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Cameroon: The Threat of Religious Radicalism
Cameroon: The Threat of Religious Radicalism
Table of Contents
  1. Executive Summary
Cameroun : au-delà de Boko Haram, la menace insidieuse du radicalisme religieux En savoir plus
Cameroun : au-delà de Boko Haram, la menace insidieuse du radicalisme religieux En savoir plus
A Cameroonian farmer stands near the mosque where he was praying when Boko Haram militants stormed the town of Fotokol, in northern Cameroon, on 17 February 2015. REUTERS/Bate Felix Tabi Tabe
Report 229 / Africa

Cameroon: The Threat of Religious Radicalism

​Religious intolerance is a growing but seriously underestimated risk in Cameroon, both between and inside the major faiths. To halt the spread of violent extremism in the country, Cameroon needs to bring all sects into a new social compact and within the bounds of a charter for religious tolerance.

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Executive Summary

In Cameroon, the rise of Christian revivalist (born again) and Muslim fundamentalist movements is rapidly changing the religious landscape and paving the way for religious intolerance. Fundamentalist groups’ emergence, combined with communal tensions, creates a specific risk in the North and increases competition for leadership of the Muslim community: such competition has already led to local conflicts. Moreover, the various religious groups have negative perceptions of each other. The state and the mainstream religious organisations’ response to the emerging radicalism is limited to the Boko Haram threat and therefore inadequate, and in some cases carries risk. A coherent and comprehensive response has to be implemented by the government and religious organisations to preserve religious tolerance and to avoid the kind of religious violence seen in neighbouring Nigeria and the Central African Republic.

Unlike these two countries, Cameroon has never experienced significant sectarian violence. However, the emergence of radical religious groups risks destabilising its climate of religious tolerance. Traditional Sufi Islam is increasingly challenged by the rise of more rigorist Islamic ideology, mostly Wahhabism. The current transformation is mainly promoted by young Cameroonian Muslims from the South, whereas the Sufi Islam of the North, dominated by the Fulani, seems on the decline. These southern youths speak Arabic, are often educated in Sudan and the Gulf countries, and are opposed both to Fulani control of the Muslim community and to the ageing religious establishment. Disagreements between Sufi leaders, traditional spiritual leaders and these newcomers are not only theological: the conflict between “ancients” and “moderns” is also a matter of economic and political influence within the Muslim community.

These changes have divided Muslim communities and already degenerated into localised clashes between Islamic groups. Fundamentalist groups’ growth in the North, combined with local communal tensions, is a potential source of conflict. In the South, the competition between Sufi members and Wahhabi-inspired groups over leadership of the Muslim community will increase and could lead to localised violence.

Within Christian communities, the rise of Revivalist Churches has ended the monopoly of Catholic and Protestant Churches. Most Revivalist Churches have no legal status and are poorly-regarded by Catholics. Born again pastors often preach religious intolerance, stay away from interreligious dialogue and are kept out of official religious spheres, although they mostly support the regime.

In the face of these new forms of religious intolerance, interreligious dialogue initiatives are weak, dispersed and only reach a small fraction of the population. Yet, the religious changes are not perceived as problematic by Cameroonian political and religious authorities. They underestimate their conflict potential as their attention is focused only on Boko Haram. It was only after Boko Haram launched attacks in the Far North that the government launched awareness initiatives, but they were late and ineffective, as seen in the harassment and stigmatisation of Kanuri populations from border villages, as well as arrests and arbitrary detentions by the security forces. The religious developments are worrying in the present regional environment as both Central African Republic and Nigeria are experiencing conflicts with religious dimensions, and the consequences are having impact on Cameroon.

The struggle against the threat of religious radicalism in Cameroon requires a coherent and comprehensive strategy including a better understanding of the current religious changes, support for a charter on religious tolerance, the creation of representative bodies for the Muslim communities and Revivalist Churches, and the economic and social development of fragile regions. More immediately, the government must improve its monitoring of fundamental proselytisation, support interreligious dialogue and improve communities’ awareness of the dangers of radicalism.

Op-Ed / Africa

Cameroun : au-delà de Boko Haram, la menace insidieuse du radicalisme religieux En savoir plus

Originally published in Le Monde

L’image de havre de paix dans une région en proie aux conflits dont bénéficiait le Cameroun a volé en éclats depuis l’irruption de Boko Haram en 2013 au nord du pays. Ce mouvement, devenu l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest en mars 2015, revendique son affiliation à Daech. Néanmoins, l’apparition brutale et sanglante de ce djihadisme africain est moins liée à l’essor de Daech en Irak et en Syrie qu’aux bouleversements du paysage religieux de l’Afrique en général et du Cameroun en particulier.

L’islam traditionnel soufi recule sous la pression d’un islam rigoriste dont la forme la plus répandue est le wahhabisme. Les églises chrétiennes historiques perdent du terrain face à la concurrence des églises néo-pentecôtistes. Dans ce contexte de bouleversements religieux rapides, toute l’attention est focalisée sur le radicalisme visible, c’est-à-dire celui qui recourt au terrorisme. Pourtant, la pénétration de l’islam fondamentaliste et la popularité grandissante des églises de réveil érodent les fondations historiques de la coexistence religieuse au Cameroun et installent insidieusement les ferments de l’intolérance.

