icon caret Arrow Down Arrow Left Arrow Right Arrow Up Line Camera icon set icon set Ellipsis icon set Facebook Favorite Globe Hamburger List Mail Map Marker Map Microphone Minus PDF Play Print RSS Search Share Trash Crisiswatch Alerts and Trends Box - 1080/761 Copy Twitter Video Camera  copyview Youtube
Soulèvements populaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (IV) : La voie tunisienne
Soulèvements populaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (IV) : La voie tunisienne
Tunisie : 2019, année charnière ?
Tunisie : 2019, année charnière ?

Soulèvements populaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (IV) : La voie tunisienne

Alors que la Tunisie continue sa transition démocratique, elle aura besoin de composer entre la demande d’un changement politique radical et l’exigence de stabilité ; d’intégrer l’islamisme dans ce nouveau paysage ; et, avec l’aide internationale, de s’attaquer à de profonds problèmes socio-économiques.

  • Share
  • Save
  • Print
  • Download PDF Full Report

La Tunisie est le pays où tout a commencé. C’est également le pays où la transition démocratique présente aujourd’hui les plus fortes chances de succès. Les raisons en sont multiples, mais la plus significative réside dans l’ac­tivisme politique et la mobilisation sociale qui ont marqué l’histoire contemporaine du pays et que des décennies de répression n’ont pu mettre à mal. Cette tradition aura fortement aidé la nation pendant le soulèvement, lors duquel travailleurs, sans-emplois, avocats et membres de la classe moyenne conjuguèrent leurs forces en un vaste mouvement. Elle devra à nouveau être mise à contribution alors que la Tunisie affronte des défis majeurs : comment satisfaire à la fois l’envie d’un changement profond et l’impé­ratif de stabilité ; comment intégrer l’islamisme dans le nouveau cadre politique ; et comment remédier aux immenses problèmes socio-économiques qui furent à l’origine de la révolution politique mais qu’en elle-même cette révolution est incapable de résoudre.

Avec le recul, la Tunisie possédait tous les ingrédients requis pour un soulèvement. N’eut égard au soi-disant miracle économique, des franges entières du pays étaient systématiquement ignorées par le régime. Le taux de chômage grimpait, surtout parmi les jeunes et les diplômés. Le sentiment de détresse provoqué par de telles disparités sociales, générationnelles et géographiques trouva son expression dans l’immolation, le 17 décembre 2010, d’un jeune chômeur diplômé originaire d’une petite ville. Son suicide devint très vite le symbole d’un malaise bien plus étendu. Après sa mort, un nombre important de jeunes se sont mis à manifester dans le sud et le centre du pays, réclamant du travail, des perspectives sociales et de meilleures infrastructures dans le domaine de l’éducation comme de la santé.

Le soulèvement se propagea géographiquement et politiquement. Les syndicats jouèrent un rôle crucial. D’abord hésitante, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) prit bientôt la tête du mouvement. Bousculée par ses branches locales plus militantes et craignant de perdre le soutien de sa base, l’UGTT mobilisa un nombre toujours plus important d’activistes dans un nombre croissant de villes, Tunis y compris. Les chaînes de télévision satellite et les formes modernes de communication – tels Facebook et Twitter – ont pu répandre le mouvement à la jeunesse des classes moyennes et de l’élite. Au même moment, la violence utilisée contre les manifestants a permis de faire le lien entre revendications sociales et demandes politiques. L’image que projetait le régime de lui-même étant celui d’une répression policière aveugle, c’est logiquement ainsi que les manifestants le percevaient. Rien n’aura davantage contribué à solidariser le peuple avec le soulèvement que la manière dont Ben Ali a choisi de la mater.

Le régime quant à lui aura vu ses bases de soutien rétrécir de façon dramatique. A son heure fatidique, le président Zine el-Abidine Ben Ali se trouva pratiquement seul. Avec le temps, ce qui fut un jour un Etat se confondant à un parti devint quasiment la propriété privée du président et de sa famille. Les ressources économiques autrefois partagées parmi les membres de l’élite furent de plus en plus monopolisées par Ben Ali et son épouse, Leïla Trabelsi ; le secteur privé en paya le prix cher. Le parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), n’offrait plus d’avantages à ses membres ; fait significatif, il fut incapable d’organiser la moindre manifestation en faveur du régime malgré de nombreux appels à cet effet provenant de l’entourage du président. De même, l’armée aura souffert sous Ben Ali qui ne lui faisait guère confiance ; en retour, les militaires faisaient preuve de loyauté envers l’Etat non envers le régime. Même les services de sécurité ne bénéficiaient guère du soutien de Ben Ali, à l’exception de la garde présidentielle dont le traitement de faveur ne faisait qu’attiser le ressentiment des autres.

