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Burundi: les problèmes qui minent l'institution militaire
Burundi: les problèmes qui minent l'institution militaire
Report 185 / Africa

Burundi: A Deepening Corruption Crisis

Despite the establishment of anti-corruption agencies, Burundi is facing a deepening corruption crisis that jeopardises prospects for lasting peace and stability.

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Executive Summary

Despite the establishment of anti-corruption agencies, Burundi is facing a deepening corruption crisis that threatens to jeopardise a peace that is based on development and economic growth bolstered by the state and driven by foreign investment. The “neopatrimonialist” practices of the party in office since 2005 has relegated Burundi to the lowest governance rankings, reduced its appeal to foreign investors, damaged relations with donors; and contributed to social discontent. More worrying still, neopatrimonialism is undermining the credibility of post-conflict institutions, relations between former Tutsi and new Hutu elites and cohesion within the ruling party, whose leaders are regularly involved in corruption scandals. In order to improve public governance, the Burundian authorities should “walk the talk” and take bold steps to curtail corruption. Civil society should actively pursue its watchdog role and organise mass mobilisation against corruption and donors should prioritise good governance.

Since Burundi became a republic in 1966, state capture, mostly by the Tutsi elite, was at the centre of politics, and the unfair wealth distribution fuelled conflict. While the 1993-2003 civil war has not threatened the Tutsi political and economic domination, it has increased corruption and favoured the rise of an ethnically diverse oligarchy.

When the CNDD-FDD (Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie) rebellion came to power in 2005, it intended not only to transfer political power from the Tutsi to the Hutu but also to improve governance. The new authorities pledged to fight corruption and created state structures to this effect. However, the first corruption scandals involving the CNDD-FDD dignitaries and state officials watered down the hope of a more equitable wealth distribution.

In addition to the politicisation of the civil service, the ruling party captured the public sector and its resources. It is coveting the private sector by trying to extend its control over the banking sector. It is also interfering in privatisation processes, thwarting efforts to improve the business climate. In such a small economy, where the state maintains a prominent role, the monopolisation of public and private resources risks derailing the peacebuilding process.

The president took the lead in the fight against corruption to improve Burundi’s declining image and address the impact of this pervasive corruption on foreign aid – which amounts to half of the state budget. He launched a “zero tolerance” campaign and designed a national strategy for good governance. However, as the core problem has not been correctly identified, this approach is doomed to fail. The solution is not to “get the talk right”, to “get the institutions right” and to “get the legal framework right”; it is to change the power relations that undermine good governance.

The national strategy for good governance includes all the necessary technical ingredients to fight corruption: improved legal framework, citizens’ access to information, independent monitoring and regulatory organisations, depoliticised civil service managers, transparent tendering processes and public servants recruitments, and reform of the natural resources sector.

What is missing is a clear political agenda. Civil society organisations should create a mass movement against corruption through the establishment of an anti-corruption forum gathering the private sector, rural organisations and universities. They should also conduct independent citizens’ surveys and assessments and scrutinise the government’s anti-corruption performance. Donors should prioritise the fight against corruption and reconsider their engagement if governance does not improve. Now that the anti-corruption agenda has become a public policy through the national strategy for good governance, it is up to civil society and donors to create the conditions for its implementation.

Bujumbura/Nairobi/Brussels, 21 March 2012

Interview / Africa

Burundi: les problèmes qui minent l'institution militaire

Originally published in Yaga Burundi

Le 5 avril dernier, l’International Crisis Group sortait un rapport sur les tensions et dissensions qui s’observent au sein de la Force de Défense Nationale (FDN) depuis le début de la crise née de la volonté de Pierre Nkurunziza de se représenter pour un troisième mandat en avril 2015. Le rapport fait le contour des problèmes qui minent l’institution militaire. Thierry Vircoulon, un des auteurs du rapport, a répondu aux questions de Yaga.

Peut-on considérer le Cndd-Fdd aujourd’hui comme l’Uprona des années 70-80 qui avait la mainmise sur toutes les institutions de défense et de sécurité ?

Oui, on a bien vu dès le début de cette crise qui vient de durer deux ans que la police et le Service national de renseignement ont joué un rôle majeur dans la répression des manifestants dès 2015. Deuxièmement les dissensions qui ont eu lieu dans l’armée après la tentative de putsch ont finalement été contrôlées par le régime qui a réussi à éviter, en tout cas jusqu’à présent, qu’il y ait une autre tentative de renversement du pouvoir.

