Venezuela: la révolution d’Hugo Chavez
Venezuela: la révolution d’Hugo Chavez
Table of Contents
  1. Executive Summary
Report 19 / Latin America & Caribbean

Venezuela: la révolution d’Hugo Chavez

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Synthèse

Après huit ans au pouvoir, le président vénézuélien Hugo Chavez a été réélu à une écrasante majorité en décembre 2006. Face à un nouveau mandat de six ans, riche des revenus pétroliers du pays et enhardi par une forte cote de popularité, il se dit confiant pour l’avenir de ce qu’il appelle sa révolution bolivarienne (du nom du héros de l’indépendance du pays Simon Bolivar) et compte bien établir son “socialisme du 21ème siècle”, encore mal défini. On s’inquiète pourtant au Venezuela et dans une bonne partie de l’hémisphère que, pour arriver à ses fins, l’ancien colonel autrefois instigateur d’un coup d’État soit prêt à sacrifier les principes démocratiques. Il n’est pas encore un dictateur et n’a en général pas tenté de se conduire comme tel mais il a montré une forte tendance à l’autocratie. S’il continue de se tailler un pouvoir personnel sur mesure aux dépens des autres institutions et de militariser le gouvernement et la vie politique, de graves risques de conflit interne pourraient surgir, notamment si le boom pétrolier sur lequel s’appuie l’économie devait prendre fin.

Crisis Group examinera ici l’incidence du phénomène Chavez sur la politique régionale et dans l’hémisphère. Le présent rapport se concentre sur ce qui a changé dans le paysage institutionnel, la politique et l’économie du pays. Chavez s’est attelé à reconstruire le Venezuela depuis sa première élection en 1998. Un an plus tard, il a fait adopter une nouvelle constitution mettant fin au condominium des partis traditionnels qui avait dominé le pays depuis plus de deux générations pour le remplacer par une démocratie “participative” fondée sur une relation directe entre le président et le peuple. Le Congrès bicaméral est devenu une seule Assemblée nationale qui, depuis qu’une opposition fortement divisée a eu l’imprudence de boycotter les élections législatives de décembre 2005, ne compte que des membres pro-Chavez.

Les traditionnels contre-pouvoirs qui équilibrent l’exécutif ont disparu à mesure que les principales institutions de l’État, comme le bureau du procureur général, la Cour suprême, le Conseil électoral national et les forces armées, sont progressivement passés sous le contrôle du président et de ses fidèles, des officiers et militaires en service actif et des réservistes occupant des postes normalement tenus par des civils. D’importants programmes de services sociaux ont été lancés dans les quartiers pauvres sous le nom de “missions” et ont aidé le gouvernement à acquérir un soutien populaire. Le contrôle de l’État sur l’économie, et pas seulement sur le secteur pétrolier qui lui est vital, s’est accru de même que la pression sur les ONG et les médias de l’opposition.

La polarisation de la scène politique vénézuélienne a atteint des proportions historiques lorsque les élites traditionnelles et une bonne partie des classes moyennes se sont opposées à ces profonds changements lors d’une série d’élections et par des manifestations. Durant ses cinq premières années au pouvoir, Hugo Chavez a dû faire face à plusieurs tentatives visant à le renverser, que ce soit par des moyens constitutionnels ou non. En avril 2002 et à la fin 2003, il a essuyé d’abord un coup d’État puis une grève nationale prolongée ; en août 2004, il est sorti victorieux d’un plébiscite. Stimulé par ce vote et des prix du pétrole élevés, il agit depuis sur un mode offensif. En janvier 2007, l’Assemblée nationale a adopté après un court débat une loi accordant au président de larges pouvoirs législatifs pour une période de dix-huit mois.

L’opposition politique est pour le moment marginalisée, et ce autant du fait de ses propres querelles internes que par les actes de Chavez visant à restreindre sa capacité à opérer. Il reste cependant d’importants défis à relever. Les dépenses excessives du gouvernement ont creusé la dette et le taux d’inflation est le plus élevé dans tout l’hémisphère. Si les prix du pétrole continuent de tomber et que la production de la compagnie pétrolière d’État PDVSA diminue, il faudra réduire le financement des programmes sociaux généreux et fondés sur l’idéologie. Le mécontentement populaire augmente face à la corruption du secteur public et à la montée en flèche de la criminalité et du trafic de drogue. L’incertitude liée à l’inflation est aggravée par une pénurie alimentaire qui devient visible dans les magasins et sur les marchés.

La prolifération des groupes armés pourrait également devenir un problème. De nombreux groupes chavistes, notamment à Caracas, ont accès à des armes tandis que d’autres groupes formés par le gouvernement comme le Front Francisco Miranda, une organisation civile qui regroupe des jeunes envoyés depuis Cuba pour suivre une formation idéologique, devraient en recevoir. La Garde territoriale et l’armée de réserve récemment créées sont en dehors de la chaîne de commandement militaire et répondent directement au président. On craint que certains des groupes armés se transforment en mafia criminelles. Chavez devra par ailleurs combler les fissures qui sont apparues au sein de son propre camp sur la question de savoir quelle direction donner à sa révolution.