Le soulèvement fut marqué par ces dynamiques contrastées qui ont simultanément renforcé le soutien à la révolution et multiplié les défections vis-à-vis du régime : ressentiment populaire, mobilisation d’une jeunesse faisant usage de moyens de communication modernes, implication des forces politiques et des syndicats, et un pouvoir affaibli qui s’était coupé de ses soutiens traditionnels. A chaque étape, la réponse du régime – de l’usage de la force létale aux réactions tardives et déconnectées de Ben Ali – a permis de transformer ce qui fut au départ un mouvement populaire plus ou moins spontané et localisé en une révolution nationale décisive.

Lorsque Ben Ali prend la fuite le 14 janvier, rien n’est encore joué. Le pays fait face à trois défis fondamentaux. Depuis, il a réalisé d’importants progrès concernant le premier, a pris un départ encourageant pour le second, alors que tout reste à faire pour le dernier.

Premier chantier : mettre en place des institutions transitionnelles capables de rassurer ceux qu’inquiète un possible retour en arrière et d’apaiser ceux qu’effraie la perspective du chaos. La route fut semée d’obstacles. Aux yeux de beaucoup, le premier gouvernement post-Ben Ali était une copie conforme de celui qui le précédait, avec des revenants du RCD, y compris des membres de l’ancienne équipe au pouvoir. L’opposition répliqua en créant un conseil qui prétendait incarner la légitimité révolutionnaire. Après un bras-de-fer et plusieurs faux départs, un équilibre institutionnel plus ou moins consensuel semble avoir été trouvé. Les ministres controversés ne font plus partie du gouvernement et la commission chargée de la transition a été élargie pour faire place à de nombreux représentants du monde politique et de la société civile. Les élections pour une assemblée constituante – une demande clé des manifestants – devraient avoir lieu en juillet.

L’expérience tunisienne comporte de nombreuses leçons. Les dirigeants qui au départ succédèrent à Ben Ali auront souffert de n’avoir ni élargi le cadre de leur consultation ni clairement communiqué leur politique ; en faisant preuve de souplesse et en se montrant à l’écoute des demandes populaires, leurs propres successeurs ont pu par la suite éviter au pays une crise politique majeure.

Second impératif : intégrer les islamistes dans un champ politique remanié. La Tunisie aborde ce problème avec des atouts non négligeables. An-Nahda, principale formation islamiste du pays, se distingue en effet de nombreux de ses homologues arabes par son pragmatisme, ses contacts avec d’autres forces politiques et sa perspective intellectuelle sophistiquée. De même, certains partis laïques ont cherché, au fil des ans, à bâtir des ponts avec le mouvement. An-Nahda s’est montré discret pendant le soulèvement et, depuis la révolution, a cherché à rassurer. Mais la méfiance réciproque demeure. Les organisations féministes en particulier doutent de la sincérité du mouvement et craignent pour les droits des femmes. Quant aux islamistes, ils vivent toujours avec la mémoire de la répression brutale des années 1990 lorsqu’An-Nahda fut systématiquement écrasé par le régime de Ben Ali.

Le troisième défi est également le plus urgent : s’atteler aux profonds griefs socio-économiques. Pour les nombreux citoyens qui sont descendus dans les rues, le désespoir matériel était un facteur décisif. Bien sûr, ils réclamaient également la liberté et les droits démocratiques, et ils ont toutes les raisons de se réjouir des progrès qui ont été réalisés dans ces domaines. Mais la victoire politique qu’ils ont obtenue aura peu fait pour changer les conditions qui furent aux origines de la révolte. Au contraire : la révolution a ravagé la saison touristique ; l’instabilité régionale a fait grimper le prix de l’essence ; l’incertitude a ralenti l’investissement étranger ; et, plus récemment, le conflit libyen a provoqué un afflux de réfugiés.

Une conjoncture économique difficile s’est ainsi aggravée. En l’absence d’initiatives internes fortes et d’une généreuse contribution internationale, on peut s’attendre à de nouvelles émeutes sociales conjuguées à une forte impression d’inégalités régionales et un sentiment de dissociation politique entre le nord et les régions du sud et du centre.

Pourtant, en dépit de ces défis, la Tunisie demeure pour l’instant un objet d’espérance plutôt que de craintes. Ce n’est ni l’armée ni un groupe de politiciens qui mènent la transition mais plutôt un mélange hétérogène d’institu­tions, de forces politiques, de syndicats et d’associations qui cherchent, par la voie du dialogue et des négociations, un compromis. Pour la région et le reste du monde, c’est là une raison suffisante de continuer à prêter attention à la Tunisie et de l’aider à poursuivre son chemin.

