaires internationaux des ressources importantes, dons et annulation de dette, et soutient que ces ressources n’auraient pas été gérées dans la transparence. Tout ceci aide à comprendre pourquoi, dans un contexte si malsain, acteurs politiques et simples citoyens peuvent avoir le sentiment que quelque chose se cache derrière Ebola, que du pouvoir et de la richesse se nourrissent du malheur et de la mort. Les soupçons sont parfois très directs. En juin dernier, lors d’une rencontre de Crisis Group avec des responsables d’un parti d’opposition influent parmi la communauté soussou de Basse Côte, ces derniers s’étonnaient que l’épidémie, qui frappait alors fort en Basse Côte, touchait les villages soussou et pas les autres. Pour eux, c’était la conséquence logique d’une malveillance – celle du pouvoir en place.

Il faut enfin prendre en compte un effet de seuil. La brutalité fondatrice de l’épisode de Womey a alimenté aussi bien les rumeurs quant à la réalité d’Ebola et aux intentions de l’Etat que l’inquiétude des agents publics. Interventions sanitaires, enquêtes sur les contacts ou visites lors des décès suspects, se sont souvent déroulées sous protection policière. Il s’agit d’une solution pour le moins ambiguë, étant donné l’impunité quasi absolue dont bénéficient les forces de l’ordre, encore assez timidement remise en cause par le régime du président Condé, et l’habitude prise par la population de répondre par la violence aux violences policières.

Quelles leçons ?

Ebola n’a donc pas été seulement un problème sanitaire. De multiples dimensions politiques en ont compliqué la gestion, et elles compliqueront la gestion de menaces sanitaires futures. Si les autorités guinéennes veulent gagner la confiance des citoyens, elles doivent renforcer la transparence dans la gestion des fonds publics et lutter contre l’impunité, y compris quand des agents de l’Etat sont impliqués dans des violences. Elles ne doivent pas non plus perdre de vue l’autre urgence guinéenne : apaiser la sphère politique. Alors que les élections sont imminentes mais que le cadre en reste contesté, une collaboration de bonne foi entre l’opposition, le pouvoir et les partenaires internationaux sur les questions électorales est indispensable.

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