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Violence jihadiste en Tunisie : l’urgence d’une stratégie nationale
Violence jihadiste en Tunisie : l’urgence d’une stratégie nationale
What Would Make A Woman Go Back To Boko Haram? Despair
What Would Make A Woman Go Back To Boko Haram? Despair

Violence jihadiste en Tunisie : l’urgence d’une stratégie nationale

Face à une menace jihadiste croissante, les autorités tunisiennes doivent impérativement achever, publier et mettre en œuvre une stratégie antiterroriste faisant de la prévention une priorité, s’attaquant aux causes de la violence jihadiste, et améliorant sensiblement les capacités des forces de l’ordre. Pour y parvenir, il est essentiel de renforcer la coordination entre les institutions publiques, de nommer un haut-commissaire chargé de la lutte antiterroriste, doté du statut de ministre, et d’organiser des consultations publiques pour bâtir un large consensus.

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Synthèse

Confrontées à une menace jihadiste émanant tant du territoire national que de celui de la Libye voisine, les autorités tunisiennes doivent impérativement publier et mettre en œuvre une stratégie antiterroriste fondée sur une approche multidimensionnelle, faisant de la prévention une priorité, et prévoyant un dispositif de consultation. Ceci permettrait d’apporter une réponse coordonnée à ce phénomène et de bâtir un consensus plus large. La priorité est de surmonter les blocages, en grande partie institutionnels et administratifs, qui ont retardé le lancement d’une telle stratégie depuis la promulgation de la nouvelle Constitution en janvier 2014. Publier et mettre en œuvre une stratégie de lutte contre la menace jihadiste, susceptible de déstabiliser le pays et de le pousser vers la tentation autoritaire, requiert une meilleure gouvernance publique. Sinon, la radicalisation des franges les plus vulnérables de la population risquerait de se poursuivre, ce qui constitue l’un des objectifs premiers des groupes jihadistes.

Depuis le soulèvement de 2010-2011 contre le régime de Zine al-Abidine Ben Ali, la violence jihadiste en Tunisie s’est accrue et diversifiée. Bien que déterminées à s’attaquer à ce défi sécuritaire, les autorités n’ont pas encore mis en œuvre de stratégie multidimensionnelle permettant d’agir sur les causes de cette violence (prévention) et d’améliorer sensiblement les capacités des forces de l’ordre (anticipation, coordination, réaction, adaptation). La publication d’une stratégie nationale clarifierait les besoins et priorités publiques dans le cadre de cette lutte et permettrait d’ouvrir un débat public afin de gagner le soutien le plus large possible de la population, et de prévenir les protestations lors de son application. Elle renforcerait aussi la collaboration sécuritaire de la Tunisie avec ses partenaires régionaux et internationaux, qui sont soucieux de pouvoir apporter un soutien financier et technique s’intégrant dans une vision stratégique claire.

Les orientations stratégiques dans ce domaine sont plutôt consensuelles sur le plan politique, malgré des divergences sur le niveau de contrôle des lieux de diffusion de la pensée religieuse et l’équilibre entre prévention et répression. Le problème principal a trait à la publication et à la concrétisation d’une stratégie dont les composantes opérationnelles seraient en mesure d’évoluer pour gagner en efficacité. En effet, le contexte est défavorable. Les défis sécuritaires sont urgents et encouragent les mesures répressives. Les deux têtes de l’exécutif sont mal coordonnées. Les blocages administratifs intra et interministériels sont nombreux, et les commissions ad hoc dédiées à la lutte antiterroriste sont peu fonctionnelles, et risquent de compliquer la prise de décision.

Deux documents stratégiques ont été élaborés en 2014 et 2015, mais jamais publiés. Il s’agit aujourd’hui de s’en inspirer pour rédiger et diffuser un texte reposant notamment sur une bonne compréhension des groupes jihadistes. Afin de donner toutes ses chances à sa mise en œuvre, il est essentiel, en amont, de renforcer la coordination entre les institutions publiques, et, en aval, de créer un mécanisme permettant de l’évaluer et de l’améliorer au regard de son impact sur le terrain.

La nouvelle Commission nationale de lutte contre le terrorisme, constituée le 22 mars 2016 et regroupant des représentants de nombreux départements administratifs, serait en mesure de produire un document de ce type, de concert avec les ministères concernés. Elle pourrait aussi mettre sur pied un dispositif de consultation impliquant un large éventail de forces politiques et associatives.