Tunis/Bruxelles, 28 avril 2011

Tunisie : 2019, année charnière ?

Divisions within Tunisia’s political leadership are preventing the government from addressing the country’s political and socio-economic challenges. In this excerpt from our Watch List 2019 for European policymakers, Crisis Group urges the EU to support measures that will prevent further polarisation.

En Tunisie, la transition politique bat de l’aile. L’espoir de voir les dirigeants, à la suite du soulèvement de 2010-2011, relever les multiples défis politiques et socioéconomiques du pays commence à être déçu. L’économie est en plein marasme et la classe politique est de plus en plus divisée entre islamistes et non-islamistes qui se disputent le contrôle des ressources de l’Etat. Ce cumul de problèmes provoque une crise de confiance généralisée envers l’élite politique, et il y a lieu de craindre que le processus démocratique post-2011 subisse un revers avant les élections présidentielle et parlementaires de la fin de l’année.

En tant que principal partenaire commercial de la Tunisie, et dans le cadre de sa politique européenne de voisinage, l’UE devrait :

  • poursuivre son assistance macrofinancière malgré la lenteur du gouvernement à mettre en œuvre les réformes nécessaires (réforme des retraites, réduction de la masse salariale du secteur public, amélioration du climat des affaires et de la transparence budgétaire, entre autres) ;
     
  • encourager le gouvernement à donner la priorité aux réformes de l’administration publique, à introduire plus de transparence dans les nominations et les transferts dans le secteur public et à établir des règles claires concernant les relations avec les hauts fonctionnaires de l’administration – autant de mesures qui peuvent aider à prévenir une polarisation accrue entre islamistes et anti-islamistes ;
     
  • encourager le parlement à parvenir à un accord sur la création d’une Cour constitutionnelle politiquement diversifiée de manière à garantir son indépendance ;
     
  • résister aux tentatives de restauration d’un régime autoritaire, par exemple en subordonnant la poursuite du soutien financier à la Tunisie au respect de la Constitution par les pouvoirs législatif et exécutif.
     

Une économie mal en point et une polarisation au sommet

L’économie bat de l’aile. Le dinar tunisien s’est déprécié de plus de 40 pour cent par rapport à l’euro depuis 2016, réduisant le pouvoir d’achat de la population, tandis que l’inflation s’élève à 8 pour cent par an. Par conséquent, le coût de la vie a augmenté de plus de 30 pour cent depuis 2016, ce qui a conduit les ménages à s’endetter. Les disparités régionales s’accentuent et le chômage reste élevé. Ces facteurs combinés ont accéléré à la fois la fuite des cerveaux et des capitaux.

Ces problèmes économiques surviennent dans un contexte de vives tensions entre le président Béji Caïd Essebsi et le Premier ministre Youssef Chahed, tensions qui n’ont cessé de croitre au cours des deux dernières années. Leur rivalité a mis au jour un vieux clivage entre islamistes (principalement le parti An-Nahda) et anti-islamistes (représentés par Nida Tounes, le parti du président), avec Chahed, issu de Nida Tounes, s’appuyant sur la domination parlementaire du bloc islamiste pour conserver son poste.

An-Nahda fait partie de gouvernements de coalition depuis 2011, mais à partir de 2016, lorsque Chahed a pris la tête d’un gouvernement d’union nationale, le parti a tout fait pour renforcer son pouvoir en plaçant un nombre croissant de ses partisans à des postes à responsabilité dans l’administration publique, les entreprises étatiques et les bureaux et agences gouvernementaux dans la capitale et les provinces. Il influence ainsi à son avantage la composition des réseaux clientélistes qui contrôlent les ressources de l’Etat et l’accès au crédit, les monopoles privés et les oligopoles. Avec le temps, cela réduira inévitablement la prédominance économique du Nord côtier de la Tunisie sur l’arrière-pays méridional.

An-Nahda a fait des bons scores lors des élections locales de mai 2018, y compris dans les grandes villes. Il a remporté 28 pour cent des sièges dans les conseils municipaux (contre 20 pour cent pour Nida Tounes). Le mois suivant, il s’est installé à la tête de 36 pour cent des municipalités (contre 22 pour cent pour Nida Tounes). Cette victoire relative a renforcé le poids politique du parti, modifié l’équilibre du pouvoir par rapport à son principal adversaire et remis en cause l’accord tacite entre islamistes et anti-islamistes en vigueur depuis les élections législatives et présidentielle de 2014. Par cet accord tacite, An-Nahda avait accepté de renoncer à une partie du pouvoir que son poids électoral lui conférait, avec seulement trois ministères, dont aucun régalien ; le parti avait également accepté de ne pas interférer avec les réseaux clientélistes établis, par exemple en plaçant ses partisans à des postes de direction.