Il est difficile de dire si la polarisation sociale et les tensions qui s’accumulent déboucheront sur des violences ; cela dépendra surtout de la capacité de Chavez à agir avec modération alors même qu’il est porté par son triomphe et en particulier à :

  • limiter l’utilisation des pouvoirs considérables qui lui ont été octroyés par l’Assemblée nationale afin d’éviter de nuire davantage à l’équilibre institutionnel traditionnel et respecter les obligations du Venezuela en application de la Charte démocratique interaméricaine, de la Convention américaine sur les droits de l’Homme et d’autres traités internationaux relatifs aux droits de l’Homme ;
     
  • garantir l’indépendance d’un procureur général, d’un contrôleur général et d’un médiateur par rapport à l’exécutif, comme il est prévu dans la constitution de 1999 ;
     
  • accroître les efforts d’amélioration de la durabilité des programmes sociaux et d’infrastructure en s’attaquant à l’inflation et aux déficits fiscaux et en évitant un contrôle excessif de l’État sur l’économie ; et
     
  • mettre fin à la prolifération à travers le pays des groupes armés qui échappent au contrôle de l’armée régulière et des forces de police.

Bogota/Bruxelles, 22 février 2007

Executive Summary

After eight years in power, President Hugo Chávez won an overwhelming re-election in December 2006. Flush with oil revenues, bolstered by high approval ratings and at the start of a six-year term, he expresses confidence about advancing what he calls his Bolivarian Revolution, named after Simón Bolívar, the country’s independence hero, and installing his still only vaguely defined “Socialism of the 21st Century”. There are concerns in Venezuela and much of the hemisphere, however, that to do so the ex-colonel and one-time coup leader may be willing to sacrifice democratic principles. He is not yet a dictator and for the most part has not tried to act in a dictatorial manner, but the trend toward autocracy is strong. If he continues to build personal power at the expense of other institutions and militarise much of the government and political life, there will be serious risks for internal conflict, especially if the oil boom that cushions the economy falters.

Crisis Group will examine subsequently what the Chávez phenomenon means for regional and hemispheric politics. This report concentrates on what has changed in the country’s institutional landscape, politics and economics. Chávez has been reconstructing Venezuela since his first election in 1998. A year after that success he pushed through a new constitution that dismantled the condominium of traditional parties that had dominated the country for most of two generations, replacing it with a “participatory” democracy founded on the notion of the president’s direct relationship with the people. The two-chamber Congress became a unicameral National Assembly, which, since the badly fragmented opposition unwisely boycotted the December 2005 legislative elections, has had only pro-Chávez members.

Traditional checks and balances on executive power have all but disappeared as key state institutions, such as the attorney general’s office, the Supreme Justice Tribunal, the electoral council and the armed forces, have progressively come under the control of the president and his loyalists, with military officers, active duty and reserve alike, filling many normally civilian offices. Large social service programs, termed “missions”, have been launched in poor neighbourhoods and helped gain popular support for the government. State control of the economy, not just the vital oil sector, has increased, as has pressure on opposition media and NGOs.

Polarisation in the body politic has reached historic proportions, with traditional elites and many among the middle class opposing these profound changes in a series of elections and in the streets. During his first five years of power, Chávez faced several attempts to unseat him, both constitutionally and unconstitutionally. In April 2002 and late 2003, he weathered first a coup then a prolonged national strike, while in August 2004 he emerged victorious from a recall referendum. Boosted by the referendum victory and high oil prices, he has been on the offensive ever since. In January 2007, the National Assembly passed with little debate an enabling law granting the president far-reaching legislative powers for eighteen months.

The political opposition is marginalised for now, as much by its own feuds as anything Chávez has done to restrict its ability to operate. Nevertheless, serious challenges are ahead. Excessive government spending has built up the debt, and inflation is the highest in the hemisphere. If oil prices fall further and production of the state-owned oil company, PDVSA, goes down, generous, ideologically-driven social programs will need to be cut. Discontent is rising over public sector corruption and skyrocketing crime and drug trafficking. Inflation-driven uncertainty is aggravated by the appearance of some food shortages in stores and markets.

The proliferation of armed groups also could become troublesome. Many Chavista groups, particularly in Caracas, have access to weapons, while additional government-established groups like the Frente Francisco Miranda, a civilian organisation made up of young people sent to Cuba for ideological training, are due to receive them. The National Reserve and Territorial Guard, created under Chávez, are outside the normal military chain of command, answerable directly to the president. There is concern that some of the armed groups could transform into criminal mafias. Chávez will also need to bridge widening fissures within his own camp about the direction in which his revolution should go.

Whether the social polarisation and accumulating tensions turn eventually into violence depends primarily on whether at a moment of triumph Chávez acts with restraint, in particular to:

  • limit use of the far-reaching powers granted him by the National Assembly so as to avoid further damage to institutional checks and balances, and respect Venezuela’s obligations under the Inter-American Democratic Charter, the American Convention of Human Rights and other international human rights treaties;
     
  • guarantee the full functioning of an attorney general, comptroller general and ombudsman independent of the executive, as designed in the 1999 constitution;
     
  • increase efforts to improve the medium to long-term sustainability of social and infrastructure programs by attacking inflation and fiscal deficits and avoiding excessive state control of the economy; and
     
  • halt the proliferation across the country of armed groups beyond control of the regular military and the professional police forces.

Bogotá/Brussels, 22 February 2007

Street vendors -many of them Venezuelans- confront members of the Mobile Anti-Disturbance Squadron (ESMAD) after they were not allowed to continue working, in Cucuta, Colombia, near the Venezuelan border, on March 29, 2022. Schneyder Mendoza / AFP

Hard Times in a Safe Haven: Protecting Venezuelan Migrants in Colombia

In recent years, Venezuelans have streamed into Colombia looking for work and respite from their country’s socio-economic meltdown. But dangers also await them, including the clutches of organised crime. Bogotá’s change of government is a chance to reset policy to keep the migrants safer.

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