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The Central African Republic’s Hidden Conflict
The Central African Republic’s Hidden Conflict
Table of Contents
  1. Overview
Bambari: une ville divisée, microcosme tragique de la crise centrafricaine
Bambari: une ville divisée, microcosme tragique de la crise centrafricaine
Briefing 105 / Africa

The Central African Republic’s Hidden Conflict

Away from the international spotlight, the Central African Republic’s rural areas are turning into fields of violence as war over territory and livestock hits a highly vulnerable population, with effects increasingly felt in neighbouring Cameroon and Chad.

I. Overview

While the international community and the transitional government focus on Bangui, the capital, most of the rural areas, in particular the west and centre of the Central African Republic (CAR), have turned into fields of violence. The fierce struggle between the ex-Seleka and anti-balaka militiamen has led to a surge of intercommunal clashes between pastoralist and farming communities since 2013. These clashes have formed a conflict-within-the-conflict that further destabilises the country, away from the international spotlight and the attention of the transitional government. Ahead of a new transhumance period that may intensify the ongoing rural warfare, the transitional government and the international community should focus closely on preventing the escalation of violence between pastoralist and farming communities by making this aspect of the CAR crisis an integral part of their stabilisation strategy.

Before the CAR crisis began at the end of 2012, pastoralism had been a source of violence in rural areas for several years, notably between pastoralist and farming communities. The crisis has further exacerbated resentment and violence between these groups because of the herdsmen’s perceived links to ex-Seleka members. Livestock is coveted both by anti-balaka and ex-Seleka militiamen, and pastoralists often respond to cattle thefts with brutal retaliations as cattle is the wealth of the poor. The enrolment of vulnerable young herdsmen in armed groups, the crumbling of traditional agro-pastoralist mediation structures and the yearly coming of pastoralists, especially Chadians, to CAR may amplify the ongoing bush warfare.

Since 2013, this rural war has forced many pastoralist communities to take refuge in Chad and Cameroon or to flee to other CAR regions, often after having walked for a long time. These displacements are exacting a heavy toll, causing the collapse of the livestock farming sector, the radicalisation of some pastoralist groups and the blockage of transhumance movements between Chad and CAR. These long-term obstacles to the stabilisation of the country must be addressed.

To contain rural violence in the short term:

  • Create an information network, coordinated by the UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA) and the CAR livestock ministry, in order to locate the areas at risk of violent confrontation between, on the one hand, pastoralists and, on the other, anti-balaka and local communities. This network must serve as an early warning mechanism for CAR authorities, NGOs and international forces (the UN Multidimensional Integrated Stabilization Mission in the Central African Republic (MINUSCA) and the French mission Sangaris).
     
  • Include the fight against cattle theft and trafficking into the mandate of a MINUSCA cell against diamond, gold and ivory trafficking, whose creation has been recommended by Crisis Group since June 2014.
     
  • Reduce cattle density in south-western Chad by organising a regional consultation between Chadian, CAR, Cameroonian authorities and NGOs, under the aegis of MINUSCA, in order to identify in those countries safe areas with pasturelands for pastoralists. This should be a temporary settlement that requires the agreement of the host communities and the pastoralists.

To address the causes of rural violence in the medium term:

  • Revive traditional agro-pastoralist mediation mechanisms through organisation of informal meetings between representatives of the different communities by conflict prevention NGOs. As confidence-building measures, international forces should forbid armed groups to get involved in these mechanisms.
     
  • Broadcast messages through community radios run by churches and local NGOs recalling common interests and exchanges between pastoralists and farmers. These messages should especially be circulated among women who usually play a key role in these intercommunity exchanges.
     
  • Include in livelihood activity programs led by international NGOs the pastoralists without livestock who took refuge in Chad and Cameroon and those still living in CAR.
     
  • Launch a feasibility study by the UN Food and Agricultural Organization (FAO) to restart livestock breeding where the security situation permits it.

Nairobi/Brussels, 12 December 2014

A man holds up a knife in front of French soldiers during a protest against French troops in Bambari on 23 May 2014. REUTERS/Goran Tomasevic
Commentary / Africa

Bambari: une ville divisée, microcosme tragique de la crise centrafricaine

La crise centrafricaine, qui a éclaté fin 2012, n’est pas simplement le résultat d’un coup de force de plus dans la longue série de putsch en Centrafrique. En fait, la prise du pouvoir en mars 2013 par la Seleka, une coalition de différents mouvements armés venant principalement du nord-est du pays, a radicalement changé la donne en renversant le paradigme politique centrafricain et en mettant à vif des tensions intercommunautaires sur la base d’appartenances religieuses.

Depuis 2014, Bambari, capitale de la province de la Ouaka, illustre ces complexités et les défis de demain pour la Centrafrique. Dans cette ville, le conflit entre les milices d’auto-défense (anti-balaka) et les ex-Seleka, s’est étendu aux populations locales, transformant ainsi une ville autrefois paisible en un territoire divisé et dangereux. Au mois d’août dernier, des affrontements meurtriers entre chrétiens et musulmans faisaient ainsi des dizaines de morts à la suite d’un crime similaire à celui qui a embrasé Bangui ce week-end et entraîné des violences dans la capitale qui n’ont pas encore cessé à l’heure où ce blog est publié.

