Tchad : le choix de Mahamat Déby
Tchad : le choix de Mahamat Déby
Briefing 71 / Africa

Libya/Chad: Beyond Political Influence

Since Muammar Gaddafi came to power in 1969, Libya has been Chad’s most important neighbour.

Overview

Since Muammar Gaddafi came to power in 1969, Libya has been Chad’s most important neighbour. During the Habré presidency, a hostile relationship was marked by military interventions, but since President Déby took office, Libya has dropped all territorial claims in the country and evolved into a regional powerbroker playing an active role in the peace negotiations between the N’Djamena regime and various insurgencies. Libya has the financial means and regional authority to bring the protagonists to the table but has done little to assist with the implementation of the agreements it chaperones. Its diplomacy has achieved brief successes by facilitating N’Djamena’s cooptation of rebels but has failed at longer-term progress toward durable stabilisation of Chad. The discrepancy between its strong pressure to get signatures on agreements and its lack of interest in implementation suggests Gaddafi’s mediations are based less on a desire to stabilise Chad than to assert his regional influence.

Libya’s involvement in Chad is marked by an ambivalent and painful history. A strategy to occupy and even annex large parts of the country coupled with continuous support for regime opponents led to several military confrontations in the 1980s that Chad was able to fend off with the help of its former colonial power, France. Libya was unable to exploit the fall of Habré and rise of Déby, because these events coincided with UN Security Council sanctions that isolated and weakened it in the 1990s. Yet, Tripoli recognised the changing geopolitical environment and adapted its policy towards its southern neighbour. It was unable to radically change the course of events there, but it became a crucial player in Déby’s struggle against his armed opposition. In one way or other, Gaddafi has been involved in almost all the internal Chadian negotiations, most notably that of Syrte in 2007.

Because of Chad’s internal political crisis, the deterioration of the Chad-Sudan relationship and the emergence of the Darfur crisis, Libya has been able since 2003 to solidify its position as a powerbroker. It used its links to the armed opposition on both sides of the Chad-Sudan border to become the principal mediator between the rebel factions, and it helped re-establish contact between N’Djamena and Khartoum, in the process perhaps preventing what could have been a direct war between the two regimes with disastrous regional consequences.

However, Libya’s diplomatic successes in Chad have been short-lived, due to a lack of focus on longer-term reforms and its difficulty in tolerating the contributions of other regional or wider international players in its quest to dominate its neighbourhood. Tripoli rarely uses its authority to force the parties to stick to the deals it brokers, and those parties always suspect a hidden agenda behind the diplomacy, since Gaddafi makes little secret of the desire for his mediations to advance geostrategic ambitions. At the same time, the Chadian government uses Libya’s good offices to co-opt armed opponents, who in turn try to make the most personal profit out of the peace deals. Lastly, the lack of coordination between Libyan and other peace initiatives has led to a struggle for influence that has allowed the protagonists to play the several interlocutors against each other.

Gaddafi’s efforts in Chad have only partially helped him to improve his image internationally and have, in fact, reinforced the view that Libyan foreign policy remains contradictory. In Chad, it provides the financial and political underpinnings for Déby’s strategy of buying off his opponents with positions and money and thus hampers any serious internal reform that might eventually lead the country out of its lengthy political crisis. If Libya were to engage politically in structural reforms necessary for the stabilisation of Chad, it would be able to capitalise on its mediation efforts while maintaining its regional influence.

Nairobi/Brussels, 23 March 2010

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Tchad : le choix de Mahamat Déby

Originally published in Le Monde

Op-Ed / Africa

Tchad : le choix de Mahamat Déby

Originally published in Le Monde

Enrica Picco, d’International Crisis Group, appelle le président de transition à nommer une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur la répression des manifestations du 20 octobre.

La journée sanglante du 20 octobre marque un tournant dans la transition tchadienne. Jusqu’à cette date, la junte militaire, qui a pris le pouvoir en avril 2021 à la mort d’Idriss Déby, avait respecté la feuille de route pour un retour à l’ordre constitutionnel. Les risques de déstabilisation du Tchad, après 30 ans de régime autoritaire, semblaient écartés. A la tête d’une transition militaire, Mahamat Déby, 38 ans et fils du président défunt, promettait une ouverture de l’espace public que les Tchadiens espéraient depuis longtemps. La tenue de négociations dès son accession au pouvoir avec les opposants historiques du régime de son père allait dans le sens de cette promesse. Mais la répression violente de la manifestation demandant, jeudi dernier, l’aboutissement de la transition a complètement changé la donne.

L’exception tchadienne

A la mort d’Idriss Déby, l’Union africaine n’a pas considéré la prise de pouvoir par une junte militaire comme un coup d’Etat, contrairement aux décisions qu’elle avait rendues ailleurs dans la région dans des situations similaires. L’organisation continentale a cependant imposé deux conditions aux militaires tchadiens : leur pouvoir devait se limiter à une période transitoire de dix-huit mois, renouvelable une seule fois, et les membres du gouvernement de transition ne pouvaient pas se présenter aux élections à venir. Ces conditions auraient dû permettre, au terme de la transition, une alternance de pouvoir à N’Djamena.

