Tchad : le choix de Mahamat Déby
Tchad : le choix de Mahamat Déby
Report 162 / Africa

Chad: Beyond Superficial Stability

The approaching elections could be important steps toward reviving democracy in Chad, but only if President Idriss Déby opens political space for the opposition beforehand.

On the eve of elections, Chad has a chance to escape the political and military crisis of the last five years. A lull in fighting between government forces and rebel groups and the easing of tensions with Sudan since the start of 2010 may bode well for a gradual return to normality. However, President Idriss Déby’s rigid control of political space and recurrent problems in the electoral process could plunge the country into turmoil once again. The government must take advantage of this moment to bolster relations with Sudan, fully respect its commitments to provide security in Eastern Chad per Security Council Resolution 1923 (2010), carry out the internal reforms it has committed itself to and offer lasting peace to the armed opposition.

An end to the crisis seemed a distant hope in May 2009, when a coalition of Chadian armed groups, the Union of Resistance Forces (Union des forces de la résistance, UFR), attacked government troops. The failed offensive, however, has given rise to three factors that are contributing to stability.

First, Déby’s decision to prioritise the military option in countering the rebel threat proved well-founded. Using much of Chad’s oil revenues, he tilted the balance of power in his favour by better equipping, reorganising and re-motivating the army. Secondly, in the wake of their failure, divisions are growing between the rebel factions. Some have called for negotiations with the government, while others remain committed to bringing down the regime by force. The feuding factions have accused each other of treachery, and Déby has taken the opportunity to buy off some of the protagonists. Thirdly, after the failed UFR offensive, some influential circles in Khartoum began to doubt the utility of an alliance with the Chadian armed opposition and consider a rapprochement with N’Djamena. In light of the April 2010 presidential elections and the self-determination referendum in the South scheduled for January 2011, a better relationship with Chad was a pragmatic option for the Sudanese government.

Fearing his military success may only be temporary, Déby wants to ensure the rebels do not find sanctuary in Sudan to regroup and hopes the rapprochement with Khartoum will reduce their room for manoeuvre. The easing of tensions also allows him to reallocate funds from the defence budget to electoral preparations. Postponed several times because of the war, these are now scheduled for November 2010 (legislative and local) and presidential (April 2011).

The 15 January 2010 bilateral agreement and a series of presidential visits – Déby’s to Khartoum in February and May and al-Bashir’s to N’Djamena in July – give reason to hope that relations are returning to normal. However, obstacles remain which, if ignored, could jeopardise the gains made since the beginning of the year. Both presidents aim to use the reconciliation to strengthen their power: Déby vis-à-vis the internal opposition, al-Bashir with respect to the International Criminal Court. But ambiguities surrounding the resumption of talks between N’Djamena and the Chadian rebel groups and between Khartoum and the Darfur rebel group Justice and Equality Movement (JEM) raise questions about the sustainability of the peace process.

On the domestic front, the Chad government is trying to reassert state authority after five years of internal disputes, change the way it runs the country and gain public support for a new national pact based on the rejection of armed struggle. Electoral calculations, however, make this process appear more like a consolidation of Déby’s power. Political manoeuvring in the run-up to voting underscores the high level of patronage within the ruling elites, the regime’s autocratic and clan characteristics and the opposition’s limited political space.

The elections could be an important step in reviving democracy but only if the political situation improves beforehand. Déby’s tight control, disagreements between the government and armed opposition, recurring tensions among ruling elites and more stumbles in the electoral preparations could derail the fragile process. Several windows of opportunity exist for the government to move towards sustainable normalisation, both internally and externally. Above all, it should demonstrate political will by adopting and implementing the measures in the 13 August 2007 agreement reached by the presidential camp and opposition parties which aim to promote an appropriate environment for participatory politics and credible elections. But amid so much uncertainty, the planned withdrawal of the UN peacekeeping mission in Chad and the Central African Republic (MINURCAT) is premature.

Nairobi/Brussels, 17 August 2010

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Tchad : le choix de Mahamat Déby

Originally published in Le Monde

Op-Ed / Africa

Tchad : le choix de Mahamat Déby

Originally published in Le Monde

Enrica Picco, d’International Crisis Group, appelle le président de transition à nommer une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur la répression des manifestations du 20 octobre.

La journée sanglante du 20 octobre marque un tournant dans la transition tchadienne. Jusqu’à cette date, la junte militaire, qui a pris le pouvoir en avril 2021 à la mort d’Idriss Déby, avait respecté la feuille de route pour un retour à l’ordre constitutionnel. Les risques de déstabilisation du Tchad, après 30 ans de régime autoritaire, semblaient écartés. A la tête d’une transition militaire, Mahamat Déby, 38 ans et fils du président défunt, promettait une ouverture de l’espace public que les Tchadiens espéraient depuis longtemps. La tenue de négociations dès son accession au pouvoir avec les opposants historiques du régime de son père allait dans le sens de cette promesse. Mais la répression violente de la manifestation demandant, jeudi dernier, l’aboutissement de la transition a complètement changé la donne.