Sa démonstration de force dans les urnes a déclenché une réaction de la part d’une coalition mal définie de hauts responsables gouvernementaux, d’associations professionnelles et de syndicats, ainsi que d’activistes d’extrême-gauche et de nationalistes arabes. Ils ont commencé à faire pression sur les ministères de l’Intérieur et de la Justice pour qu’ils répertorient le parti islamiste comme organisation terroriste, et sur les tribunaux militaires pour qu’ils le dissolvent et emprisonnent certains de ses dirigeants. Ils se sont aussi tournés vers l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis (EAU) dans l’espoir d’obtenir leur soutien contre An-Nahda, dont le dirigeant, Rached Ghannouchi, est une figure intellectuelle de premier plan parmi les Frères musulmans de la région, leur ennemi juré. La réapparition de ce clivage ramène sur la scène politique tunisienne le bras de fer qui domine le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord depuis 2013 – entre la Turquie et le Qatar, représentant le bloc islamiste, d’un côté, et l’Egypte, l’Arabie saoudite et les EAU, de l’autre.

L’intensification de la lutte pour les ressources creuserait encore davantage le fossé entre les islamistes et les anti-islamistes. En outre, cela aggraverait considérablement les tensions politiques et sociales à l’approche des élections législatives et présidentielle prévues plus tard cette année, qui pourraient s’avérer décisives pour l’orientation politique et économique du pays pour les dix ans à venir. En raison d’une scission dans le camp laïque, de la popularité persistante d’An-Nahda auprès de larges sections de la population et de sa domination des institutions gouvernementales, le parti reste le mieux placé pour remporter au moins les élections parlementaires. Mais même si ce scénario devait se confirmer, le pouvoir des islamistes pourrait être limité. An-Nahda devra bricoler une coalition gouvernementale et, idéalement, être prêt à renoncer une fois de plus à des ministères clés et à maintenir son accord tacite avec les anti-islamistes. Son influence serait encore plus restreinte s’il présentait un candidat à l’élection présidentielle et s’inclinait.

Toutefois, d’autres scénarios sont possibles. Si les tensions culminent avant les élections, la violence pourrait entraver le processus électoral. Le président pourrait être enclin à déclarer l’état d’urgence, comme le prévoit la Constitution, mais sans contrôles constitutionnels additionnels, cela pourrait remettre la Tunisie sur la voie de l’autocratie. Pour cette raison, il est essentiel que le parlement établisse une Cour constitutionnelle, qui statuerait sur le prolongement de l’état d’urgence trente jours après son entrée en vigueur. La composition politique de cette instance devrait être diversifiée. L’absence d’une Cour constitutionnelle risque en effet, si ce scénario se confirme, de mettre la Tunisie dans une situation délicate.

Eviter un dérapage : le rôle de l’UE

L’UE est le principal partenaire commercial de la Tunisie et lui a fourni un soutien financier important (entre 2011 et 2017, l’aide de l’UE à la Tunisie s’est élevée à 2,4 milliards d’euros en subventions et assistance macrofinancière). Elle a tout intérêt à protéger la stabilité de la Tunisie, pour consolider l’une des seules – sinon la seule – réussites des soulèvements arabes, atténuer l’attrait qu’exerce le jihadisme sur les Tunisiens et limiter la migration illégale en Europe. Malgré le rythme décevant des réformes économiques et politiques (réforme des retraites, réduction de la masse salariale du secteur public, amélioration du climat des affaires, transparence fiscale accrue, avancement des négociations sur l’accord de libre-échange complet et approfondi, création de la Cour constitutionnelle et remplacement de quatre membres de la Haute autorité électorale indépendante afin que cette instance puisse progresser dans l’organisation des élections législatives et présidentielle de fin 2019), l’UE devrait continuer à apporter son soutien macroéconomique pour éviter que la situation ne se détériore davantage.

En outre, elle devrait encourager le gouvernement à donner la priorité à la réforme de l’administration publique, à améliorer la transparence des nominations et des transferts dans le secteur public, et à établir des règles claires régissant ses relations avec les hauts fonctionnaires de l’administration – autant de mesures qui peuvent aider à éviter une polarisation accrue entre islamistes et anti-islamistes en réduisant le rôle des réseaux clientélistes partisans. Elle devrait également encourager les partis politiques à trouver un accord au parlement sur la composition de la Cour constitutionnelle, ce qui permettrait sa mise en place. Elle devrait enfin faire usage de son influence pour contrebalancer tout effort intérieur ou extérieur visant à rétablir un régime autoritaire en subordonnant la poursuite du soutien financier à la Tunisie au respect de la Constitution par les pouvoirs législatif et exécutif.

