Arrow Down Arrow Left Arrow Right Arrow Up Camera icon set icon set Ellipsis icon set Facebook Favorite Globe Hamburger List Mail Map Marker Map Microphone Minus PDF Play Print RSS Search Share Trash Twitter Video Camera Youtube
Les élections au Burundi : l’épreuve de vérité ou l’épreuve de force ?
Les élections au Burundi : l’épreuve de vérité ou l’épreuve de force ?
Burundi: les problèmes qui minent l'institution militaire
Burundi: les problèmes qui minent l'institution militaire
Burundi's President Pierre Nkurunziza holds a news conference in Brussels, October 2009. REUTERS/Yves Herman
Report 224 / Africa

Les élections au Burundi : l’épreuve de vérité ou l’épreuve de force ?

Le désir populaire de changement au Burundi risque d’être contredit par une élection présidentielle qui ne serait pas libre et transparente. Afin de préserver les principes de l’accord de paix d’Arusha en 2000 pour mettre fin à la guerre civile au Burundi, l’opposition et le président Nkurunziza en particulier doivent retrouver le chemin de la démocratie et du dialogue.

  • Share
  • Save
  • Print
  • Download PDF Full Report

Synthèse

Les élections qui doivent avoir lieu de fin mai à août 2015 vont être décisives pour l’avenir du Burundi. Sont en jeu non seulement le devenir de l’équipe au pouvoir (le président Pierre Nkurunziza envisage de briguer un troisième mandat) mais aussi et surtout le maintien de l’accord d’Arusha comme fondation de la paix au Burundi. Les mobilisations populaires et le précédent de la chute du président au Burkina Faso laissent augurer une confrontation dans la rue en cas de passage en force de Nkurunziza. Le retour de la violence ne mettrait pas seulement fin à la paix civile progressivement rétablie après l’accord d’Arusha en 2000 mais aurait des implications régionales déstabilisatrices et marquerait un nouvel échec des politiques de consolidation de la paix. Pour éviter un tel scénario, les partenaires du Burundi, qui ont déjà exprimé leur inquiétude, doivent renforcer leur implication dans le processus électoral et prévoir une réponse graduée en fonction de son inclusivité politique.

A la veille du congrès du parti au pouvoir qui doit désigner son candidat pour le scrutin présidentiel et à quelques semaines des élections législatives et communales le 26 mai, la tension ne cesse de monter et la perspective de scrutins libres et démocratiques ne cesse de s’éloigner. Alors que des réunions préparatoires en 2013 et le retour au pays des ténors de l’opposition avaient laissé espérer que la période pré-électorale serait marquée par l’ouverture d’un dialogue entre le pouvoir et l’opposition, les signes avant-coureurs d’une crise électorale se multiplient. L’usage partisan des institutions d’Etat, les exactions d’une jeunesse embrigadée dans des milices (les Imbonerakure), le manque de confiance dans la Commission électorale nationale indépendante (CENI), les manœuvres pour réduire l’inclusivité du processus électoral et la volonté du président de se représenter exacerbent les tensions avec une opposition qui compte prendre sa revanche après sa défaite de 2010 mais ne sait pas si ses ténors seront autorisés à être candidats.

L’éventualité d’un troisième mandat du président Nkurunziza pose la question de la préservation de la paix au Burundi : le président tente de passer en force et joue son va-tout en essayant d’imposer un troisième mandat contre l’Eglise catholique, la société civile, une fraction de son propre parti et la plupart des partenaires extérieurs du Burundi. De son côté, l’opposition joue sa survie et les forces de sécurité s’interrogent sur leur rôle en cas de crise violente. La situation est donc beaucoup plus grave que les élections ratées de 2010 : ce qui est en jeu à travers ce nouveau cycle électoral est le maintien de l’accord d’Arusha comme fondation du régime burundais.

La communauté internationale a pris conscience des enjeux et des risques associés à ce cycle électoral et certains voisins suivent de très près l’évolution du processus, comme le prouvent les récentes visites du Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, du président tanzanien, des ministres belges et du Conseil de sécurité des Nations unies à Bujumbura ainsi que la rencontre entre les présidents burundais et rwandais et l’envoi d’une mission électorale des Nations unies (Menub) au début de 2015. Alors que des Burundais commencent à se réfugier au Rwanda, la rechute du Burundi dans la violence serait un cuisant revers pour les garants de l’accord d’Arusha et pourrait alimenter les dynamiques de crise régionales. La réaction des partenaires du Burundi – et notamment les garants de l’accord d’Arusha – n’est pas à la mesure de l’enjeu : il est urgent qu’ils mobilisent des ressources suffisantes et s’impliquent davantage pour enrayer la montée des tensions entre le camp présidentiel et l’opposition et éviter une épreuve de force dans la rue.

Interview / Africa

Burundi: les problèmes qui minent l'institution militaire

Originally published in Yaga Burundi

Le 5 avril dernier, l’International Crisis Group sortait un rapport sur les tensions et dissensions qui s’observent au sein de la Force de Défense Nationale (FDN) depuis le début de la crise née de la volonté de Pierre Nkurunziza de se représenter pour un troisième mandat en avril 2015. Le rapport fait le contour des problèmes qui minent l’institution militaire. Thierry Vircoulon, un des auteurs du rapport, a répondu aux questions de Yaga.