L’année 2022 a débuté avec deux évènements prometteurs : la tenue, à partir de mars, de négociations entre des représentants du gouvernement et de 52 groupes armés rebelles à Doha, au Qatar, puis des consultations à N’Djamena entre le Président Mahamat Déby et tous les représentants de la société civile et des partis d’opposition, y compris les plus réticents à négocier avec le pouvoir. Les pourparlers entamés avec l’opposition et avec les rebelles ont abouti à une même conclusion : leur participation aux étapes de la transition était conditionnée à la garantie claire que les militaires quitteraient le pouvoir à la fin de la transition.

Des frustrations politiques et sociales

Mais en l’absence de cette garantie, de nombreux partis et groupes armés ont refusé de participer au dialogue national. Les conclusions de ce dialogue, qui s’est tenu en leur absence entre le 20 août et le 8 octobre, a mis le feu aux poudres. Encore plus que l’extension de la transition, sur laquelle il y avait un certain consensus dans le pays, c’est le fait que les membres de la transition seront désormais éligibles aux élections qui a provoqué la colère les Tchadiens. La crainte d’une succession dynastique est devenue réelle. Le gouvernement d’unité nationale, mis rapidement en place le 14 octobre, avec des opposants acquis au régime depuis le dialogue, n’a pas apaisé cette colère.

La mauvaise gouvernance et les inégalités sociales ... sont devenues insupportables pour de nombreux Tchadiens.

De plus, les frustrations débordent de la sphère politique. La mauvaise gouvernance et les inégalités sociales, héritage de 30 ans de régime Déby, sont devenues insupportables pour de nombreux Tchadiens. Aux scandales de corruption qui impliquent l’élite au pouvoir s’ajoutent le manque d’opportunités pour les jeunes, les coupures d’électricité récurrentes et des inondations qui ont laissé près 350 000 personnes sans abri dans la capitale au mois d’août.

Ces tensions, politiques et sociales, ont abouti à la journée du jeudi 20 octobre. Le dirigeant du plus important parti de l’opposition Les Transformateurs, Succès Masra, a déclaré le 19 octobre avoir créé un « gouvernement du peuple pour la justice et l’égalité », alors que la plateforme de la société civile Wakit Tama a appelé à une mobilisation permanente contre le gouvernement de transition. A la veille des manifestations, le gouvernement a dénoncé une tentative d’insurrection armée et interdit les manifestations. Mais le lendemain, des milliers de Tchadiens sont descendus dans les rues et le régime a réagi très brutalement.

Les heurts entre police et manifestants ont été d’une rare violence. Les manifestants ont saccagé et incendié le siège du parti du Premier ministre, Saleh Kebzabo, les forces de l’ordre ont ouvert le feu de façon indiscriminée sur la foule. Le bilan officiel est très élevé, plus de 50 morts et 300 blessés, et ne cesse de s’alourdir à mesure que sont relayées les informations venant des provinces. Le même jour, le Premier ministre a annoncé un couvre-feu dans les principales villes et la suspension des activités des partis impliqués dans les manifestations. La situation reste extrêmement tendue dans l’ensemble du pays.  

Moment charnière pour Mahamat Déby

Pour éviter de nouvelles violences, toutes les parties prenantes devraient prendre des mesures urgentes. Le Président Déby devrait condamner l’usage excessif de la force et nommer une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les évènements du 20 octobre. Plutôt que de réprimer toujours plus durement la société civile et l’opposition, il devrait faire appel aux médiateurs nationaux et internationaux, comme le Groupe des religieux et des sages, l’Union africaine et le Qatar, en vue d’inclure les opposants dans la dernière phase de la transition. Il devrait surtout apaiser les tensions en reconsidérant l’éligibilité aux élections des membres de la transition et en s’engageant publiquement à transférer le pouvoir aux civils à la fin de la transition.

L’Union africaine, l’Union européenne, la France et les Etats-Unis, devrait conditionner leur soutien à la poursuite de la transition.

Pour leur part, les opposants devraient également condamner toute forme de protestation violente et utiliser tous les recours légaux prévus dans la charte de transition pour garantir des élections transparentes. Finalement, l’Union africaine, l’Union européenne, la France et les Etats-Unis, devrait conditionner leur soutien à la poursuite de la transition et à la mise en place de mesures qui garantissent l’inclusion et la représentativité.  

Les évènements du 20 octobre ont sérieusement entaché les espoirs de ceux qui considéraient le Tchad comme une exception parmi les tumultueuses transitions de la région. Mahamat Déby doit faire un choix. Il peut adopter le même régime brutal que celui de son père. Mais il est aussi encore temps pour lui de corriger cette inquiétante dérive autoritaire et de ramener le Tchad sur la voie d’une réelle transition vers un régime plus démocratique.

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