Dans un premier temps, pour donner un nouvel élan à l’achèvement et à la diffusion du cadre stratégique, le président de la République et le chef du gouvernement devraient définir de manière consensuelle leurs rôles respectifs dans le domaine sécuritaire. Dans un second temps, le chef du gouvernement devrait renforcer ses mécanismes de coordination interministérielle, tout particulièrement la Commission nationale de lutte contre le terrorisme et la Cellule de suivi de la gestion sécuritaire, et créer un poste de haut-commissaire chargé de la lutte antiterroriste, doté du statut de ministre auprès de la présidence du gouvernement. Ce dernier devrait améliorer la coordination entre les deux têtes de l’exécutif, les ministères, les services et directions ministérielles (sécuritaires et non sécuritaires), et les diverses commissions administratives ad hoc chargées de la lutte antiterroriste. Il devrait pouvoir épauler le travail plus analytique du président de la Commission nationale de lutte contre le terrorisme (à savoir la mise au point de la stratégie) tout en dynamisant la gouvernance publique.

Afin d’achever la rédaction et la mise en place effective d’un cadre stratégique multidimensionnel, insistant sur le volet préventif et reposant sur une bonne compréhension des groupes jihadistes :

  • La Commission nationale de lutte contre le terrorisme devrait s’inspirer des deux textes stratégiques existants pour rédiger un nouveau document en s’assurant que l’ensemble des ministères participe activement à sa conception.
     
  • Cette commission devrait présenter une version publique de ce nouveau texte et mettre en place un dispositif d’évaluation participative pour consulter un large éventail de formations politiques, représentants associatifs de différents secteurs, sensibilités politiques et régions du pays, notamment ceux issus des régions frontalières confrontées à l’activisme des groupuscules armés. Leurs points de vue devraient être pris en compte afin de faire évoluer les aspects opérationnels de ce document en fonction des défis.
     
  • Le président de la République devrait aider à la mise en place des consultations publiques et prendre en charge les activités de communication nécessaires pour faire connaitre les grandes lignes directrices de la stratégie.

Afin de dynamiser les mécanismes de gouvernance publique et d’améliorer la coordination institutionnelle pour permettre l’application de cette stratégie :

  • Le président de la République et le chef du gouvernement devraient définir leurs rôles respectifs dans le domaine sécuritaire de manière consensuelle sans qu’il soit nécessaire de réviser la Constitution.
     
  • Le chef du gouvernement devrait renforcer ses mécanismes de coordination interministérielle, à savoir la Commission nationale de lutte contre le terrorisme et la Cellule de suivi de la gestion sécuritaire, afin de dépasser les résistances bureaucratiques et clientélistes qui affaiblissent la chaîne de commandement au sein de chaque ministère, notamment du ministère de l’Intérieur.
     
  • Le chef du gouvernement devrait nommer un haut-commissaire chargé de la lutte antiterroriste, doté du statut de ministre, indépendant politiquement, spécialiste juridique et possédant une expérience en gestion sécuritaire. Celui-ci serait en mesure d’épauler la Commission nationale de lutte contre le terrorisme et d’améliorer la coordination entre le président de la République et le chef du gouvernement, ainsi qu’entre les différents ministères et autres structures bureaucratiques ad hoc (sécuritaires et non sécuritaires) compétentes dans le domaine antiterroriste.

Tunis/Bruxelles, 22 juin 2016

Op-Ed / Africa

What Would Make A Woman Go Back To Boko Haram? Despair

Originally published in The Guardian

In northeastern Nigeria, the militant group exploits a broken social system. There are lessons here for the rest of the world.

Zahra and Amina seem like lucky survivors of the scourge of northeastern Nigeria, the jihadist movement known as Boko Haram. Both were wives of fighters. Zahra escaped by agreeing to detonate an explosive vest that the militants strapped to her. After walking miles to her intended target, a government checkpoint, she turned herself over to soldiers. Amina fled with her three children after her husband was killed in battle.

Today, both women live in a camp for survivors of the conflict in the northeastern city of Maiduguri. When I met them on a recent research trip to the city, the last thing I expected to hear was that they wanted to rejoin the insurgents. Conventional thinking and security policies that aim to dissuade women from extremist groups tend to focus on ideology, presuming that only brainwashing could compel them to voluntarily join radical, violent militias. But here in the northeast, some women have largely been compelled to affiliate with Boko Haram by social and political conditions. Perversely, the group offers them respite from insecurity and the limited opportunities afforded them in a deeply patriarchal society riven by poor governance.

