L'ONU doit promouvoir un accès inconditionnel à l'aide humanitaire en Syrie
L'ONU doit promouvoir un accès inconditionnel à l'aide humanitaire en Syrie
A Vital Humanitarian Mandate for Syria’s North West
A Vital Humanitarian Mandate for Syria’s North West

L'ONU doit promouvoir un accès inconditionnel à l'aide humanitaire en Syrie

L’accord russo-américain visant à démanteler l’arsenal d’armes chimiques syriennes a ravivé chez les observateurs l’espoir de trouver une issue politique. Cependant, un objectif plus immédiat, plus réaliste  – et mieux à même de juger de la bonne volonté des différentes parties concernées – est d'ordre humanitaire. Sur le terrain, la situation se détériore de jour en jour. Alors que le conflit entame son troisième hiver, il est plus que temps de s’en préoccuper et tous – autorités syriennes, rebelles mais aussi leurs alliés respectifs – doivent impérativement trouver le moyen d’aider la population civile, victime d’atrocités intolérables. 

Il existe plusieurs paradoxes. Alors que les inspecteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) bénéficient d’un accès aux régions les plus touchées, l’aide humanitaire de l’ONU n’est pas en mesure d’atteindre les zones assiégées, même à quelques kilomètres de ses bureaux à Damas où le régime affame délibérément ses citoyens dans le cadre de sa nouvelle tactique de guerre. Les troupes de l’armée syrienne contrôlant des pans de territoire dans des zones reculées de la Syrie se voient infliger le même sort par les soldats rebelles.  

De la même manière, bien que les frontières restent totalement accessibles aux combattants étrangers, au transit d’armes et aux transferts de fonds – que ce soit pour soutenir le régime ou les rebelles – l’aide humanitaire est, elle, souvent bloquée. Il y a plusieurs raisons à cela : le manque de volonté onusien de contourner le régime qui, à son tour, empêche l’acheminement transfrontalier de l’aide destinée aux zones contrôlées par les rebelles ; l'usage cynique de l’aide par le régime, ainsi que son incompétence et les obstacles bureaucratiques qu'il impose aux dons venus de l'étranger; l’ambivalence des Occidentaux quant à l’idée de traiter avec Damas; la fragmentation et la radicalisation de l’opposition ; la réticence des pays voisins à voir leur territoire servir de base pour des ONG internationales ; et la crise financière mondiale qui réduit les fonds disponibles pour l’aide humanitaire. A cela s’ajoute le comportement des pays les plus impliqués dans le conflit – tels que l’Iran, la Russie et les pays du Golfe – dont l’enthousiasme à soutenir l’effort de guerre ne se traduit pas par un effort humanitaire d’une ampleur similaire. L’Europe, qui a toutes les raisons de craindre de voir s’échouer sur ses côtes des Syriens fuyant la violence et la pauvreté, fait preuve d’un grand manque d’imagination pour aider ces derniers avant qu’ils ne quittent leur pays.

Le besoin d’aide extérieure se fait d’autant plus pressant que les parties, qui affirmaient pourtant se battre pour le bien de la population, n’ont en réalité que trop peu fait pour celle-ci. C’est particulièrement vrai pour le régime qui, bien que revendiquant la souveraineté de l’Etat et son intégrité territoriale, a renoncé à la quasi-totalité de ses responsabilités étatiques. Il se concentre principalement sur la lutte pour sa survie et traite d’immenses franges de la population comme si elles constituaient un ennemi à détruire à tout prix et non des citoyens. La rébellion en exil a, pour sa part, complètement ignoré l’urgence de fournir de l’aide et des services de base aux citoyens – dont ils se réclament pourtant les futurs dirigeants – qui vivent dans les zones dites libérées. La conséquence en est la détérioration de la cohésion sociale et l'affaiblissement des activistes ainsi que la radicalisation des groupes rebelles armés, qui se préoccupent davantage de leurs gains personnels que de la redistribution au reste de la population.

Tout ceci doit cesser. Si, comme l’affirment certains, le climat politique et diplomatique a suffisamment changé pour permettre des compromis, le premier indice d’une telle évolution doit être un progrès rapide et tangible sur le plan humanitaire.

La priorité doit être l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution appelant toutes les parties à garantir un accès inconditionnel à l’aide humanitaire, y compris pour les opérations transfrontalières dès lors que la situation ne permet pas de le faire à l’intérieur des frontières syriennes. La résolution doit comprendre la mise en place d’un organe de surveillance pour identifier et (idéalement) punir les parties qui ont recours à la famine comme arme de guerre ou qui entravent, volent ou détournent l’aide humanitaire.

Il faudrait certes faire davantage.  Mais il est grand temps qu’une telle mesure soit adoptée.  Cela exige simplement que le Conseil de sécurité montre la même cohésion que lorsqu’il a été question des armes chimiques syriennes. Et, notamment, que la Russie soit prête à traduire dans les actes sa préoccupation maintes fois proclamée pour le bien être de la population syrienne.

Bruxelles

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