Gros plan sur une ville divisée

Bambari, traditionnellement centre économique dynamique et lieu de brassage des populations centrafricaines, se situe sur les bords de la rivière Ouaka au centre du pays. Deuxième ville du pays par sa population dans les années 70, elle devait son essor à sa position stratégique, carrefour entre la capitale, Bangui, et les routes allant vers le nord du pays à la frontière avec le Soudan, mais également à ses ressources agricoles et minières (coton, tabac, or). Rassemblant au moins 28 ethnies au début des années 60, elle compte près de 30 000 habitants en 1975 dont la moitié est née ailleurs. En plus des populations vivant essentiellement de l’agriculture et de la pêche comme les Banda, Mandjia, Yakoma, Banziri, Zandé, Nzakara ou les Gbaya, les populations d’éleveurs peul s’y sont installées pour faire prospérer leurs cheptels dans les années 80.

Aujourd’hui, l’activité des usines de tabac, de coton et de sucre n’est plus qu’un lointain souvenir et le commerce du café et de l’or est sous le contrôle des groupes armés. Alors que les différentes communautés entretenaient des relations apaisées, la fracture communautaire entre musulmans et chrétiens est dorénavant profonde : le pont qui permet de franchir la rivière Ouaka divise la ville entre d’un côté les quartiers mixtes (chrétiens et musulmans) comme Saint-Joseph ou les quartiers musulmans comme Borno, et de l’autre les camps de déplacés exclusivement chrétiens. Comme à Bangui en décembre 2013 et au début 2014, la tension intercommunautaire à Bambari est telle que même des petits délits, comme les vols de motos, sont vécus comme des casus belli et déclenchent de violentes représailles entre chrétiens et musulmans. A la fin du mois d’août, la ville a connu plusieurs jours de violence qui ont forcé les ONG à suspendre leurs activités humanitaires et se sont traduits par plusieurs dizaines de morts et de nombreux blessés, dont un membre du Comité International de la Croix-Rouge.

La ligne de front

En dépit du redéploiement de plusieurs dizaines de gendarmes et de policiers et des autorités administratives (maire, préfet et sous-préfet), Bambari demeure une zone sous l’emprise de groupes armés et les ex-Seleka continuent à patrouiller en ville. Bien qu’après le coup d’Etat de mars 2013, la ville de Bambari ait rapidement été contrôlée par les chefs de guerre Seleka dont l’un utilisait le prête-nom de Ben Laden, les violences ont surtout pris de l’ampleur l’année suivante. Au début de 2014, la Seleka en retraite y établissait son état-major tandis que quelques mois plus tard ces derniers étaient rattrapés par des anti-balaka originaires de la Ouaka mais aussi de Sibut et de Bangui.

En 2015, Bambari est un enjeu territorial entre anti-balaka et ex-Seleka. Cette situation tranche avec le reste du pays. Alors qu’à l’ouest de la Centrafrique, la majorité des anti-balaka vit dans leurs villages d’origine et s’adonne désormais au banditisme local, certains groupes anti-balaka présents à Bambari viennent d’ailleurs et sont dans une logique de conquête territoriale et de harcèlement des musulmans. En effet, en plus des anti-balaka locaux originaires de la Ouaka, des commandos anti-balaka dirigés par d’anciens militaires venus de l’ouest obéissent à des dirigeants nationaux et veulent repousser les miliciens de l’ex-Seleka, et plus largement les populations musulmanes, vers l’est. De leur côté, les ex-Seleka en s’installant à Bambari et non à Bria situé plus à l’est, démontrent leur volonté de ne pas perdre du terrain et de contrôler ce carrefour stratégique.

Le choc des communautés

Bambari est aujourd’hui une ville de déplacés où se concentrent à la fois des musulmans de Bangui qui ont fui les milices anti-balaka, et des déplacés chrétiens et animistes qui ont fui les exactions de l’ex-Seleka dans la région. En effet, tous les villages sur les axes secondaires qui mènent à Bambari se sont vidés de leurs habitants, venant ainsi peupler les camps de déplacés dans la ville. Le conflit s’est déplacé avec ces mouvements de populations, et les camps sont aujourd’hui les repaires de certains groupes anti-balaka. Ayant perdu des proches et leurs biens au cours du conflit, certains déplacés sont animés d’un fort sentiment de vengeance, d’où l’apparition de violences qui ressemblent parfois à des vendettas. « On doit venger nos frères », nous confiait un nouvel arrivant à Bambari en mars 2015.

Alors qu’entre mai et juillet 2015, certains déplacés sont rentrés chez eux suite à une accalmie sécuritaire, les violences intercommunautaires du mois d’août ont poussé de nombreux habitants à se réfugier à nouveau dans les sites de déplacés. Aujourd’hui, la ville compte plus de 40 000 déplacés, répartis entre les camps et les communautés hôtes musulmanes de la ville.