L’exception tchadienne

A la mort d’Idriss Déby, l’Union africaine n’a pas considéré la prise de pouvoir par une junte militaire comme un coup d’Etat, contrairement aux décisions qu’elle avait rendues ailleurs dans la région dans des situations similaires. L’organisation continentale a cependant imposé deux conditions aux militaires tchadiens : leur pouvoir devait se limiter à une période transitoire de dix-huit mois, renouvelable une seule fois, et les membres du gouvernement de transition ne pouvaient pas se présenter aux élections à venir. Ces conditions auraient dû permettre, au terme de la transition, une alternance de pouvoir à N’Djamena.

L’année 2022 a débuté avec deux évènements prometteurs : la tenue, à partir de mars, de négociations entre des représentants du gouvernement et de 52 groupes armés rebelles à Doha, au Qatar, puis des consultations à N’Djamena entre le Président Mahamat Déby et tous les représentants de la société civile et des partis d’opposition, y compris les plus réticents à négocier avec le pouvoir. Les pourparlers entamés avec l’opposition et avec les rebelles ont abouti à une même conclusion : leur participation aux étapes de la transition était conditionnée à la garantie claire que les militaires quitteraient le pouvoir à la fin de la transition.

Des frustrations politiques et sociales

Mais en l’absence de cette garantie, de nombreux partis et groupes armés ont refusé de participer au dialogue national. Les conclusions de ce dialogue, qui s’est tenu en leur absence entre le 20 août et le 8 octobre, a mis le feu aux poudres. Encore plus que l’extension de la transition, sur laquelle il y avait un certain consensus dans le pays, c’est le fait que les membres de la transition seront désormais éligibles aux élections qui a provoqué la colère les Tchadiens. La crainte d’une succession dynastique est devenue réelle. Le gouvernement d’unité nationale, mis rapidement en place le 14 octobre, avec des opposants acquis au régime depuis le dialogue, n’a pas apaisé cette colère.

La mauvaise gouvernance et les inégalités sociales ... sont devenues insupportables pour de nombreux Tchadiens.

De plus, les frustrations débordent de la sphère politique. La mauvaise gouvernance et les inégalités sociales, héritage de 30 ans de régime Déby, sont devenues insupportables pour de nombreux Tchadiens. Aux scandales de corruption qui impliquent l’élite au pouvoir s’ajoutent le manque d’opportunités pour les jeunes, les coupures d’électricité récurrentes et des inondations qui ont laissé près 350 000 personnes sans abri dans la capitale au mois d’août.

Ces tensions, politiques et sociales, ont abouti à la journée du jeudi 20 octobre. Le dirigeant du plus important parti de l’opposition Les Transformateurs, Succès Masra, a déclaré le 19 octobre avoir créé un « gouvernement du peuple pour la justice et l’égalité », alors que la plateforme de la société civile Wakit Tama a appelé à une mobilisation permanente contre le gouvernement de transition. A la veille des manifestations, le gouvernement a dénoncé une tentative d’insurrection armée et interdit les manifestations. Mais le lendemain, des milliers de Tchadiens sont descendus dans les rues et le régime a réagi très brutalement.

Les heurts entre police et manifestants ont été d’une rare violence. Les manifestants ont saccagé et incendié le siège du parti du Premier ministre, Saleh Kebzabo, les forces de l’ordre ont ouvert le feu de façon indiscriminée sur la foule. Le bilan officiel est très élevé, plus de 50 morts et 300 blessés, et ne cesse de s’alourdir à mesure que sont relayées les informations venant des provinces. Le même jour, le Premier ministre a annoncé un couvre-feu dans les principales villes et la suspension des activités des partis impliqués dans les manifestations. La situation reste extrêmement tendue dans l’ensemble du pays.  

Moment charnière pour Mahamat Déby

Pour éviter de nouvelles violences, toutes les parties prenantes devraient prendre des mesures urgentes. Le Président Déby devrait condamner l’usage excessif de la force et nommer une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les évènements du 20 octobre. Plutôt que de réprimer toujours plus durement la société civile et l’opposition, il devrait faire appel aux médiateurs nationaux et internationaux, comme le Groupe des religieux et des sages, l’Union africaine et le Qatar, en vue d’inclure les opposants dans la dernière phase de la transition. Il devrait surtout apaiser les tensions en reconsidérant l’éligibilité aux élections des membres de la transition et en s’engageant publiquement à transférer le pouvoir aux civils à la fin de la transition.

L’Union africaine, l’Union européenne, la France et les Etats-Unis, devrait conditionner leur soutien à la poursuite de la transition.

Pour leur part, les opposants devraient également condamner toute forme de protestation violente et utiliser tous les recours légaux prévus dans la charte de transition pour garantir des élections transparentes. Finalement, l’Union africaine, l’Union européenne, la France et les Etats-Unis, devrait conditionner leur soutien à la poursuite de la transition et à la mise en place de mesures qui garantissent l’inclusion et la représentativité.  

Les évènements du 20 octobre ont sérieusement entaché les espoirs de ceux qui considéraient le Tchad comme une exception parmi les tumultueuses transitions de la région. Mahamat Déby doit faire un choix. Il peut adopter le même régime brutal que celui de son père. Mais il est aussi encore temps pour lui de corriger cette inquiétante dérive autoritaire et de ramener le Tchad sur la voie d’une réelle transition vers un régime plus démocratique.

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