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Burundi: les problèmes qui minent l'institution militaire
Burundi: les problèmes qui minent l'institution militaire
Interview / Africa

Burundi: les problèmes qui minent l'institution militaire

Originally published in Yaga Burundi

Le 5 avril dernier, l’International Crisis Group sortait un rapport sur les tensions et dissensions qui s’observent au sein de la Force de Défense Nationale (FDN) depuis le début de la crise née de la volonté de Pierre Nkurunziza de se représenter pour un troisième mandat en avril 2015. Le rapport fait le contour des problèmes qui minent l’institution militaire. Thierry Vircoulon, un des auteurs du rapport, a répondu aux questions de Yaga.

Peut-on considérer le Cndd-Fdd aujourd’hui comme l’Uprona des années 70-80 qui avait la mainmise sur toutes les institutions de défense et de sécurité ?

Oui, on a bien vu dès le début de cette crise qui vient de durer deux ans que la police et le Service national de renseignement ont joué un rôle majeur dans la répression des manifestants dès 2015. Deuxièmement les dissensions qui ont eu lieu dans l’armée après la tentative de putsch ont finalement été contrôlées par le régime qui a réussi à éviter, en tout cas jusqu’à présent, qu’il y ait une autre tentative de renversement du pouvoir.

Dans votre rapport vous soulignez qu’en 2016 le gouvernement n’a pas appliqué les quotas 50-50, tel que précisé par les Accords d’Arusha, mais plutôt 60% pour les Hutus et 40% pour les Tutsis pendant ses recrutements dans l’armée. Peut-on craindre que ça puisse continuer, c’est-à-dire voir le régime appliquer 70-30 puis 80-20, pour enfin arriver à une armée 100% hutu ?

Non, je ne pense pas. Au fait, c’est le porte-parole de l’armée qui avait fait l’annonce sur les 60-40%. Le régime va essayer de rester sur ce quota-là, qui est prévu par les Accords d’Arusha mais pour les institutions civiles. Plutôt la question qui se pose est de savoir s’il va réussir à trouver les 40% de Tutsi pour les recrutements. Mais aussi on peut se demander s’il va y avoir beaucoup de recrutements pour les années à venir dans l’armée.  Je pense le contraire. Les recrutements vont diminuer parce que l’armée va de plus en plus avoir des difficultés financières. Et puis il conviendrait aussi de noter que les dernières mises à la retraite ne sont pas à l’avantage des officiers tutsi puisque ce sont les plus concernés.

Votre rapport précise aussi que l’intégration entre ex-FAB (anciens militaires des Forcées armées) et ex-PMPA (anciens rebelles) avait été un succès, que les deux parties ont appris à mieux se connaitre. Ce qui d’ailleurs explique en partie pourquoi des officiers issus des deux camps ont pu mener ensemble le putsch raté de 2015. Ça veut dire que le pouvoir actuel tire profit de la tension actuelle entre les ex-FAB et ex-PMPA, que ça le met à l’abri d’un autre putsch ?

Le rapport dit que l’intégration a été un succès mais n’a pas conduit à la cohésion de l’institution militaire. Même avant la crise, au sein de la FDN, le clivage entre ex-FAB et ex- PMPA restait très fort et n’avait pas été gommé par l’intégration. La grande faiblesse du processus d’intégration est de n’avoir pas généré de la cohésion. Et dans la situation actuelle il y a une grande méfiance voire une paranoïa entre les personnels militaires, chacun faisant très attention  à ce qu’il dit à ses collègues, parce qu’on a peur d’être dénoncé par les autres. Et le faite que ce clivage entre ex-FAB et ex-PMPA n’ait jamais été complètement dépassé  génère cette paranoïa interne, que le régime entretient pour en être le premier bénéficiaire.

Le défi majeur du pouvoir actuel qui constituait aussi un risque de déstabilisation de la transition, en tout cas selon toujours votre rapport, a été le processus de démobilisation de 15  000 hommes ex-PMPA contre 41 000 ex-FAB pour atteindre l’objectif d’une FDN faite de 25 000 militaires entre 2004 et 2008. Mais ceci a été une réussite. Comment se fait-il que le régime puisse réussir là où il pouvait échouer facilement pour enfin échouer là où le risque d’échec n’était pas si éminent, c’est-à-dire maintenant ?

D’abord le pouvoir qui était là quand on a créé la FDN ce n’est pas le même que celui qui est là aujourd’hui. Lors du premier mandat de Pierre Nkurunziza, le Burundi était dans une situation de pouvoir partagé. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Et l’intégration accompagnée par le processus de démobilisation a été une réussite parce qu’elle était soutenue internationalement, aussi parce qu’il y avait un accord des élites burundaises là-dessus, qui correspondait au projet partagé par tous au Burundi à ce moment-là. Et comme je l’ai déjà mentionné, la FDN n’a pas pu dépasser le clivage entre ex-FAB  et ex-PMPA, ce qui est resté le problème de l’ « après-intégration ».  Et une des raisons pour laquelle ce clivage est resté, c’est parce que le régime a instauré au sein de la FDN ses propres structures de commandements des ex-FDD, un double commandement qui a sérieusement nui à la cohésion de l’armée burundaise.