La communautarisation du conflit est favorisée par les pratiques ethniques et commerciales du principal groupe armé de Bambari. Ali Darassa – chef de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), la principale faction de l’ex-Seleka à Bambari et ancien chef d’un groupe armé peul – a quitté Bangui pour rejoindre la Ouaka fin 2014, à la demande des populations peul. Pris pour cibles par les milices anti-balaka et les autres factions de l’ex-Seleka, les différents clans peul se sont solidarisés et ont été armés par Ali Darassa, commettant à leur tour leur lot d’exactions. Comme les autres seigneurs de guerre de l’ex-Seleka, il a rapidement mis en place « son » système fiscal en liaison avec des commerçants musulmans de la ville. L’économie de prédation de l’UPC fonctionne grâce à la coopération de commerçants qui bénéficient régulièrement d’escortes armées du fait de l’insécurité. Toutes les activités commerciales de Bambari sont taxées par l’UPC, qu’il s’agisse des négociants de bétail ou des commerçants soudanais qui achètent le café à Bambari pour le revendre au Darfour. Enfin, les multiples barrières sur les routes et pistes menant à Bambari permettent de rémunérer les miliciens.

A Bambari comme dans d’autres zones marquées par les affrontements communautaires violents, les miliciens de l’ex-Seleka apparaissent de facto comme le bras protecteur de communautés qui se sentent en danger et les anti-balaka bénéficient de certaines complicités au sein des camps de déplacés chrétiens. Les musulmans de Bambari craignent que le départ ou le désarmement des combattants de l’ex-Seleka conduise à des persécutions par le reste de la population, comme ce fut le cas par le passé à Bangui et à Grimari, et insistent pour que les miliciens demeurent en ville. Dans ce contexte, les associations de jeunesse musulmanes et chrétiennes jouent un rôle ambivalent. Si elles se disent ouvertes au dialogue, elles sont aussi des vecteurs de mobilisation parfois violente. Certains membres de l’Association des jeunesses musulmanes sont proches de l’ex-Seleka et ont appelé à plusieurs reprises les musulmans à se mobiliser contre le départ des miliciens de la ville. Les associations chrétiennes sont quant à elles parfois sous l’influence des anti-balaka.

La fin de l’occupation du bâtiment de la cour d’appel par les combattants de l’ex-Seleka en février 2015 a été suivie par des affrontements entre jeunes chrétiens et musulmans, entraînant la mort de plusieurs personnes. Les appels à manifestation de ces derniers jours en premier lieu contre l’opération « zone sans armes », mesure annoncée le 6 septembre par Hervé Ladsous, secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, mais aussi pour témoigner d’une solidarité vis-à-vis des musulmans de Bangui pris pour cibles lors des affrontements intercommunautaires qui se déroulent depuis le 26 septembre dans la capitale, pourraient rouvrir une nouvelle séquence de violence à Bambari.

Les autorités religieuses musulmanes et chrétiennes ont le plus souvent joué la carte de l’apaisement à Bambari mais l’affrontement communautaire met leur impartialité à rude épreuve : un abbé aurait pris fait et cause pour les anti-balaka au début de l’année 2015.

Quelles solutions ?                         

Comme Bangui aujourd’hui, la ville de Bambari est le triste symbole de la crise centrafricaine avec à la fois un choc frontal entre anti-balaka et ex-Seleka, et une rupture violente entre communautés. En effet, les violences communautaires qui ont éclaté fin août ont rappelé la volatilité des relations entre les communautés en Centrafrique. Dans ce contexte, l’urgence est de réduire la dépendance sécuritaire des communautés à l’égard des groupes armés, ce qui implique de fournir à ces communautés une protection efficace. Or, le retrait des forces françaises de la mission Sangaris de la zone de Bambari le mois dernier a diminué cette protection et les casques bleus ne sont pas encore en mesure de faire de la ville une « zone sans armes ».

En conséquence, les capacités de maintien de l’ordre de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca) à Bambari (effectifs de police, matériel de gestion de foule, etc.) doivent être largement revues à la hausse pour éviter que les manifestations ne dégénèrent et pour rassurer les populations. Par ailleurs, diminuer l’emprise des groupes armés sur l’économie locale implique de démanteler les réseaux de l’économie illicite, notamment le commerce illégal de l’or et du café. La Minusca et les autorités préfectorales récemment redéployées à Bambari devraient se concentrer sur cette tâche. Ces pressions sur les groupes armés sont indispensables pour créer les conditions favorables aux efforts de dialogue intercommunautaire et de rétablissement d’une administration locale fonctionnelle. Il ne saurait y avoir d’élections dans le climat actuel de violences que ce soit à Bambari ou à Bangui.

Contributors

Consulting Senior Analyst, Central Africa
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Mathilde Tarif
Former Intern, Central Africa Project