Zahra and Amina say that when they were with the militants, life was harsh and uncertain, but they had enough to eat. As voluntary wives of fighters, they were protected from sexual predation. They attended religion classes, the first formal schooling many had ever received, and their children went to school, learning literacy and religion. There were courts where women could report abusive husbands. In contrast, in their now emancipated lives in the camp, they often go hungry. There is little chance to work to buy more food, and shortages have contributed to sexual exploitation by the security forces who guard them. “Most Boko Haram women regret coming here, because life is just so hard,” says Amina.

These two women are just one small part of a massive humanitarian and security crisis that has been unfolding across the Lake Chad basin – the area where Nigeria, Niger, Chad and Cameroon meet – since 2014. Overshadowed by the conflicts in Syria and Yemen, the scale of humanitarian disaster in the region is nevertheless vast: more than 2.4 million people displaced, 5 million in need of food and shelter, and half a million children at famine levels of malnourishment.

While the Boko Haram insurgency may not directly affect the west – it doesn’t contribute to migration flows and the militants are not involved in attacks in Europe – the experiences of Boko Haram women carry wide implications for our understanding of why people join such movements. While the group, like many others that self-identify as “jihadist”, deploys ideological rhetoric to promote its political goals, it is the deprived and fractious context in which it operates that best explains its appeal – especially to women.

Azadeh Moaveni (right) interviews a woman in northeastern Nigeria. CRISISGROUP/Jorge Gutierrez Lucena

Zahra and Amina, like many women in the northeast, joined the militants by choice. They left by choice, too – unwilling to marry other fighters appointed by the group after their own husbands had died. Their stories challenge the dominant narrative around Boko Haram, shaped by the global outcry over the Chibok schoolgirls’ kidnapping, which holds that women only join by force, and that, similarly, only those who were abducted can be regarded as genuine victims. Returning from Nigeria, I met a group of Swiss women who regularly spend their holidays doing freelance volunteer work with female victims of Boko Haram. “We only help the ones who were kidnapped,” one pointedly told me.

But the circumstances that propel women such as Zahra and Amina into and out of Boko Haram show the limits of the neat categories of victim and perpetrator. In the early days of the insurgency, many women found the movement appealing because it offered alternatives to the patriarchy endorsed by their conservative families. The group’s leaders supported lower dowries, which meant more young women could choose husbands from among their peers, rather than the greying, financially secure men they would be traditionally compelled to marry. And while the militants were only able to provide for them so generously by looting and pillaging, some women felt the Nigerian state’s corruption justified these abuses. Life in the forest felt freer and more dignified than living in the dust of an internally displaced persons’ (IDP) camp, dependent on international aid groups for a meal a day.

While ending the insurgency and countering the militants’ appeal is obviously vital, it is also essential to recognise what precisely has guided women to join the militants in the first place.

Even now, Zahra’s and Amina’s thinking about the group – their belief that returning to the militants would improve their lives – is mostly a calculus of immediate survival. Dalori II, the camp where they live, like most in the city, is chronically short on food, and across satellite camps in the region groups such as Amnesty International have documented an epidemic of rape and sexual exploitation. Some progress has been made to curtail these abuses, and humanitarian groups have tried to adjust food distribution practices to blunt the potential for abuse, but this has only changed the dynamic of the exploitation. “You have to become a harlot to stay in the camps,” says Amina.

One reason Zahra says she was glad to leave the militants was because she saw that their blind rejection of teaching in English was harming her children: “It does not benefit them to stay home. It’s better for them to learn.” She assumed that in Maiduguri, her kids would be able to attend school. But camp managers in Dalori II dismantled the one school on its premises, claiming it was no longer needed since people would be returning to their villages. But nobody has gone home, and now there is no school.

The northeast Nigerian state of Borno is now a vast patchwork of towns and villages with few men, a whole sub-society of single mothers trying to cope as breadwinners in areas with collapsed economies without their husbands’ protection and support. Some reintegration programmes offer skills training, but embroidering and selling a cap a month neither enables a woman to feed three children nor does it protect her from rape after dark. Plus, some international groups devote funds and attention to what they call “countering extremism”, with extremism often conceived in an amorphous way that views ideology, rather than a complex patchwork of political grievance and social frustrations, as a root cause of the violence.

While ending the insurgency and countering the militants’ appeal is obviously vital, it is also essential to recognise what precisely has guided women to join the militants in the first place. This has wider implications for the whole of the northeast, not just displaced women in the camps, or former Boko Haram women, but all women, who are trying to cope with conditions so impoverished and limiting that, sometimes, joining a militant group appears to offer a way out.