Dans votre rapport vous soulignez qu’en 2016 le gouvernement n’a pas appliqué les quotas 50-50, tel que précisé par les Accords d’Arusha, mais plutôt 60% pour les Hutus et 40% pour les Tutsis pendant ses recrutements dans l’armée. Peut-on craindre que ça puisse continuer, c’est-à-dire voir le régime appliquer 70-30 puis 80-20, pour enfin arriver à une armée 100% hutu ?

Non, je ne pense pas. Au fait, c’est le porte-parole de l’armée qui avait fait l’annonce sur les 60-40%. Le régime va essayer de rester sur ce quota-là, qui est prévu par les Accords d’Arusha mais pour les institutions civiles. Plutôt la question qui se pose est de savoir s’il va réussir à trouver les 40% de Tutsi pour les recrutements. Mais aussi on peut se demander s’il va y avoir beaucoup de recrutements pour les années à venir dans l’armée.  Je pense le contraire. Les recrutements vont diminuer parce que l’armée va de plus en plus avoir des difficultés financières. Et puis il conviendrait aussi de noter que les dernières mises à la retraite ne sont pas à l’avantage des officiers tutsi puisque ce sont les plus concernés.

Votre rapport précise aussi que l’intégration entre ex-FAB (anciens militaires des Forcées armées) et ex-PMPA (anciens rebelles) avait été un succès, que les deux parties ont appris à mieux se connaitre. Ce qui d’ailleurs explique en partie pourquoi des officiers issus des deux camps ont pu mener ensemble le putsch raté de 2015. Ça veut dire que le pouvoir actuel tire profit de la tension actuelle entre les ex-FAB et ex-PMPA, que ça le met à l’abri d’un autre putsch ?

Le rapport dit que l’intégration a été un succès mais n’a pas conduit à la cohésion de l’institution militaire. Même avant la crise, au sein de la FDN, le clivage entre ex-FAB et ex- PMPA restait très fort et n’avait pas été gommé par l’intégration. La grande faiblesse du processus d’intégration est de n’avoir pas généré de la cohésion. Et dans la situation actuelle il y a une grande méfiance voire une paranoïa entre les personnels militaires, chacun faisant très attention  à ce qu’il dit à ses collègues, parce qu’on a peur d’être dénoncé par les autres. Et le faite que ce clivage entre ex-FAB et ex-PMPA n’ait jamais été complètement dépassé  génère cette paranoïa interne, que le régime entretient pour en être le premier bénéficiaire.

Le défi majeur du pouvoir actuel qui constituait aussi un risque de déstabilisation de la transition, en tout cas selon toujours votre rapport, a été le processus de démobilisation de 15  000 hommes ex-PMPA contre 41 000 ex-FAB pour atteindre l’objectif d’une FDN faite de 25 000 militaires entre 2004 et 2008. Mais ceci a été une réussite. Comment se fait-il que le régime puisse réussir là où il pouvait échouer facilement pour enfin échouer là où le risque d’échec n’était pas si éminent, c’est-à-dire maintenant ?

D’abord le pouvoir qui était là quand on a créé la FDN ce n’est pas le même que celui qui est là aujourd’hui. Lors du premier mandat de Pierre Nkurunziza, le Burundi était dans une situation de pouvoir partagé. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Et l’intégration accompagnée par le processus de démobilisation a été une réussite parce qu’elle était soutenue internationalement, aussi parce qu’il y avait un accord des élites burundaises là-dessus, qui correspondait au projet partagé par tous au Burundi à ce moment-là. Et comme je l’ai déjà mentionné, la FDN n’a pas pu dépasser le clivage entre ex-FAB  et ex-PMPA, ce qui est resté le problème de l’ « après-intégration ».  Et une des raisons pour laquelle ce clivage est resté, c’est parce que le régime a instauré au sein de la FDN ses propres structures de commandements des ex-FDD, un double commandement qui a sérieusement nui à la cohésion de l’armée burundaise.

Et que faut-il craindre maintenant ?

Le grand risque pour l’armée burundaise est celui d’appauvrissement à cause des problèmes financiers du gouvernement, en plus des aides extérieures apportées à l’armée qui ont considérablement diminué suite à la suspension de différentes coopérations militaires, sans parler de la réduction du nombre de ceux qui peuvent aller en mission de maintien de la paix. Et dans cet appauvrissement de l’armée, il y a le danger d’une déliquescence progressive. La FDN va perdre son image d’une institution privilégiée. Sur le plan socioéconomique, avant comme après les Accords d’Arusha, les militaires ont toujours eu un statut très envié dans la société burundaise : facilité d’accès au crédit pour construire, un système d’appui financier bien mis en place,… tout ceci risque de s’évaporer dans les prochains jours.