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Burundi: les problèmes qui minent l'institution militaire
Burundi: les problèmes qui minent l'institution militaire
Burundi's President Pierre Nkurunziza holds a news conference in Brussels, October 2009. REUTERS/Yves Herman
Report 224 / Africa

Elections in Burundi: Moment of Truth

The ever-decreasing likelihood of a free and fair presidential election is in growing conflict with a popular desire for change in Burundi. To safeguard the Arusha principles agreed in 2000 to end Burundi’s civil war, the opposition and President Nkurunziza in particular must return to the path of democracy and dialogue.

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Executive Summary

The elections scheduled to take place between the end of May and August 2015 will be decisive for Burundi. The future of the present rulers (President Pierre Nkurunziza considers running for a third term) and, more importantly, the upholding of the 2000 Arusha agreement as the foundation for peace, are at stake. Popular protests and the precedent set by the fall of Burkina Faso’s president suggest street confrontations will take place if President Nkurunziza decides to impose his candidacy. The return to violence would not only end the peace progressively restored since the Arusha agreement, it would also have destabilising consequences in the region and mark a failure in peacebuilding. To avoid this scenario, Burundi’s partners, who have already expressed their concerns, should increase their involvement in the electoral process and prepare a gradual response depending on how inclusive the process will be.

With the upcoming congress of the ruling party, which is supposed to decide on its presidential candidate, and the 26 May legislative and local elections only a few weeks away, tension is rising and prospects for free and fair polls are slimmer by the day. While preparatory meetings held in 2013 and the return of opposition leaders to the country raised hopes of an electoral process based on dialogue between the regime and the opposition, there are increasing signs of a looming electoral crisis. The partisan use of state institutions, exactions committed by youth militia (the Imbonerakure), the lack of confidence in the Independent National Electoral Commission (INEC), strategies by the regime to reduce the inclusivity of the electoral process and the president’s will to run again exacerbate tensions. The opposition wants revenge after its defeat in the 2010 polls, but it remains uncertain if its leaders will be allowed to contest the elections.

The prospect of a third term for President Nkurunziza calls into question the preservation of peace in Burundi. The president is risking it all by trying to force his name on the ballot, against the Catholic Church, civil society, a fraction of his own party and most external partners. The opposition’s survival is at stake and the security forces are unsure how to react in case of violent crisis. The situation is much more serious than the failed 2010 elections: what lies behind this new electoral cycle is the upholding of the Arusha agreement as the foundation of Burundi’s regime.

International actors are aware of the stakes and risks associated with the upcoming electoral cycle, and some neighbouring countries are closely monitoring the situation. The UN High Commissioner for Human Rights, the Tanzanian president, Belgian ministers and the UN Security Council recently came to Bujumbura; the Burundian president and his Rwandese counterpart met in Rwanda and a UN electoral mission (MENUB) was sent in early 2015. As some Burundians flee to Rwanda, the country’s relapse into violence would be a pitifull outcome for the guarantors of the Arusha agreement and could fuel regional crisis. The reaction of Burundi’s partners – especially the guarantors of the Arusha agreement – is not commensurate with the gravity of the situation. They must urgently mobilise sufficient resources and will have to get more involved to prevent rising tensions between supporters of the president and of the opposition and to avoid confrontation in the streets.

Interview / Africa

Burundi: les problèmes qui minent l'institution militaire

Originally published in Yaga Burundi

Le 5 avril dernier, l’International Crisis Group sortait un rapport sur les tensions et dissensions qui s’observent au sein de la Force de Défense Nationale (FDN) depuis le début de la crise née de la volonté de Pierre Nkurunziza de se représenter pour un troisième mandat en avril 2015. Le rapport fait le contour des problèmes qui minent l’institution militaire. Thierry Vircoulon, un des auteurs du rapport, a répondu aux questions de Yaga.

Peut-on considérer le Cndd-Fdd aujourd’hui comme l’Uprona des années 70-80 qui avait la mainmise sur toutes les institutions de défense et de sécurité ?

Oui, on a bien vu dès le début de cette crise qui vient de durer deux ans que la police et le Service national de renseignement ont joué un rôle majeur dans la répression des manifestants dès 2015. Deuxièmement les dissensions qui ont eu lieu dans l’armée après la tentative de putsch ont finalement été contrôlées par le régime qui a réussi à éviter, en tout cas jusqu’à présent, qu’il y ait une autre tentative de renversement du pouvoir.

