Construire la paix en Haïti : inclure les Haïtiens de l'étranger
Construire la paix en Haïti : inclure les Haïtiens de l'étranger
Table of Contents
  1. Executive Summary
Report 24 / Latin America & Caribbean

Construire la paix en Haïti : inclure les Haïtiens de l'étranger

  • Share
  • Save
  • Print
  • Download PDF Full Report

Synthèse

La mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) ne va pas y rester pour toujours et, en tout état de cause, on ne peut lui demander de trouver des solutions à tous les multiples et profonds problèmes que connaît Haïti. L’absence de personnel qualifié, le manque de ressources financières et une gestion peu efficace à tous les niveaux de gouvernement ralentissent la mise en œuvre des réformes structurelles et des programmes socio-économiques dans le pays. Avant que le pouvoir ne passe des mains du président René Préval à celles de son successeur à l’issue des élections de 2011 – date probable d’expiration du mandat de la MINUSTAH – Haïti devra renforcer ses institutions. À défaut, la polarisation politique autour des clivages traditionnels réapparaîtra, et avec elle, les risques de conflit. Former des fonctionnaires et augmenter leurs salaires sera un bon début mais il faudra faire davantage pour satisfaire aux demandes de progrès qu’exigent les Haïtiens. L’inclusion dans la destinée du pays des quelque trois millions d’Haïtiens qui vivent à l’étranger, à condition qu’elle se fasse dans le cadre d’une initiative d’envergure s’inscrivant dans la durée, pourrait permettre de dépasser l’historique sentiment de méfiance que les Haïtiens nourrissent à l’égard de l’extérieur, d’avoir accès à une classe moyenne qui fait défaut en Haïti et d’aider ce pays à échapper à son statut d’État fragile.

La plupart des Haïtiens de l’étranger vivent aux États-Unis et au Canada. Les transferts de fonds qu’ils effectuent à destination de leurs familles en Haïti ont atteint 1,65 milliard de dollars en 2006, soit 35 pour cent du produit intérieur brut (PIB). Ce soutien direct aux revenus des familles ne devrait pas limiter la volonté de l’État de mettre en place le financement durable de services publics élémentaires. Au contraire, l’impact de ces transferts devrait être maximisé par un meilleur accès au crédit et aux services financiers et par une meilleure éducation à leur usage. D’autres ressources, notamment l’épargne, devraient également être mobilisées dans le cadre de programmes incitatifs, via les associations de villes d’origine (AVO), les organisations professionnelles et des fonds d’investissement de la diaspora. Le gouvernement haïtien devrait en outre faciliter une meilleure coordination et encourager des partenariats afin de réorienter ces fonds vers des initiatives de développement local, départemental et national.

Les membres de la diaspora sont les premiers consommateurs et investisseurs dans le tourisme, les petites entreprises et le secteur minier haïtiens mais ils préfèrent passer par des canaux informels en attendant l’amélioration de la situation sécuritaire et du climat d’investissement et de pouvoir faire une plus grande confiance au gouvernement. Dans le même temps, ils prennent conscience de leur pouvoir potentiel, d’une part en tant que groupes de pression dans leur pays d’accueil, et d’autre part en tant que réseaux transnationaux et acteurs politiques en Haïti. La contribution économique qu’ils apportent à leur pays devrait se traduire dans le système politique par l’octroi de la double nationalité et par la représentation de la diaspora au sein du parlement. Il faudra pour ce faire modifier la constitution, voire en changer, avant les élections de 2011 en prenant soin de mener au préalable des consultations et des négociations à grande échelle. Il faudra également prendre des mesures pour faciliter le vote dans les consulats haïtiens des nationaux résidant à l’étranger.

La diaspora est prête à aider Haïti mais elle a besoin pour cela de l’assistance du gouvernement pour éliminer les barrières formelles et informelles qui limitent encore son plein engagement. L’inversion de la fuite des cerveaux ramènerait au pays plusieurs centaines de professionnels qualifiés et élargirait grandement les capacités de gestion de la nation. Mais pour tirer le meilleur parti de ces opportunités, le gouvernement doit expliquer clairement aux secteurs clés de la société et au public en général le bien-fondé d’une politique d’encouragement au retour. Le président Préval devrait personnellement lancer une politique décennale d’inclusion de la diaspora avec le soutien de la communauté internationale. Une stratégie élaborée en collaboration avec la diaspora, le parlement et la société civile, qui se donnerait des objectifs spécifiques et serait parfaitement consciente des risques que pourrait comporter une forte implication de la diaspora aidera à préparer une transition pacifique à la fin de son mandat.

Port-au-Prince/Bruxelles, 14 décembre 2007

Executive Summary

The UN mission in Haiti (MINUSTAH) will not stay forever and, in any case, cannot be made responsible for solving Haiti’s manifold and deep-seated problems. The absence of adequate professional staff, sufficient financial resources and efficient management at all levels of government has delayed structural reforms and economic and social programs. The country needs institutional strengthening prior to its transition from President René Préval to his successor after the elections in 2011 – also the likely outside limit for MINUSTAH’s mandate. Otherwise, political polarisation along traditional cleavages will reappear, as will the risk of conflict. Training civil servants and increasing their salaries are important but insufficient to produce the advances Haitians are demanding. A serious and sustained initiative to include three million Haitians living abroad could overcome historic nationalistic mistrust of outsiders, bring a missing middle class within reach and help Haiti escape its “fragile state” status.

Most Haitians abroad live in the U.S. and Canada. Their remittances to family in Haiti reached an estimated $1.65 billion in 2006 and now account for 35 per cent of gross domestic product (GDP). This direct subsidy to family incomes should not lessen the state’s willingness to develop sustainable financing for basic public services. Instead, its impact should be maximised through better access to credit and finance, and greater remittances literacy. Savings and other resources should also be leveraged through incentives programs, hometown associations (HTAs), professional organisations and diaspora investment funds. The Haitian government should facilitate greater coordination and partnerships to redirect some funds to local, departmental and national development initiatives.

Members of the diaspora are Haiti’s first customers and investors in tourism, small business and mining but they prefer to conduct business informally, waiting for more security, greater confidence in the government and an improved investment climate. At the same time, they are becoming aware of their potential power as lobbies in their host countries and as transnational networks and actors in Haitian politics. Their economic contribution should be reflected in the political system by allowing dual citizenship and diaspora representation in parliament. These changes will require, after broad consultations and negotiations, at least constitutional amendment and possibly a new constitution before the 2011 elections. Measures to facilitate voting in Haitian consulates are also needed.

The diaspora is ready to help but it needs government assistance to remove formal and informal barriers to expanded engagement. A reverse brain drain would bring several hundred skilled and professional expatriates back and greatly expand the nation’s management capacity. Yet to realise those benefits the government must clearly communicate to key sectors and the public the reasons for encouraging returns. President Préval should personally launch a ten-year diaspora policy with full international support. A plan designed in collaboration with the diaspora, parliament and civil society that targets specific objectives and transparently addresses the downside risks of expanded diaspora involvement will help pave the way for a smooth transition at the end of his term.

Port-au-Prince/Brussels, 14 December 2007

Subscribe to Crisis Group’s Email Updates

Receive the best source of conflict analysis right in your inbox.