An intensifying struggle over resources would further deepen the rift between Islamists and anti-Islamists.

In May 2018, An-Nahda made headway in local elections. It won 28 per cent of municipal council seats (against 20 per cent for Nida Tounes), including in all the main cities. The next month, it took charge of the administration in 36 per cent of all municipalities (compared with 22 per cent for Nida Tounes). This partial victory boosted the party’s political weight, altered the balance of power vis-à-vis its principal opponent, and raised a question mark over the tacit agreement between Islamists and anti-Islamists in place since the 2014 parliamentary and presidential elections. By this unwritten agreement, An-Nahda had accepted less power than its electoral weight would suggest it should have, with just three ministries, none a major one; it had also agreed not to interfere with the established patronage networks, for example by placing its backers in senior executive positions.

Its electoral show of strength triggered a response from an inchoate coalition of senior figures in government, business and professional associations and trade unions, as well as far-left activists and Arab nationalists. They started to pressure the interior and justice ministries to classify the Islamist party as a terrorist organisation, and on the military courts to dissolve it and imprison some of its leaders. They also began reaching out to Saudi Arabia and the United Arab Emirates (UAE) in hopes of soliciting these two countries’ support against An-Nahda, whose leader, Rached Ghannouchi, is a leading intellectual figure among the regionwide Muslim Brotherhood, their staunch enemy. The resurfacing of this rift invites a return to Tunisian politics of political competition that has dominated the Middle East and North Africa region since 2013 – between Turkey and Qatar, representing the Islamist bloc, on one side, and Egypt, Saudi Arabia and the UAE, on the other.

An intensifying struggle over resources would further deepen the rift between Islamists and anti-Islamists. It also would significantly heighten political and social tensions ahead of parliamentary and presidential elections later this year, which could well prove decisive in shaping the country’s political and economic complexion for the next decade. Because of a split in the secularist camp, An-Nahda’s enduring popularity among large sectors of the population and its dominance of governing institutions, the party remains the favourite to win at least the parliamentary elections. Even were this scenario to pass, the Islamists’ power could be circumscribed. It will need to cobble together a governing coalition, and optimally will be willing once again to forgo key ministries and maintain its tacit agreement with the anti-Islamists. An-Nahda’s influence would be further curbed were it to put up a presidential candidate and loose.

However, other scenarios are possible. If tensions come to a head before the elections, violence could get in the way of the electoral process. This could prompt the president to declare a state of emergency, as provided for under the constitution, but without additional constitutional checks, this could put Tunisia back on the path of autocratic rule. For this reason, it is critical that the parliament establish a Constitutional Court, which would adjudicate whether the state of emergency can be extended thirty days after its entry into force. The court should have a politically diverse composition that might help to prevent it from endorsing such a move. Indeed, under this scenario, the absence of a Constitutional Court could plunge Tunisia into dangerous waters.

An EU Role in Preventing a Dangerous Backsliding

The EU is Tunisia’s main trading partner and has provided important financial support to the country (between 2011 and 2017, EU assistance to Tunisia amounted to € 2.4 billion in grants and macro-financial assistance). It has a clear interest in protecting Tunisia’s stability, to fortify one of the only – if not the only – success story to emanate from the Arab uprisings, dampen the appeal of jihadism to Tunisians, and limit illegal migration to Europe. It follows that, despite the disappointing pace of economic and political reforms (pension reform, reducing the public-sector payroll, improving the business climate, greater fiscal transparency, advancing negotiations about the Deep and Comprehensive Free Trade Agreement, creating the Constitutional Court and replacing four members of the Independent High Authority for Elections so that this body can move forward with organising the legislative and presidential elections of late 2019), the EU should continue to provide macro-economic support to prevent the situation from deteriorating even further.

In addition, it should encourage the government to prioritise public-administration reform, render public-sector appointments and transfers more transparent, and introduce clear rules governing its relations with senior administrative officials – all steps that, by reducing the role of partisan patronage would help prevent further polarisation between Islamists and anti-Islamists. It should also encourage political parties to reach agreement in parliament about the composition of the Constitutional Court, thus enabling its establishment. And it should use its influence to counterbalance any domestic or externally-inspired effort to restore an authoritarian regime by making continued financial support to Tunisia conditional on the legislative and executive branches’ respect for the constitution.