Dans votre rapport vous soulignez qu’en 2016 le gouvernement n’a pas appliqué les quotas 50-50, tel que précisé par les Accords d’Arusha, mais plutôt 60% pour les Hutus et 40% pour les Tutsis pendant ses recrutements dans l’armée. Peut-on craindre que ça puisse continuer, c’est-à-dire voir le régime appliquer 70-30 puis 80-20, pour enfin arriver à une armée 100% hutu ?

Non, je ne pense pas. Au fait, c’est le porte-parole de l’armée qui avait fait l’annonce sur les 60-40%. Le régime va essayer de rester sur ce quota-là, qui est prévu par les Accords d’Arusha mais pour les institutions civiles. Plutôt la question qui se pose est de savoir s’il va réussir à trouver les 40% de Tutsi pour les recrutements. Mais aussi on peut se demander s’il va y avoir beaucoup de recrutements pour les années à venir dans l’armée.  Je pense le contraire. Les recrutements vont diminuer parce que l’armée va de plus en plus avoir des difficultés financières. Et puis il conviendrait aussi de noter que les dernières mises à la retraite ne sont pas à l’avantage des officiers tutsi puisque ce sont les plus concernés.

Votre rapport précise aussi que l’intégration entre ex-FAB (anciens militaires des Forcées armées) et ex-PMPA (anciens rebelles) avait été un succès, que les deux parties ont appris à mieux se connaitre. Ce qui d’ailleurs explique en partie pourquoi des officiers issus des deux camps ont pu mener ensemble le putsch raté de 2015. Ça veut dire que le pouvoir actuel tire profit de la tension actuelle entre les ex-FAB et ex-PMPA, que ça le met à l’abri d’un autre putsch ?

Le rapport dit que l’intégration a été un succès mais n’a pas conduit à la cohésion de l’institution militaire. Même avant la crise, au sein de la FDN, le clivage entre ex-FAB et ex- PMPA restait très fort et n’avait pas été gommé par l’intégration. La grande faiblesse du processus d’intégration est de n’avoir pas généré de la cohésion. Et dans la situation actuelle il y a une grande méfiance voire une paranoïa entre les personnels militaires, chacun faisant très attention  à ce qu’il dit à ses collègues, parce qu’on a peur d’être dénoncé par les autres. Et le faite que ce clivage entre ex-FAB et ex-PMPA n’ait jamais été complètement dépassé  génère cette paranoïa interne, que le régime entretient pour en être le premier bénéficiaire.

Le défi majeur du pouvoir actuel qui constituait aussi un risque de déstabilisation de la transition, en tout cas selon toujours votre rapport, a été le processus de démobilisation de 15  000 hommes ex-PMPA contre 41 000 ex-FAB pour atteindre l’objectif d’une FDN faite de 25 000 militaires entre 2004 et 2008. Mais ceci a été une réussite. Comment se fait-il que le régime puisse réussir là où il pouvait échouer facilement pour enfin échouer là où le risque d’échec n’était pas si éminent, c’est-à-dire maintenant ?

D’abord le pouvoir qui était là quand on a créé la FDN ce n’est pas le même que celui qui est là aujourd’hui. Lors du premier mandat de Pierre Nkurunziza, le Burundi était dans une situation de pouvoir partagé. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Et l’intégration accompagnée par le processus de démobilisation a été une réussite parce qu’elle était soutenue internationalement, aussi parce qu’il y avait un accord des élites burundaises là-dessus, qui correspondait au projet partagé par tous au Burundi à ce moment-là. Et comme je l’ai déjà mentionné, la FDN n’a pas pu dépasser le clivage entre ex-FAB  et ex-PMPA, ce qui est resté le problème de l’ « après-intégration ».  Et une des raisons pour laquelle ce clivage est resté, c’est parce que le régime a instauré au sein de la FDN ses propres structures de commandements des ex-FDD, un double commandement qui a sérieusement nui à la cohésion de l’armée burundaise.

Et que faut-il craindre maintenant ?

Le grand risque pour l’armée burundaise est celui d’appauvrissement à cause des problèmes financiers du gouvernement, en plus des aides extérieures apportées à l’armée qui ont considérablement diminué suite à la suspension de différentes coopérations militaires, sans parler de la réduction du nombre de ceux qui peuvent aller en mission de maintien de la paix. Et dans cet appauvrissement de l’armée, il y a le danger d’une déliquescence progressive. La FDN va perdre son image d’une institution privilégiée. Sur le plan socioéconomique, avant comme après les Accords d’Arusha, les militaires ont toujours eu un statut très envié dans la société burundaise : facilité d’accès au crédit pour construire, un système d’appui financier bien mis en place,… tout ceci risque de s’évaporer dans les prochains jours.