Ce mirage qui nous tient lieu de stratégie
Ce mirage qui nous tient lieu de stratégie

Ce mirage qui nous tient lieu de stratégie

Il faut tirer les leçons de Gaza

Les combats sanglants à Gaza, le coup de force du Hamas et la chute du gouvernement d'union nationale sonnent comme autant d'échecs calamiteux pour le mouvement palestinien. La responsabilité plus lourde en incombe au Fatah - incapable d'admettre la fin de son règne - comme au Hamas - incapable de reconnaître les limites du sien. Mais il serait indécent de passer sous silence le rôle joué par la communauté internationale, en premier lieu les Etats-Unis et l'Union européenne. Dès la victoire de l'organisation islamiste, tout aura été fait pour raccourcir son mandat. Sanctions, quarantaine diplomatique, soutien politique et militaire au Fatah : rien n'aura été épargné pour empêcher le Hamas de gouverner, et rien de sérieux n'aura été tenté pour le modérer. Même après les accords de La Mecque - occasion pourtant unique de stabiliser l'arène palestinienne -, il n'y a eu aucune tentative de discuter avec le Hamas. Tout cela a eu pour effet de convaincre la frange militante du Fatah que son retour au pouvoir était imminent et de persuader la frange militante du Hamas qu'il fallait agir vite, avant le renforcement de ses adversaires. La guerre civile est avant tout affaire palestinienne. Mais avec un sérieux coup de pouce du dehors.

On connaît hélas les résultats. Affaiblissement de l'aile politique du Hamas, reprise des violences interpalestiniennes et israélo-palestiniennes, démembrement des institutions palestiniennes, appauvrissement de la population et panne sèche du processus de paix. Et pourtant, à peine remis des effets des ses précédentes illusions, voilà que Washington et l'Europe s'en inventent de nouvelles. On continuera, bien sûr, à boycotter le Hamas. Mais désormais c'est la Cisjordanie qui retiendra toute l'attention et bénéficiera de toute l'aide internationale, y compris de concessions israéliennes, dans le but avoué d'opposer au crépuscule de Gaza l'aurore de la Cisjordanie.

Le mirage qui tient lieu de stratégie présuppose que le Fatah contrôle la Cisjordanie de façon cohérente et qu'Israël sera donc disposé à y alléger son dispositif militaire. Il n'en est rien. De multiples groupes armés sillonnent la Cisjordanie, et le Fatah lui-même est divisé en d'innombrables factions sans direction, structure ou programme communs, responsables de la plupart des violences anti-israéliennes de ces dernier mois. S'il se sent à nouveau étranglé, il ne sera que trop facile au Hamas ou à d'autres de lancer des attaques contre Israël et donc de réduire à néant tout espoir de progrès. Et puis le président Abbas, pas plus qu'aucun dirigeant palestinien, ne peut se permettre d'ignorer Gaza et de privilégier la Cisjordanie sans risquer de perdre toute crédibilité nationale.

Dans son empressement à exacerber les divisions entre Fatah et Hamas et entre Gaza et la Cisjordanie, l'Occident sacrifie de nouveau la sagesse aux expédients. Aider Abbas, améliorer les conditions de vie en Cisjordanie et reprendre les négociations avec Israël, trois fois oui et le plus tôt sera le mieux. Mais la leçon de ces dix-sept derniers mois est limpide : sans union palestinienne, sans leadership légitime, il ne peut y avoir ni sécurité ni stabilité, encore moins un processus de paix crédible.

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