Et que faut-il craindre maintenant ?

Le grand risque pour l’armée burundaise est celui d’appauvrissement à cause des problèmes financiers du gouvernement, en plus des aides extérieures apportées à l’armée qui ont considérablement diminué suite à la suspension de différentes coopérations militaires, sans parler de la réduction du nombre de ceux qui peuvent aller en mission de maintien de la paix. Et dans cet appauvrissement de l’armée, il y a le danger d’une déliquescence progressive. La FDN va perdre son image d’une institution privilégiée. Sur le plan socioéconomique, avant comme après les Accords d’Arusha, les militaires ont toujours eu un statut très envié dans la société burundaise : facilité d’accès au crédit pour construire, un système d’appui financier bien mis en place,… tout ceci risque de s’évaporer dans les prochains jours.

Army soldiers stand on the main road in the Cibitoke neighbourhood of Bujumbura, Burundi, as protesters try to prevent authorities from removing barricades, on 9 May 2015. AFP/Phil Moore
Report 247 / Africa

Burundi: The Army in Crisis

Two years on, the Burundi crisis shows little sign of resolution. Political and ethnic polarisation are now tearing apart the integrity of the army, long seen as the primary achievement of the Arusha peace agreement in 2000 which brought an end to protracted civil conflict.

Executive Summary

Two years in, the Burundi crisis shows little sign of resolution. Following the July 2015 re-election of President Nkurunziza, whose April decision to run again sparked the troubles, and with no progress made in the mediation, the crisis has turned into a low intensity conflict. Almost 400,000 Burundians have fled the country. Since the attempted coup of May 2015, political polarisation has had violent repercussions in the army. A series of attacks have targeted numerous officers, both those favourable to the president’s political ambitions and those suspected of sympathy with the coup plotters. Assassination attempts have also taken place abroad. Following over ten years of foreign support for the army’s transformation, its reputation has suffered greatly. International training has ended, and the army’s lucrative participation in peacekeeping operations is in doubt. This divided and demoralised army is a major threat to the country’s stability. Only a real dialogue, more urgent now than ever, between the government and the opposition could offer assurances to those officers concerned at the politicisation of their institution.

Long seen as the primary achievement of the Arusha peace agreement which ended the civil war in 2000, the army today is a microcosm of the country’s crisis. Through its multi-ethnic make-up, foreign training, and its role in international peacekeeping, the Burundian army had acquired a good reputation outside the country and a privileged position at home. But fragilities remained under the surface, and the 2015 crisis easily broke the key consensus on which the stability of the regime was based: between the army and civilian power, and within the army between the former rebels, most of whom come from the ruling party, and the old guard. Ever since, the regime has tried to regain its hold on the military through purging or killing real or suspected opponents within its ranks – starting with officers from the pre-war army and Tutsi officers, but also targeting former Hutu rebels, including high ranking officers.

The current crisis, in the form of tit-for-tat assassinations of soldiers and officers, is a violent reminder of the limits of the Arusha agreement within the army, and of the efforts made over ten years to depoliticise and professionalise it. It also reveals political and ethnic tensions that have continued to undermine it despite the reforms. The crisis has led to numerous defections and has compromised its future prospects. The European Union and the UN are reluctant to increase Burundi’s participation in peacekeeping missions and have taken steps to limit it. This participation used to be a source of revenue for an otherwise impoverished army, and a way of integrating its different parts. The current challenge to it and to associated external support could eventually weaken the economic and social advantages associated with the military career, and is a further risk for the stability of the country.

Impoverished and ethnically and politically polarised, the army is reforming around a loyalist hard core and open confrontations between army factions have been avoided since May 2015. But this apparent and only relative calm is based mainly on fear and should not mislead outside observers. The army that has been built since 2004 is now in ruins, and cannot be reconstituted short of an inclusive political agreement. This appears ever further off with the continued hardening of the regime and consequent difficulties encountered by the mediation of former Tanzanian President Benjamin Mkapa. Without such a political agreement, the army faces two scenarios: a new confrontation, which could take the form of a new coup d’Etat, or a quiet but certain decline.

The relative success of army integration since 2004 has flowed from the Arusha agreement. In this context, only guarantees concerning its continued application, or its consensual updating, could reassure officers that their future and that of their institution is secure. The UN, the African Union, the East African Community and the European Union should continue to push for an inclusive dialogue between the government and the exiled opposition, despite the government’s intransigence, which has hindered mediation attempts, and international partners who have supported the army since 2004 should not reinvest in an institution now deeply politicised as long as it remains under the control of an authoritarian and violent regime. The involvement of the Burundian army in peacekeeping operations should continue only under strict vetting conditions of the individuals taking part. The crisis in the army, reflecting that of the country, underlines the continued risk that the situation could deteriorate further.

Nairobi/Brussels, 5 April 2017