Boko Haram : le radicalisme visible

La relation entre le Cameroun et Boko Haram a connu trois phases : la phase de refuge, la phase de la confrontation ouverte avec les forces de sécurité et la phase du terrorisme. Les premiers indices de la présence de Boko Haram au Cameroun datent de 2004 : après les émeutes à Kanama au Nigeria puis la répression à l’encontre du mouvement, de nombreux membres se sont réfugiés dans les monts Mandaras camerounais. Bis repetita en 2009. Suite aux affrontements à Maiduguri, au nord-est du Nigeria, durant lesquels le fondateur du groupe, Mohamed Yusuf, est tué, plusieurs de ses cadres se réfugient à nouveau dans les monts Mandaras. Aboubakar Shekau prend la tête du groupe qui se radicalise.

Dès 2013, l’extrême nord passe d’une zone de transit à une zone d’opérations avec les kidnappings d’étrangers. En 2014, le groupe entre dans une logique de confrontation directe avec les forces armées, perpétrant plus de 150 attaques sur ces deux dernières années et causant la mort d’environ 70 soldats et des centaines de civils. A Kolofata le 26 juillet 2014, Boko Haram est même parvenu à enlever l’épouse du vice-premier ministre. Ces attaques ont créé un climat de paranoïa dans le nord au point que des journalistes et chercheurs sont régulièrement arrêtés.

À présent, Boko Haram frappe le Cameroun avec des attentats suicides comme au Nigeria et au Tchad. En juillet dernier, des attentats à Fotokol et Maroua ont fait une quarantaine de morts. La semaine dernière, Kerawa était frappé à son tour par un double attentat suicide qui a fait 19 morts et 141 blessés. Ces attentats et les arrestations de certains responsables – parmi lesquels des Camerounais – confirment la pénétration du salafisme djihadiste au Cameroun.

Le gouvernement a pris plusieurs mesures cet été pour renforcer le dispositif de sécurité mais certaines d’entre elles font d’ores et déjà polémiques. L’interdiction de la burqa est saluée par les principaux imams chiites et tijanites du pays, qui y trouvent un moyen de renforcer leur influence dans la communauté musulmane au détriment des wahhabites. Ces derniers critiquent cette mesure, d’autant plus qu’elle donne lieu à des abus des forces de sécurité : à l’extrême nord, Yaoundé et Douala, des femmes en burqa ou parfois en hijab (le voile simple) ont été harcelées dans les rues et certaines ont été dévêtues. Cette stigmatisation pourrait radicaliser une frange de la communauté wahhabite.

Les nouveaux courants religieux : le radicalisme invisible

Les attaques de Boko Haram au Cameroun se déroulent dans un environnement religieux en mutation rapide. Le sunnisme, le wahhabisme, le chiisme et d’autres courants islamiques se sont progressivement implantés ces trente dernières années et génèrent une compétition intra-religieuse inquiétante. Ces nouveaux courants sont populaires parmi les jeunes musulmans du Sud, tandis que l’islam soufi, incarné au nord par les Peuls, recule. Ces jeunes du sud, arabisés et souvent formés au Soudan et dans les pays du Golfe, contestent à la fois la domination politique et économique peul au sein de la communauté musulmane et l’ordre religieux soufi vieillissant.

La compétition entre les soufis et les adeptes du wahhabisme et du salafisme pour la direction de la communauté musulmane risque de s’accentuer et pourrait dégénérer en incidents locaux comme cela a déjà été le cas dans le passé. Au sein du christianisme, l’essor des églises de réveil a également brisé le monopole historique de l’église catholique et des églises protestantes. Souvent dépourvues d’existence légale, ces églises de réveil prêchent une forme d’intolérance religieuse et s’auto-excluent du dialogue interreligieux.

Bien que le Cameroun n’ait jamais été le théâtre de violences religieuses importantes, des poches de radicalisme en formation risquent de mettre en péril le climat de tolérance religieuse prévalant jusque-là. Paradoxalement les autorités politiques et religieuses du pays sous-estiment le potentiel conflictogène de ces transformations et se focalisent sur Boko Haram.

La lutte contre la menace du radicalisme religieux au Cameroun doit aller au-delà de la lutte antiterroriste : elle requiert aussi l’élaboration d’une stratégie cohérente, incluant l’étude des mutations religieuses actuelles, la réforme des écoles coraniques, la mise en place d’organes représentatifs de l’islam et des églises de réveil, et le développement des régions fragiles. Dans l’immédiat, le gouvernement doit éviter une approche exclusivement sécuritaire avec ses possibles excès, et rassembler toutes les confessions religieuses autour d’un nouveau pacte social, solidifié par la mise en place d’une charte de la tolérance religieuse.