Peut-on considérer le Cndd-Fdd aujourd’hui comme l’Uprona des années 70-80 qui avait la mainmise sur toutes les institutions de défense et de sécurité ?

Oui, on a bien vu dès le début de cette crise qui vient de durer deux ans que la police et le Service national de renseignement ont joué un rôle majeur dans la répression des manifestants dès 2015. Deuxièmement les dissensions qui ont eu lieu dans l’armée après la tentative de putsch ont finalement été contrôlées par le régime qui a réussi à éviter, en tout cas jusqu’à présent, qu’il y ait une autre tentative de renversement du pouvoir.

Dans votre rapport vous soulignez qu’en 2016 le gouvernement n’a pas appliqué les quotas 50-50, tel que précisé par les Accords d’Arusha, mais plutôt 60% pour les Hutus et 40% pour les Tutsis pendant ses recrutements dans l’armée. Peut-on craindre que ça puisse continuer, c’est-à-dire voir le régime appliquer 70-30 puis 80-20, pour enfin arriver à une armée 100% hutu ?

Non, je ne pense pas. Au fait, c’est le porte-parole de l’armée qui avait fait l’annonce sur les 60-40%. Le régime va essayer de rester sur ce quota-là, qui est prévu par les Accords d’Arusha mais pour les institutions civiles. Plutôt la question qui se pose est de savoir s’il va réussir à trouver les 40% de Tutsi pour les recrutements. Mais aussi on peut se demander s’il va y avoir beaucoup de recrutements pour les années à venir dans l’armée.  Je pense le contraire. Les recrutements vont diminuer parce que l’armée va de plus en plus avoir des difficultés financières. Et puis il conviendrait aussi de noter que les dernières mises à la retraite ne sont pas à l’avantage des officiers tutsi puisque ce sont les plus concernés.

Votre rapport précise aussi que l’intégration entre ex-FAB (anciens militaires des Forcées armées) et ex-PMPA (anciens rebelles) avait été un succès, que les deux parties ont appris à mieux se connaitre. Ce qui d’ailleurs explique en partie pourquoi des officiers issus des deux camps ont pu mener ensemble le putsch raté de 2015. Ça veut dire que le pouvoir actuel tire profit de la tension actuelle entre les ex-FAB et ex-PMPA, que ça le met à l’abri d’un autre putsch ?

Le rapport dit que l’intégration a été un succès mais n’a pas conduit à la cohésion de l’institution militaire. Même avant la crise, au sein de la FDN, le clivage entre ex-FAB et ex- PMPA restait très fort et n’avait pas été gommé par l’intégration. La grande faiblesse du processus d’intégration est de n’avoir pas généré de la cohésion. Et dans la situation actuelle il y a une grande méfiance voire une paranoïa entre les personnels militaires, chacun faisant très attention  à ce qu’il dit à ses collègues, parce qu’on a peur d’être dénoncé par les autres. Et le faite que ce clivage entre ex-FAB et ex-PMPA n’ait jamais été complètement dépassé  génère cette paranoïa interne, que le régime entretient pour en être le premier bénéficiaire.

Le défi majeur du pouvoir actuel qui constituait aussi un risque de déstabilisation de la transition, en tout cas selon toujours votre rapport, a été le processus de démobilisation de 15  000 hommes ex-PMPA contre 41 000 ex-FAB pour atteindre l’objectif d’une FDN faite de 25 000 militaires entre 2004 et 2008. Mais ceci a été une réussite. Comment se fait-il que le régime puisse réussir là où il pouvait échouer facilement pour enfin échouer là où le risque d’échec n’était pas si éminent, c’est-à-dire maintenant ?

D’abord le pouvoir qui était là quand on a créé la FDN ce n’est pas le même que celui qui est là aujourd’hui. Lors du premier mandat de Pierre Nkurunziza, le Burundi était dans une situation de pouvoir partagé. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Et l’intégration accompagnée par le processus de démobilisation a été une réussite parce qu’elle était soutenue internationalement, aussi parce qu’il y avait un accord des élites burundaises là-dessus, qui correspondait au projet partagé par tous au Burundi à ce moment-là. Et comme je l’ai déjà mentionné, la FDN n’a pas pu dépasser le clivage entre ex-FAB  et ex-PMPA, ce qui est resté le problème de l’ « après-intégration ».  Et une des raisons pour laquelle ce clivage est resté, c’est parce que le régime a instauré au sein de la FDN ses propres structures de commandements des ex-FDD, un double commandement qui a sérieusement nui à la cohésion de l’armée burundaise.

Et que faut-il craindre maintenant ?

Le grand risque pour l’armée burundaise est celui d’appauvrissement à cause des problèmes financiers du gouvernement, en plus des aides extérieures apportées à l’armée qui ont considérablement diminué suite à la suspension de différentes coopérations militaires, sans parler de la réduction du nombre de ceux qui peuvent aller en mission de maintien de la paix. Et dans cet appauvrissement de l’armée, il y a le danger d’une déliquescence progressive. La FDN va perdre son image d’une institution privilégiée. Sur le plan socioéconomique, avant comme après les Accords d’Arusha, les militaires ont toujours eu un statut très envié dans la société burundaise : facilité d’accès au crédit pour construire, un système d’appui financier bien mis en place,… tout ceci risque de s’évaporer dans les prochains jours.